Affaire Dominici - Triple crime de Lurs Index du Forum Affaire Dominici - Triple crime de Lurs
Discussions sur l'affaire criminelle de Lurs. Août 1952, 3 cadavres de touristes Anglais gisent aux alentours de la Grand Terre, la ferme des Dominici.
 
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Un témoignage

 
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MessagePosté le: Dim Mar 29 2009, 09:30    Sujet du message: Un témoignage Répondre en citant


Marcel ALLIBERT 
 
*** 
054
Le Sang des Garrigues
Faire face dans l'honneur ! 
 
GUERRE 1939 - 1945 
 
Témoignage 
 
NICE - AVRIL 1988 
 
 
 
Analyse du Témoignage 
Ecriture : 1986 - 54 pages 
 
Résistance dans les Basses-Alpes 
P.S. : Nul plan directeur n'articule un récit volontairement anecdotique, les faits et les personnages s'entremêlant au hasard des émergences de la mémoire, au sein d'une histoire par sa nature même, protéiforme. La subdivision en " années maîtresses " restitue l'ambiance. 
 
Mr ALLIBERT, evdg 
alias 
Marcel DUMAS, Henri de VOMANOSQUE, Paul PEYROLLES 
Commandant-adjoint civil et militaire et Chef des Corps Francs du District D.3 de l'Armée Secrète des BASSES-ALPES 
Chef du Réseau Autonome de Renseignement, Evasion et Action " PHENIX " 
Officier de Liaison et Envoyé Spécial du Chef National Adjoint de l'Armée Secrète, Henry MALACRIDA 
Officier F.F.I. homologué - Chargé de Mission F.F.L. 
 
Croix de Guerre, Etoile d'Argent pour faits de Résistance 
Croix et Médaille du Combattant et du Combattant Volontaire de la Résistance 
Médaille Commémorative des Forces Françaises Libres 
 
 
 
POSTFACE de Michel EL BAZE 
Exclu de l'Ecole Primaire Supérieure d'Aix-en-Provence pour propagande hostile à l'Etat français, Marcel Allibert s'engage dans l'Armée Secrète et consacre alors sa jeunesse à la Résistance, d'abord comme organisateur de chaînes d'évasion de France, puis de ravitailleur des maquis des Basses-Alpes pour prendre part ensuite à tous les combats pour la Libération du Pays comme Chef des Corps-Francs de l'Armée Secrète du Secteur de Forcalquier. 
Cité à l'Ordre de la Division, sa Croix de Guerre, dit-il aujourd'hui, l'autorise à dire et écrire "le vrai sans se soucier des impacts hostiles". 
Excluded from the Upper primary school of Aix en Provence because of hostile propaganda activities against the French state, Marcel Allibert joins the secret army and dedicate his youth to the Resistance, first of all as an organiser of chains of evasion in France, then supplier of the maquis in the Basses Alpes, to take part eventually in all the fighting for the liberation of the country as head of the Corps Francs of the secret army of Forcalquier. 
Promoted to the order of the division, his Croix de Guerre, he is saying today allows him to tell and write "The truth without setting store by the hostile impacts". 
 
AVANT-PROPOS DU TEMOIN 
Les combattants de l'ombre, soldats d'une armée clandestine qui se voulait secrète pour une efficacité meilleure, n'eurent ni le goût ni le loisir de tenir à jour des archives exhaustives ni des chroniques détaillées de leur aventure, donc de préparer un matériau scientifique pour le chercheur, l'historien ou le jeune étudiant. 
Près d'un demi-siècle s'est écoulé. Il devient indispensable de jeter sur le papier, comme un naufragé lance à la mer sa bouteille, le témoignage vécu des faits et gestes que la mémoire, pas encore sénilisée, a pu retenir en filtrant l'essentiel. C'est par la juxtaposition de ces témoignages, par leur recoupement, que l'Histoire de la véritable Résistance pourra peut-être un jour émerger des amas d'affabulations qui l'ont trop souvent déformée, défigurée, parfois même déshonorée. 
Si j'apporte ma pierre à l'édifice, ce n'est ni vanité, ni outrecuidance, ni opportunisme : j'ai passé l'âge des hochets et la quête des satisfecit n'est pas mon objectif. Mais trop de faux patriotes, par la suite comblés d'honneurs, de prébendes, de puissance - eux qui avaient collaboré à lèche-cul avec l'ennemi - ont parlé, écrit, ratiociné sur une Résistance dont ils n'ont vécu, au mieux, (pour ceux qui jugèrent habile de pratiquer un subtil et équivoque "double-jeu") que quelques mois, quelques semaines, quelques jours, quelques heures même parfois, au moment où il fut avéré que la Résistance était triomphante, pour tenter d'effacer quatre années de leur servilité envers l'Occupant !… Trop de ces faquins ont acquis des pouvoirs exorbitants au sein des deux dernières Républiques, pour que les authentiques combattants de l'Armée de l'Ombre restent à tout jamais silencieux, leur silence dût-il n'être que mépris… ce qu'il fut jusqu'alors ! 
Car ce que nous avons fait avec nos camarades, aux heures noires de la Clandestinité, c'était tout simplement et bonnement notre Devoir, ce qui ne demandait aucune publicité. Par contre, notre Honneur - et sur ce point aucun compromis n'est concevable - réside dans l'acte de Volontariat que nous avons accompli : Rien ni personne ne nous contraignait au combat, sinon la présence sur notre sol de l'ennemi vainqueur (qu'il eut été tellement plus facile de servir !) et, comme l'a déclaré le Général de Gaulle, la conviction qui nous animait de défendre "une certaine idée de la France ". 
Avec le recul des années, ce qui me frappe dans la qualité de ces Résistants que j'ai bien connus, les survivants comme les disparus, c'est qu'ils appartenaient - sauf rares exceptions - à ce bon vieux Tiers État des humbles, des mal pourvus : instituteurs, professeurs, petits avocats, facteurs, postières, téléphonistes, paysans pauvres des montagnes, restaurateurs, ingénieurs, meuniers, étudiants, mineurs, dactylos, mères de famille, réfugiés sans travail ni foyer, ouvriers, docteurs, jeunes sans avenir assuré, proscrits, traqués, tous des petits, des obscurs, pas des traîne-savates, mais des "bons serviteurs" de la Patrie. 
Tous ont subi la faim, le froid, la peur… certains la torture… jusqu'à en souffrir longtemps dans leur chair et parfois même à en mourir. Mais ceux qui ont survécu à la tourmente avaient transcendé leurs souffrances en un merveilleux Espoir, leur peur en un miraculeux Courage de la fuite-en-avant qui fut souvent héroïque ! De leur rédemption par la douleur, ils firent leur libération qui devint la Libération de tout un Peuple asservi. 
Surtout, ils avaient en commun, par-delà les passions politiques, religieuses, philosophiques, le sens de l'Honneur, qui implique le goût du Devoir et l'acceptation du Sacrifice. Ils avaient aussi - et peut-être au-dessus du raisonnable - l'Amour de la France, fussent-ils Espagnols, Polonais, Italiens, Arméniens, Arabes, Français des quatre azimuts, du Centre ou des Marches, îliens Corses, Chrétiens, Juifs, Musulmans, Laïques ou Franc-Maçons. Leur aurait-on ouvert le coeur qu'on y eut trouvé, gravé à côté du flamboyant Liberté, le mot France. 
Alors... 
Quand je vois, j'entends, je subis les rodomontades de certains arrivistes tirant argent sonnant d'un risque imaginaire de racisme ou d'antisémitisme en France ! En France, terre d'asile des opprimés de toutes races et de toutes confessions ! En France, où depuis bientôt 2000 ans, l'Etranger plus et mieux que l'Autochtone et que partout ailleurs dans le monde est propulsé au faîte des honneurs, de l'argent, de la puissance !… Une envie incoercible me saisit de leur clamer en face:  
" - Où étiez-vous, vous ou les vôtres, lorsque les hordes nazies hitlériennes et fascistes mussoliniennes pillaient et violaient le pays d'asile où vous vivez grassement ? Vous contentiez-vous de regarder, de craindre, de subir ? Qu'avez-vous fait pour les combattre ? Si vous n'étiez pas, vous ou les vôtres, dans la Résistance authentique, si vous n'avez pas lutté à mains et poitrine nues d'abord, la mitraillette et la grenade au poing ensuite, alors, au nom de la France souffrante, au nom de la France résistante, en son nom : taisez-vous ! ".  
"Il y aura toujours en France suffisamment de patriotes respectueux du Droit de l'Homme pour que - sauf du fait de l'étranger vainqueur Occupant que n'arrêteraient ni vos Ligues, ni vos Lois - le racisme soit combattu, muselé, proscrit. Il n'est besoin ni de Lois, ni de Ligues qui sont offenses pour nos martyrs et pour la légendaire hospitalité de notre Peuple." 
 
C'est certainement ce que leur auraient dit nos femmes et nos filles de la Résistance, qui accueillaient au pauvre foyer de leur pénurie, au risque de mort ou de torture et de déportation, tous les traqués, sans distinction de croyance, de doctrine, de couleur de peau… qui, en outre, savaient soigner, consoler, apaiser, réconforter, se dévouer, elles qui n'ont connu de l'Armée de l'Ombre que le Devoir, si rarement les honneurs, mais qui en furent l'Honneur, plus encore - de ce fait - que les hommes ! 
 
C'est ce détestable contexte de notre Histoire contemporaine qui exige que soit brisé le mur du silence. Que des témoignages authentiques fassent enfin litière de tous les arrivismes, de toutes les exploitations éhontées d'une saga qui fut contée, en lettres de sang, en larmes de rage, par d'autres, par de braves gens. 
The fighters of darkness, soldiers of a clandestine army which claimed to be secret for a better efficiency, had neither the will nor the opportunity to keep exhaustive archives up to date, nor detailed diaries of their adventures, to prepare therefore some scientific material for the researcher, the historian, or the young student. 
More than half a century has gone by, it becomes indispensable to put down on paper, just like a shipwrecked fellow would cast his bottle at sea, the actual testimony of facts and actions that the memory not yet impaired by old age, manage to retain filtering only the essential. It is by putting together those testimonies, by their cross checking that the History of the actual Resistance movement may one day be able to come out of the mass of lies that too often distorted it, disfigured it, sometimes even dishonouring it.  
If I add my contribution to this building it is not out of vanity, nor pride, nor opportunism, I have gone past the age of playing around, and receiving satisfecit is not my objective. Too many would be patriots, later on received honours, sinecures, powers, those very persons who vilely collaborated with the enemy, talked, wrote, expatiated on a Resistance movement which they only knew at best (for those who thought it was cunning to play a subtle and equivocal double game) for a few months, a few weeks, a few days, a few hours even sometimes at the moment when it turned out that the resistance movement was triumphant, to try to blot out four years of servility toward the occupying forces !.. Too many of those rascals acquired huge powers within those last two republics, for the authentic fighters of the army of darkness to remain for ever silent, even if their silence was only made of contempt... That's what it was until then ! 
Because what we did with our companions, during the dark hours of the Clandestinity, it was simply and only our Duty, it did not require any publicity. On the other hand, our Honour, and in that respect there is no possible compromise, lays in the Voluntary actions that we accomplished, nothing, nor anybody was forcing us to fight, only the presence on our soil of the conquering enemy, (and it would have been so much easier to serve them !), and how had said the General De Gaulle, the idea that was animating us to defend "a certain idea of France". 
After so many years gone by, what strike me in the quality of those resistant that I knew well, those alive as well as those who died is the fact that they belonged to that good old class of common people, poorly gifted by life, school teacher, teachers, small lawyers, postmen, and women, telephonists, power mountain countrymen, restaurants owners, engineers, millers, office clerks, house wives, refugees without work nor accommodation, workers, doctors, young people with no future in sight, outlawed, chased, all small and obscure people, they were softy lot but "good servants" of the nation. 
They all endured hunger, cold, fear... some of them torture... up to the point of suffering deeply from it in their flesh, some even reached the point of dying. But those who survived the turmoil, had transformed their sufferings into a marvellous hope, their fear into a marvellous go ahead courage which very often was exceptional ! Of their redemption from pain they made a liberation which in turn became the Liberation of a whole People reduce to slavery. 
Above all, they had in common, beyond the political, religious and philosophical passions, the sense of honour, which implies a taste for duty, and the acceptance of sacrifice. They also had, -perhaps beyond reason-, the love for France, whether they were Spanish, Polish, Italian, Armenians, Arabs, French from all areas, from the center, from the border country, Corsicans, Christians, Jews, Muslims, Lay people, or Free masons. If we had opened their heart, we would have found engraved next to the flamboyant liberty, the word France. 
So... 
When I see, hear, or have to put up with the fuss made by some go betters who draw some immediate profit from an imaginary risk of antisemitism or racism in France ! In France, a land of asylum for all the oppressed from any race, or religion ! In France, where for more than 2000 years, the foreigner, more and better than the locals, and than in any other country in the world, is pushed toward the acme of honours, richness, and power !.. An irresistible urge grips me to shout in their face :  
 
- "Where were you, you and your lot when the Nazi Hitlerian hordes, and fascist Mussolinians, were looting and violating the land asylum where you live lavishly. Were you only looking, dreading, and suffering ? What have you done to fight against them ? If you were not you and your lot in the authentic resistance movement, if you have not fought with bare hands and breasts first, with the machine gun and hand grenade afterwards, so in the name of the France that suffered, in the name of the France that resisted, in its name, please keep quiet !" 
- "There will always be in France, enough patriots respectful of human rights, in order - except from the fact of the occupying stranger, conqueror, that neither your leagues, nor you laws could stop - for racism to be fought, muzzled, proscribed. No leagues, nor laws are needed for they are as many offences to our martyrs, and for the legendary hospitality of our people." 
 
This is certainly what our women our girls from the Resistance movement would have said, them who used to greet in their poor dwellings in dearth, risking death, torture, deportation, all those chased, without distinction of beliefs, doctrines, colour of the skin... who, moreover could cure, comfort, calm down, devote themselves, them who knew of the Army of Darkness, only the Duties, so rarely the Honours, but which honoured it even more than men in that respect ! 
 
It is this detestable context of our contemporary history that demands that the wall of silence be broken. May some authentic testimonies clear away at last all the ambiguous ambitions, all the shameless use of a saga that was told in letter of blood, letters of rage, by others, by good people. 
 
 
SOMMAIRE 
 
LIVRE I 
LA MEMOIRE 
** 
PAGES
- 1941 : le Verbe 5
- 1942 : l'Organisation 9
- 1943 : l'Action 15
- 1944 : le Glaive 20
Jusqu'au 8 Juin 1944 23
Du 6 Juin au 19 Août 1944 24
6 - 7 - 8 Juin 1944 25
8 Juin 1944-9 Juin 1944 26
10 Juin - 15 Juillet 1944 29
6 - 9 Juillet 31
16 Juillet 1944 32
17 Juillet - 14 Août 1944 34
15 - 19 Août 1944 35
19 Août au matin 36
22 Août - Septembre 1944 37
- Conclusion 38
LIVRE II 
DOCUMENTS 
** 
- Diplôme du Chargé de Mission de 4ème classe ALLIBERT
signé : Charles DE GAULLE 40
- PHOTOS des Maquis et Corps-Francs du District D.3. de 41
l'ARMEE SECRETE des BASSES-ALPES :
1 : Lieutenant CANDELIER René, alias RENAUD chef
militaire du District
2 : Sous-Lieutenant ALLIBERT Marcel, alias DUMAS
Commandant-Adjoint civil et militaire du District
3 : Quelques maquisards à la ferme EMBLARD de SIGONCE
4 : Sous-Lieutenant ALLIBERT (AIX - 1944)
5 : Sous-Lieutenant ALLIBERT (AVIGNON, en mission près
le Général COCHET, Septembre 1944)
- Montage d'une partie du Corps-Franc " PHENIX " de l'A.S. 42
de FORCALQUIER - SAINT-MAYME exécuté à partir de
photos d'identité, en Septembre 1944.
- Demande du Colonel PAVELET Secrétaire Général de la
Commission d'Homologation des Unités Combattantes de la
Résistance (13 Mars 1958). 43
- Réponse de M. ALLIBERT à la demande du Colonel PAVELET 44
- Copie du Rapport des Activités de M. ALLIBERT dans la
Résistance, adressé au Colonel PAVELET le 24 Mars 1958,
en réponse à sa demande du 13 Mars. 45
- Organigramme du District D.3. de l'ARMEE SECRETE
BAS-ALPINE 49
- Copie de la Lettre manuscrite de H. MALACRIDA annonçant
la citation à l'Ordre de la Division (Croix de Guerre avec
Etoile d'Argent) à M. ALLIBERT 50
- PHOTOCOPIE de la dédicace du Président du G.P.R.F. Félix
GOUIN à M. ALLIBERT 51
- Diplome de la Médaille Commémorative des Services
Volontaires FRANCE-LIBRE, attribuée à M. ALLIBERT 52
- Citation 53
- La Croix de Guerre 54
 
 

La mémoire 
La mémoire : seul bagage incessible 
Jacques ATTALI 
 
 
1941 : 
LE VERBE 
 
J'ai joui de la chance précoce et de l'insigne honneur d'avoir pour professeur de Lettres et de Droit Henri MALACRIDA, garibaldien par filiation, socialiste et franc-maçon de haut grade, qui a illuminé mon adolescence par sa bonté charismatique et son idéologie d'un républicanisme intransigeant, plaçant au-dessus de toutes valeurs l'Equité, la Liberté et la Fraternité humaines… sans négliger le courage ! Il fut exclu de l'Enseignement en 1941 par le gouvernement de VICHY, en fonction de son appartenance au " GRAND ORIENT DE FRANCE ". Je fus exclu la même année de l'Ecole Primaire Supérieure d'AIX (la SUP, comme nous l'appelions dans notre argot de potaches) pour propagande anti-allemande et anti-vichyste, ceci contre l'avis unanime du Conseil des Professeurs, mais sur ordre formel et impératif de l'inspecteur primaire BERNAMONTI de l'Académie d'AIX-MARSEILLE. Ayant au même moment réussi au concours d'entrée à l'Ecole Normale, je présentai aussitôt ma démission pour me consacrer librement à la Résistance. 
Notre amitié indestructible avec MALACRIDA, qui perdure dans notre affection réciproque avec sa veuve Madeleine, date de 1941, quand s'abaissait la barrière qui sépare le maître de l'élève, alors que nous luttions au coude-à-coude pour le Mouvement " COMBAT " puis pour l'ARMEE SECRETE. Il me nomma son officier de liaison et son envoyé spécial en ROUSSILLON d'abord, en HAUTE-PROVENCE ensuite… Titres bien honorifiques pour les fonctions que je remplissais au début, qui consistaient en collages de tracts anti-nazis, transports de messages entre Résistants, puis distribution de journaux clandestins (COMBAT, FRANC-TIREUR, LIBERATION, LE POPULAIRE) au fur et à mesure que des imprimeurs lyonnais non moins clandestins les éditèrent et auprès desquels MALACRIDA se les procurait pour les ramener à AIX. Il s'y ajouta très vite " l'ACTION N.A.P. " qui avait pour but de noyauter les administrations publiques en recrutant dans leur sein des adeptes de la Résistance naissante et aussi de réussir à convaincre des " COMPAGNONS DE FRANCE " et des " Légionnaires " du Maréchal PETAIN fourvoyés, de changer de camp. Nous nous y sommes employés à fond. 
 
Cela représentait force kilomètres à parcourir sur un vieux vélo aux pneus usés jusqu'à la trame. D'autre part, il fallait vivre : manger, boire, dormir, se vêtir, tous problèmes cruciaux pour les désargentés à cette époque de pénurie aiguë. Trop pauvres, mes parents ne pouvaient subvenir entièrement à mes besoins et je ne pouvais occuper dans la maison familiale la place d'un proscrit dès lors que le foyer parental devenait un asile de choix pour les traqués de la police vichyste, puis de la Milice et de la Gestapo. Déjà, en 1941, des réfugiés républicains espagnols y trouvaient le gîte et le couvert et l'un d'eux, le señor Lopez ORTIZ Y SANTIAGO, ancien commandant en chef des Transports de l'Armée de l'EBRE, modèle magnifique du soldat sans peur au sang-froid imperturbable, dormait dans ma chambre tandis que je couchais dans un réduit attenant à la cuisine.  
Plus tard devaient lui succéder trois anciens de la SUP d'AIX : Armand COLLOMB, Paul-Charles DEODATO et Lucien ROSTAGNE, réfractaires au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire en ALLEMAGNE)… puis un fourreur juif d'AVIGNON dont la femme et les enfants dormaient dans la vaste chambre de mes parents… également un commandant des F.F.L. (Forces Françaises Libres du Général DE GAULLE) parachuté à LYON avec sa femme Yvette (enceinte !) et son poste radio-émetteur, qui avaient miraculeusement échappé à la rafle de la Gestapo qui prit FRENAY (alias TAVERNIER)… et encore bien d'autres dont mes parents eux-mêmes ne connaissaient pas toujours l'identité, mais que MALACRIDA avait aiguillé sur eux avec le mot de passe : " Je viens de la FONTAINE des QUATRE DAUPHINS ". 
 
Vivre, donc, ce fut pour moi d'abord travailler…  
Au début comme dessinateur chez un oncle architecte, Léopold BUSQUET, en AVIGNON où je nouai quelques contacts utiles pour la Résistance, trop peu nombreux à mon gré… ensuite, et en accord avec MALACRIDA et le commandant Lopez ORTIZ, comme barman au BOULOU, près du PERTHUS, chez mes cousins Pierre et Sarah DOSIO qui y tenaient l'hôtellerie CATALANE. Des amis locaux du señor Lopez ORTIZ m'aidèrent à y créer le R.A.R.E.A. (Réseau Autonome de Renseignement, Evasion et Action) " PHENIX ", qui eut la possibilité de faire passer en ESPAGNE quatre-vingt-dix-huit patriotes des deux sexes, les uns désirant rejoindre LONDRES ou ALGER via le PORTUGAL pour y combattre l'Allemand, les autres, des Espagnols qui rentraient dans l'ombre en CATALOGNE pour y poursuivre la lutte contre le régime du Général FRANCO, Caudillo des Espagnes, leur ennemi numéro un. 
Ces passages m'étaient très éprouvants, car si mes " passagers " rejoignaient le PERTHUS en car, je m'y rendais sur mon toujours plus vieux vélo… et le col était rude à grimper ! Là-haut, nous devions attendre la nuit pour user d'un itinéraire qu'un malicieux hasard m'avait fait découvrir … spéculer sur la bonne foi de douaniers complices et de gardes-mobiles familiers de l'Hôtellerie Catalane où, en échange de leur cécité temporaire et des renseignements divers qu'ils nous fournissaient, ils trouvaient à s'abreuver à bon compte !  
Mais que d'émotions lorsque, l'un suivant l'autre, je guidais mes " passagers " par des sentiers muletiers menant vers LA JUNQUERA, jusqu'à ce que le cri d'un hibou quatre fois modulé m'assure que l'Espagnol de relève allait les prendre en charge !  
Que d'émotions, car nous n'étions pas les seuls oiseaux de nuit sur ces sentiers pyrénéens : outre l'irruption toujours possible de douaniers ou de guardias civiles espagnols, il y avait les contrebandiers. J'ai encore en mémoire la cavalcade, certaines nuits sans lune, de mulets bardés d'étoffes (les tissus se faisaient rarissimes en FRANCE) que des contrebandiers faisaient dévaler à grands gestes et coups de triques… alors que tapis derrière des buissons et grelottants de froid (et de peur aussi nous nous faisions petits, tout-petits, ces gens-là ayant la navaja prompte lorsqu'ils craignaient que leur fructueux trafic soit découvert ! 
Quand ils arrivaient sains et saufs, les uns au PORTUGAL, les autres en CATALOGNE, nos patriotes évadés écrivaient un bref billet : " notre enfant est bien arrivé. Nous l'appellerons PEDRO " - " nacimiento del niño. Se llamara PEDRO " - Ce billet me faisait retour par l'itinéraire inverse et j'avais ainsi l'assurance que les protégés de MALACRIDA (Francs-Maçons, Juifs, socialistes Belges ou Français) ou les Espagnols du señor Lopez ORTIZ, avaient atteint leur but. 
Le futur président du Gouvernement Provisoire de la République Française, Félix GOUIN, paya un lourd tribut dans les geôles franquistes du camp de MIRANDA, avant de pouvoir rallier ALGER, pour avoir fait confiance à des passeurs traîtres de Bourg-Madame. Ce fut d'autant plus absurde qu'il connaissait, par mes parents comme par MALACRIDA, mes activités de " passeur ", mes pseudos Henri de VOMANOSQUE et Paul PEYROLLES, et le bon fonctionnement de notre filière d'évasion qui fut sûre, jusqu'au bout, à cent pour cent. 
 
 
1942 :  
L'ORGANISATION 
 
Dès Juillet 1942, les " passages " au PERTHUS se raréfient :  
Ni Lopez, ni MALACRIDA ne m'envoient plus beaucoup de candidats. Pressentant que des évènements importants se préparent, je brûle d'envie de rejoindre, à mon tour, LONDRES et les F.F.L.… après avoir, toutefois, revu mes parents, pris langue avec MALACRIDA et convaincu le señor Lopez ORTIZ de prendre à sa seule charge les évasions par le R.A.R.E.A. " PHENIX ". 
Ayant doté mon vélo de pneus et chambres neufs (grâce à mes pourboires de barman, car le " marché noir " des pneus est fort coûteux !) je pars seul, un petit matin d'été, pour ma " grande étape " cycliste digne des TOURS DE FRANCE de jadis : le BOULOU-PEYROLLES où j'arrive à la nuit tombée, épuisé par ce pédalage solitaire sur cinq départements. La joie des retrouvailles avec mes parents d'abord, avec Lopez ensuite, avec MALAC, enfin - comme nous l'appelions par amitié - fut douchée par son refus formel de me laisser partir pour LONDRES " à l'heure où toutes les forces vives de la Résistance intérieure doivent se regrouper sur le sol de la Patrie, car c'est en FRANCE que le combat déterminant pour l'avenir de la nation doit être livré et le sera ! ".  
J'enterrai mon rêve de départ outre-manche - contre promesse d'un rattachement du Réseau " PHENIX " aux F.F.L. - et acceptai l'ordre de servir en Provence. 
D'ailleurs, le travail n'y manquait pas :  
Au Puy-Sainte Réparade, l'instituteur Jean FRANCHI avait créé un très bon groupe d'action… à MANOSQUE, le conseiller général socialiste Louis MARTIN-BRET, bien épaulé par le cabaretier Jean VIAL() avait mis sur pied une organisation de l'Armée Secrète qui rayonnait sur les BASSES-ALPES, avec le noyau dur de SIGONCE pris en charge par l'instituteur Marcel ANDRE et celui de VOLX par le cultivateur MERENTIE… à FORCALQUIER, Denis ROSTAGNE, grand mutilé de la guerre 14-18, mettait en place, aidé par Emile GIRARD, le meunier de MANE et quelques paysans amis, une clandestinité musclée mais un peu autonome, qu'il paraissait souhaitable à MALAC' d'intégrer ultérieurement à celle de MARTIN-BRET…  
 
A PEYROLLES, les Espagnols du commandant Lopez ORTIZ se regroupaient derrière le capitaine Rosendo GUIJARRO en vue de placer un élément armé vers MIRABEAU et mes parents continuaient leur Résistance-Accueil… 
 
A AIX, MALAC' avait étoffé son système avec des agents de liaison tels AILLAUD, FAURY, FANNY, DEODATO, COLLOMB et bien d'autres qui me pardonneront (peut-être! de n'avoir plus leurs noms en mémoire. 
 
Une inscription à la Faculté de Droit d'AIX pour une année de Capacité (fictive) me permit d'obtenir une carte d'étudiant, précieuse en cas de contrôle policier et comme ma bourse s'était un peu garnie lors de mon stage hôtelier du BOULOU, je n'étais plus une charge pour mes parents et je pus reprendre, aux côtés de mes camarades, notre travail de liaison.  
Pour laisser libre aux Résistants de passage ma chambrette familiale, je transportai mes pénates dans un vieux cabanon voisin d'une pinède propice à une fuite silencieuse en cas de menace d'arrestation : cela devint mon " studio ". 
 
Novembre 1942. 
Le 11, anniversaire de l'Armistice de 1918, les armées nazies allemandes et fascistes italiennes envahissent la zone Sud, jusqu'alors prétendue " libre ", en représailles du débarquement américain en AFRIQUE du Nord.  
Le 27, la Flotte française se saborde à TOULON.  
L'impact de ces événements est considérable sur la Résistance en Provence : conciliabules, réunions d'urgence, messages, ordres et contre-ordres… un bouillonnement vital, une agitation fertile, la preuve d'un élan trop optimiste - comme l'Histoire le montrera de manière sanglante par la suite - autour de notre MALAC' qui savait que la propagande allait laisser la place aux armes, le Verbe au Glaive… et dont nous attendions tous qu'il nous ordonnât de participer de toutes nos forces au miracle de la Résurrection violente de la Patrie. 
 
C'est au cours d'une liaison sur AIX que je vis " mon " premier char allemand et que j'assistai, la rage au coeur, à une scène d'humiliation que je ressens encore : une jeune femme, qui se disait Française offrant un bouquet de fleurs à des officiers allemands et italiens dont les troupes faisaient jonction au pied de la GRANDE FONTAINE de la ville ! Seule consolation : la foule des vaincus était bien clairsemée pour applaudir leurs vainqueurs… On était loin des cohues joyeuses des carnavals d'antan ! 
 
J'avais recruté peu de temps auparavant une jeune téléphoniste aux P.T.T. d'AIX, Malou GROULIER, qui devait nous rendre d'inestimables services : liaisons avec MALAC' et le restaurateur LAMOUR, obtention (en " priorité-Gestapo ", s'il vous plaît !) de communications téléphoniques AIX-FORCALQUIER, mise en sacs postaux de courriers semblant provenir d'ALLEMAGNE, renseignements au bénéfice du Réseau " PHENIX " obtenus en faisant parler des officiers allemands logés d'office chez ses parents (moral de leurs troupes, échecs en U.R.S.S. et en Méditerranée, mutations prochaines, etc). Elle devait, à la Libération, épouser un Américain et devenir Mistress O'CARNOHAN. 
 
La date exacte m'échappe, mais c'est dans cette même " plage " de notre histoire que je fus chargé de transmettre d'AIX à MANOSQUE, de MALAC' à MARTIN-BRET, le message annonçant la capture à LYON, par la Gestapo, du Chef national du Mouvement "COMBAT ", FRENAY alias TAVERNIER, les consignes de " mise au vert " pour les responsable de l'Armée Secrète des BASSES-ALPES et le nouveau pseudo de MALACRIDA, APELLE, annulant les précédents: FONTAINE et DETRE. 
L'histoire de ce message, par son caractère pittoresque, mérite d'être contée en détail.  
Ecrit de la main même de MALAC', nous hésitons longtemps et contradictoirement lui et moi sur la meilleure cachette possible pour son transport. Je finis par avoir gain de cause et le glisse, plusieurs fois replié, sous les allumettes d'une petite boîte que je portais dans une poche de mon pantalon de golf. 
Me voilà pédalant vers MANOSQUE lorsque je butte à l'improviste sur un barrage "volant " allemand, dans la montée de VENELLES. Merde ! Trop tard pour faire demi-tour ou m'échapper latéralement. Il faut prendre la file surveillée par un soldat de la Wehrmacht, mitraillette sous le bras. Mon tour arrive :  
- Papiers ! 
Ma carte d'étudiant en Droit fait bonne impression, mais " fouille au corps " cependant. Les grosses pattes du fouilleur ne sentent rien de suspect 
On en arrive à mon porte-cigarettes contenant cinq ou six malheureuses CELTIQUES dont le gros module permettait de rouler trois cigarettes en récupérant les mégots. Le sous-officier allemand fouilleur en écrase une, puis une autre sous ses doigts velus. C'en est trop ! J'explose d'une sainte colère : 
- Pas la peine de gâcher du tabac si rare ! Bon dieu ! Fumez-en plutôt une, au lieu de la gaspiller ! 
Eberlué, le soudard en porte une à sa gueule. Je lui offre du feu en grattant une allumette sur la boîte sortie de ma poche pas encore fouillée. Il aspire, souffle : 
Nous prélevions timbres et même bandes de censure sur des lettres de prisonniers de guerre à leurs familles, terminions les cachets postaux à l'encre de Chine délayée sur des enveloppes vierges dans lesquelles nous glissions des récits de notre soi-disant séjour outre-Rhin, laudatifs pour les Allemands et injurieux pour les Alliés. De la sorte, bien des parents de Résistants à qui facteur ou postière remettait tout naturellement ces courriers, leur servant ainsi de témoin, échappèrent aux représailles de la Gestapo. 
 
- Ach ! Pon tabak ! 
Il a un rire satisfait. 
- Herhauss ! Fous le camp ! me vomit-il. 
Je remets dans ma poche la boîte d'allumettes porte-message et, lentement, car l'émotion m'a coupé les jambes, je repars, repérant au passage, couché dans le fossé du bord de route, un tireur derrière son fusil mitrailleur en batterie et son pourvoyeur bien placé : malheureux ceux qui voudraient forcer le barrage en fuyant ! Ils n'iraient pas loin vivants.  
 
Jusqu'à MANOSQUE, rien d'autre.  
Là, je reconnais la blanchisserie-teinturerie où je dois trouver MARTIN-BRET. Or, ce dernier ne m'a jamais vu et MALAC' ne m'a pas donné de mot de passe. L'affaire s'annonce mal ! Dénégations des dames et demoiselles qui me reçoivent : 
- Nous ne connaissons pas ce monsieur ! 
Têtes de jeunes hommes qui apparaissent puis disparaissent dans l'arrière-boutique après m'avoir scruté ! Et le temps qui s'écoule, alors qu'il faut que je regagne PEYROLLES avant le couvre-feu ! Je cite aux dames tous les noms de socialistes résistants que je connais… Enfin, on me reçoit dans l'arrière-salle où je reconnais MARTIN-BRET au portrait détaillé que m'en a fait MALAC'. J'ouvre ma boîte-message en faisant choir une partie des allumettes et tends le message à MARTIN-BRET : 
- Il est écrit de sa main, mais non signé. Vous devez reconnaître son écriture. Heureusement que je ne l'ai pas avalé après l'avoir appris par coeur, comme prévu en cas de danger ! 
Les gars qui entourent le chef de l'Armée Secrète des BASSES-ALPES ont des regards aussi peu amènes que possible : je risque, là encore, de passer un mauvais quart d'heure ! MARTIN-BRET lit, puis m'interroge : 
- Pas de mauvaise rencontre ? Personne qui t'ait suivi jusqu'ici ? Où habites-tu ? 
Je lui raconte brièvement l'affaire du barrage de VENELLES, j'enchaîne sur mon père qu'il se trouve avoir connu lors du congrès du Parti Socialiste. Ouf ! On m'offre sur le pouce un verre de rouge dont j'avais bougrement besoin. Les " gardes " de MARTIN-BRET ont maintenant des regards humains, presque fraternels. J'explique ma hâte de rentrer avant le couvre-feu. Ils comprennent. On me laisse filer… et je parviens enfin à mon " studio ", claqué, vidé, à bout de nerfs… où je m'endors tout habillé, avec en dernière image cohérente, le bon sourire de MARTIN-BRET dont je ne sais pas encore qu'il va devenir un héros et un martyr de la Résistance, mais dont j'ai soudain l'intuition qu'il m'a adopté comme ami. 
 
 
1943 :  
L'ACTION 
 
L'année 1943 est celle de la mise en oeuvre du S.T.O. allemand qui malgré la récente création de la MILICE de DARNAND étoffant le S.O.L. (Service d'Ordre Légionnaire) de PETAIN, devint par effet boomerang de multiplication des " réfractaires " qui s'y soustraient, le grand pourvoyeur des Maquis, avec en outre les désertions des Chantiers de Jeunesse du général DE LA PORTE DU THEIL et le volontariat de mineurs polonais, de transfuges de l'armée italienne et de jeunes ou vieux Français de toutes conditions… sans rejeter dans l'oubli nos dynamiques réfugiés espagnols. 
 
A la fin du printemps, comme tant de jeunes de la classe 43/1, je fus convoqué aux Chantiers de Jeunesse dans le JURA, puis requis pour le S.T.O. C'était beaucoup pour un même garçon ! Je devins donc tout naturellement insoumis aux Chantiers de Jeunesse et réfractaire au S.T.O. Obligé de ce fait de changer d'identité, je pris le nom de ma mère, DUMAS, pour lequel MALAC' me fournit des faux papiers avec lieu de naissance à FEZ, alors occupé par les Américains, ce qui coupait court à toute vérification par l'ennemi. 
MALACRIDA désirant de plus en plus le ralliement du groupement ROSTAGNE de FORCALQUIER à l'organisation MARTIN-BRET de MANOSQUE, profita de l'occasion et me chargea de préparer l'opération, car le fils ROSTAGNE avait été mon condisciple à la SUP d'AIX et nous ne doutions pas que son père lui avait évité le départ en ALLEMAGNE.  
Je pars à vélo pour FORCALQUIER où Denis et Malvina ROSTAGNE me reçoivent comme leur propre fils, Lucien, dont ils m'avouent assez vite qu'il est là, caché chez eux ! On se revoit avec joie : tout devient simple, Lulu va partir chez mes parents à PEYROLLES et moi je prendrai sa place ici à FORCALQUIER. 
C'est ainsi que je m'installais, sous le nom de Marcel DUMAS, dans la CITE DES QUATRE REINES où mille complicités me permirent de subsister de Mai 1943 au 6 Juin 1944 : pompiste, puis dessinateur aux Ponts et Chaussées, j'appréciais l'aide constante et désintéressée des ingénieurs LAUGIER, HUGUES et DANTU, l'affectueuse camaraderie du dessinateur Maurice MAGNAN et de la dactylo Denise LAURENT, l'aide plus bourrue mais non moins efficace que m'apportèrent les cantonniers et leurs chefs d'équipe. 
Les " Ponts ", comme nous appelions ce qui est devenu " L'EQUIPEMENT ", étaient un véritable nid de résistants, tous complices de ROSTAGNE, le grand mutilé de l'autre guerre où il avait perdu ses deux jambes. Quel monument que cet homme à la poitrine d'aurochs, au visage grêlé, grognon, ronchon, abrupt, rugueux, droit et ferme sur ses prothèses et ses deux cannes, avec un coeur grand comme une montagne ! Et son épouse, fluette, effacée, menue, de santé précaire mais d'une obstination et d'un courage hors du commun !  
Plus d'un an, je partageais leur vie, recevant avec eux réfractaires et maquisards de passage ou en mission… ravitaillant de nuit les maquis de la LAYE abrités près du MOULIN BAS sur la route de BANON… participant aux divers coups de main du maquis de la ferme EMBLARD de SIGONCE que dirigeaient le sarrois Georges SCHNEIDER et son adjoint Maurice BENIACAR… vivant le jour aux " Ponts " où quelques siestes réparatrices - veillé par Maurice MAGNAN - m'aidaient à me dépenser la nuit sur les routes ou dans les bois.  
Deçà, delà, un ou deux jours de congé accolés à un Dimanche me permettaient de me rendre à AIX, chez MALAC', en liaison. Au cours de l'une d'elles, nous mettons sur pied une entrevue ROSTAGNE-MALACRIDA à AIX pendant laquelle Lulu et moi nous nous retrempons, Cours Mirabeau et quartiers circumvoisins, dans notre proche passé de potaches, tandis que les anciens négocient âprement le ralliement de ROSTAGNE à MARTIN-BRET, font litière des querelles partisanes, des jalousies de chapelles et de clochers, bref signent l'accord tant désiré - pour lequel j'avais tant plaidé près de ROSTAGNE - qui débouche sur une unification accrue de l'Armée Secrète des BASSES-ALPES. 
Le soir-même, Denis ROSTAGNE et moi rentrons au bercail forcalquiéren et Lulu chez mes parents à PEYROLLES. Il ne devait pas, d'ailleurs, y demeurer bien longtemps : quelques imprudences qu'il commit contraignirent mon père à le renvoyer chez le sien, pour éviter que les erreurs d'un seul mettent en danger un Centre d'Accueil fonctionnant pour tous. Il termina sa carrière de résistant au maquis inter-allié de GANAGOBIE. 
 
L'union avec MARTIN-BRET nous procura la possibilité de recevoir des parachutages d'armes et de munitions, de matériel et de chaussures, mais ni d'argent ni de tabac (hormis quelques cigarettes " JOB " que nos camarades des F.F.L. glissaient amicalement dans les " colis " des containers).  
Le message annonciateur était : " Quand reviendra le temps des cerises " et le responsable de la Réception devait faire en morse optique avec une lampe-torche la lettre "Q", sur le terrain balisé par trois feux en ligne sur la grande médiane.  
C'est près de SIGONCE que nous eûmes la joie délirante, aux environs de NOEL, de voir s'ouvrir en plein ciel nocturne les " pépins " porteurs du viatique qui allait transformer les réfractaires en maquisards, les traqués en soldats ! 
Denis ROSTAGNE voulut à tout prix y participer. On dut, par moments selon les difficultés du terrain, le faire porter (et il était lourd !) par quatre gars tenant un siège de fortune obtenu en croisant deux grosses branches d'arbres entortillées de vieux sacs de jute… mais quel exemple pour nous, les jeunes, les valides, de voir ce vieux poilu de l'autre guerre, ce grand mutilé - dont je savais combien il pouvait souffrir pour l'avoir vu, certaines nuits, se traîner sur les moignons de ses jambes amputées aux abcès gros comme mon poing, jusqu'à la salle d'eau pour des ablutions calmantes ! - de voir cet homme que nous aimions comme un père, nous dominer, nous galvaniser, comme un chef et diriger avec sagesse l'éparpillement des containers chez plusieurs fermiers complices, ceci jusqu'à l'aube pour qu'il me ramène, sur son " pétacycle ", ce tricycle à moteur pétaradant pour mutilés, en ville où, toilette rapide et changement de vêtements accomplis, je retrouve, un peu somnolent, mon travail de dessinateur. 
 
A la suite de ce parachutage, je fis la connaissance de Gabriel BESSON, Gaby-le-Saboteur, de l'Armée Secrète de MANOSQUE : nous étions chargés de récupérer chez un fermier une caisse de chargeurs de fusil mitrailleur qu'un parachute égaré par le vent y avait déposé. Pendant les quelques heures de ce portage, j'en appris plus en maniement d'explosifs (Plastic), de détonateurs et autres dispositifs de destruction que si j'avais suivi un long stage militaire ! BESSON était un puits de science et d'expérience en la matière. Sa mort tragique après la Libération me peina fort lorsqu'à la lecture d'un journal local j'appris son lâche assassinat. 
 
Peu de temps auparavant, j'avais fait la connaissance, en lui apportant des journaux clandestins, d'Emile GIRARD, le meunier de MANE, qui se ruina en livrant sa farine à la Résistance pour que des boulangers amis en pétrissent le pain des maquis. Ce petit homme réservé et sa si gracieuse épouse ont accueilli chez eux tant de résistants que c'est miracle si la Gestapo ne les a pas arrêtés. 
 
A la même époque, je contactai Marcel ANDRE, l'instituteur de SIGONCE et le docteur BAUER alias AUBER de FONTIENNE. Le premier me conserva, jusqu'à sa fin horrible au charnier de SIGNES, son indéfectible amitié. Quant au second, nonobstant les services que nous lui avions rendus en abritant et nourrissant son épouse et ses jeunes enfants, il me garda longtemps rancune de lui avoir réquisitionné pour deux heures sa voiture, afin de sauver d'un danger mortel le camarade LECA alias BRACHET, chef des Milices Patriotiques de Dauphin, que j'avais fait escorter en lieu sûr, à VOLX, au Corps-Franc CANDELIER-RENAUD. 
 
La fin de 1943 fut pour moi une période de contacts incessants : je n'étais pas un " enfant du pays " et il devenait urgent que les divers responsables me connaissent et me fassent confiance, comme l'ont fait le chef du Service d'Atterrissage et Parachutage (S.A.P.) FIGUIERES, le capitaine de gendarmerie RIBOULET, l'ingénieur des P.T.T. TRICON, le sous-préfet BELLION de FORCALQUIER, le docteur JOUVE de DIGNE, Marcel SICARD de Saint MAIME, René CANDELIER alias RENAUD du maquis puis Corps-Franc de VOLX (devant qui Auguste MERENTIE, leur fondateur, s'était volontairement effacé), son adjoint AUPHAN alias ZOF et aussi des maquisards et résistants avec lesquels j'étais appelé à " travailler " de plus en plus fréquemment : COLOMB, GERARDINI, CRICELLI, BIELAK, MYSCZIAZEK, SAID BEN SAID, BERTIN, KLIMEK, MANDINI, BAYARD (mais oui ! c'était son nom), GROBOZ et son épouse Marinette, RIBOULET Raymond, BENIACAR, APPLANAT, NOWAK, CARBONEL, Maurice, SZALA, PROT, ROCHE, BAILLE, CHABASSUT, le petit René EMBLARD (qui devint un héros à 14 ans !)… et encore nos " agents " : GASTINEL Andrée, LAURENT Marie-Thérèse et BASSET Marie-Ange de FORCALQUIER, GOIN Georgette et LAURENT de Saint MAIME, la petite institutrice stagiaire de SIGONCE, Rolande de VOLX et Marie-Ange d'ORAISON, dont les noms m'échappent… et puis des fermiers, ça et là, où l'on était sûr de trouver accueil et secours en cas de coup dur. 
Si l'on y ajoute les inévitables liaisons sur AIX avec MALAC' - annoncées et programmées par téléphone entre Marithé LAURENT et Malou GROULIER - avec le non moins inévitable accueil-repas chez LAMOUR au restaurant d'ORLEANS, on comprendra qu'il me restait peu de temps pour des réjouissances personnelles. D'autant plus que papa ROSTAGNE s'étant mis en tête de " flanquer une bonne trouille " à certains collaborateurs ou miliciens et autres serviteurs de l'ennemi qu'il avait identifiés, me demanda de fabriquer des tracts tricolores (papier blanc, crayons bleu et rouge, estompage au buvard) représentant en caricature HITLER et MUSSOLINI pendus… avec un seul slogan, en noir : " Après eux, toi, bientôt ! ". 
C'était mon pensum du soir, lorsque tout était calme. Il en glissait un par enveloppe, aux en-têtes les plus diverses (Sociétés de Chasse, de Pêche, de Boules, de Sports) qu'il s'était procurés Dieu sait où ! Nous les faisions poster à MANOSQUE, VOLX où DIGNE par le chauffeur du car de FORCALQUIER… sans les timbrer, bien entendu, ce qui accroissait la jouissance de notre cher ROSTAGNE se délectant de savoir qu'en plus les destinataires acquitteraient une surtaxe postale ! 
Comme on le voit, la Résistance réservait aussi de menus plaisirs à qui savait se les procurer. 
 
 
 
1944 : 
LE GLAIVE 
 
Ce petit jeu des tracts tricolores faillit nous coûter cher : un matin du printemps 1944, la Gendarmerie de FORCALQUIER, toujours fidèle à la Résistance, nous avertit que la Gestapo ferait une " visite " nocturne au domicile des ROSTAGNE. Aussitôt, branle-bas de sauvetage : mise à l'abri de papa ROSTAGNE et de son " pétacycle " dans un cabanon de la Route des Mourres, avec paille et couvertures, vivres et boisson… mise en alerte du Maquis de SIGONCE et des amis de MANE et Saint MAIME.  
Madame ROSTAGNE et moi demeurons seuls, chacun dans sa chambre, après avoir convenu de toutes les réponses à faire aux questions que notre imagination nous permettait de concevoir.  
Minuit sonne, puis une heure. Pensant que la visite était remise, je m'endors. 
Soudain des coups violents ébranlent la porte d'entrée. 
Madame ROSTAGNE parlemente à travers l'huis avec un gendarme français lui annonçant " ces messieurs de la police allemande ". Elle ouvre : irruption brutale de soldats en armes, dirigés par un civil. Ils plaquent Malvina ROSTAGNE contre une cloison du couloir, envahissent ma chambre où l'un d'eux me braque avec sa mitraillette, les autres fouillant coins et recoins, même un placard où un malheureux fromage de chèvre achève de sécher dans ses feuilles de châtaignier !  
On me laisse passer un pantalon, puis on examine mes papiers d'élève-ingénieur aux Ponts et Chaussées qui semblent satisfaire le civil, ma carte de travail étant bien à jour du timbre PETAIN mensuel. 
Les interrogatoires commencent, dans la salle à manger pour mon hôtesse, dans ma chambre pour moi, toujours braqué par le soldat allemand. Comprenant qu'outre le père soupçonné de donner asile à des " terroristes ", on recherche le fils ROSTAGNE, que son métier de dessinateur désigne comme l'auteur des fameux tracts, je me décide à jouer à fond la carte des faux courriers et j'exhibe au civil allemand " la dernière lettre de mon copain qui travaille à OPLADEN, en ALLEMAGNE, où il est bien traité, bien nourri, etc… ". L'enveloppe à oblitération nazie authentifie le récit et dédouane son auteur ! Reste à " blanchir " son père : là, c'est du sublime. Sa femme et moi chargeons le malheureux en insistant lourdement sur son déphasage sexuel provoqué par ses amputations, ce qui amène ce héros de l'autre guerre, ce grand soldat, à courir la campagne après les fillettes, justifiant ainsi ses absences inopinées de plusieurs jours ! ! ! Il nous eut jeté ses cannes à la figure s'il avait entendu toutes nos calomnies… mais ça marche : le civil a des hésitations dans son questionnaire. Je le rassure sur les allées et venues de jeunes gens dans cette maison : quelques condisciples de passage qui, partant pour l'ALLEMAGNE où ils vont travailler, viennent s'informer sur l'adresse de leur copain dans le Grand Reich ! Ça continue à bien marcher ! J'enchaîne sur mon propre cas: sans nouvelles de mes parents depuis que les envahisseurs anglo-saxons occupent le MAROC, je n'ai qu'une hâte, c'est que l'ALLEMAGNE gagne vite la guerre pour que je puisse rentrer chez moi, au lieu de vivoter comme locataire de ce vieux couple désuni ! 
Aussi incroyable que cela paraisse - et me paraisse près d'un demi-siècle plus tard ! - nos réponses identiques à madame ROSTAGNE et à moi, l'absence du fils et du père, l'ambiance triste et démunie qui règne dans la maison, semblent convaincre le civil de la Gestapo qu'on l'a fourvoyé. Trois heures du matin. Ces " messieurs " nous quittent, avec un adieu poli du civil qui, oubliant le méprisant tutoiement dont il avait usé depuis le début, me dit : 
- Je vous plains, monsieur, de vivre dans cette atmosphère pénible ! Prenez courage ! La victoire est proche! Et il s'en va le dernier. 
 
Madame ROSTAGNE referme à clé et au verrou, puis rentre dans sa chambre où je l'accompagne, craignant qu'elle ait un malaise. 
- Fais-moi vite une infusion ! me dit-elle. 
Me demander cela à moi, qui n'avais jamais procédé à une telle opération ! 
Je fais bouillir de l'eau. J'y jette ce que je trouve d'herbes sèches dans le buffet : tilleul, thym, romarin, fenouil. Je passe la mixture sur un bol où je mets une pastille de saccharine -cet ersatz de sucre - et j'amène triomphalement ce breuvage fumant à ma chère hôtesse. Tout aussi incroyable que l'adieu du civil de la Gestapo fut son merci souriant : 
- C'est presque buvable ! 
Et elle le but, parce que c'était chaud. 
 
Le lendemain, alors que vers midi et demi j'allais récupérer papa ROSTAGNE et son " pétacycle ", nous apprenons par la Gendarmerie qu'il était heureux que nul n'ait tenté de fuir de la maison, car elle était cernée jusqu'au petit jour par une troupe nazie en armes, qui avait ordre de tirer à vue ! 
 
En Février 1944, j'avais failli quitter définitivement FORCALQUIER : MALACRIDA et moi avions été trop optimistes en ne me rajeunissant que d'un an dans mes faux papiers ce qui avait eu pour but de me faire à nouveau requérir pour le S.T.O., mais cette fois sous mon pseudo de Marcel DUMAS ! Un comble ! Tout s'était finalement bien passé car les ingénieurs des Ponts avaient obtenu de l'Ingénieur en Chef départemental, mon maintien comme "indispensable" - donc non soumis au S.T.O. - à FORCALQUIER. 
A la même époque, MALACRIDA m'institua responsable Armée Secrète pour l'agglomération de FORCALQUIER et chef-adjoint civil et militaire du district, sous Marcel ANDRE et Georges SCHNEIDER, à charge de considérer ROSTAGNE et GIRARD comme conseillers techniques à consulter avant toute opération. 
 
Toujours à peu près à la même époque, Maurice MAGNAN découvrit dans les archives des Ponts, le plan détaillé, dressé par les troupes italiennes d'Occupation, de tous les ponts du département avec les emplacements de mines et de boîtes d'artillerie pour leur destruction. Evidemment, nous en avons pris un calque, remis à MALAC' qui le transmit à LONDRES via LYON.  
Ceci implique que les liaisons avec AIX continuaient : je descendais à la gare de PUYRICARD, très proche de la cité de SEXTIUS, où aucune surveillance n'était exercée, contrairement à la gare d'AIX où j'avais failli être pris avec un lot important de documents, un jour de fouille générale. Le sous-chef de gare, ami d'enfance de mon père, m'avait sauvé en m'abritant dans son bureau avec mes documents jusqu'à la fin de la fouille. C'est lui qui m'avait indiqué la petite gare de PUYRICARD. Et comme j'avais, dans ce village, l'accueil assuré chez Germain COLLOMB, j'en usais chaque fois que nécessaire. Comme j'usais, à PERTUIS, de l'accueil du pharmacien CREVAT et de Paul GUINDE, agent du R.A.R.E.A. " PHENIX " dans cette ville d'interdits de séjour.  
Il nous est d'ailleurs arrivé, dans cette même ville, d'être surpris par le couvre-feu et de nous réfugier, avec BAYARD, dans un hôtel réquisitionné par les Allemands, de coucher tout habillés sur le lit non occupé de l'un d'eux, et de sortir de l'hôtel dès potron-minet sans plus de bruit qu'en y entrant et sans faire aboyer le chien-loup - au demeurant peu agressif envers nous - qui assurait la garde nocturne à l'entrée. Il fallait être vraiment inconscient pour oser de pareilles absurdités dans une ville où sévissaient les S.S. à tête de mort, les " Das Reich " je crois, qui ne connaissaient ni pitié ni miséricorde et dont l'humour n'était pas la vertu dominante ! Nous en avions, par contre, une assez bonne dose, heureusement ! 
 
Jusqu'au 8 Juin 1944.
C'est l'organisation logistique du district qui nous occupe : coups de main divers sur des stocks indispensables à notre intendance, réquisitions de véhicules nécessaires à la mobilité de nos combattants, stockage de vivres, essence, armes, chez des fermiers amis et de pain recuit chez Andrée GASTINEL, en plein FORCALQUIER ! 
SCHNEIDER, qui avait fait la guerre d'ESPAGNE dans les Brigades Internationales, nous initie au close-combat, au tir et au démontage-remontage des armes - nouvelles pour nous - que sont la mitraillette STEN, la mitrailleuse BROWNING et le fusil mitrailleur anglais dont j'ai oublié le nom. 
Il nous fait aussi participer à des sabotages de lignes électriques à haute tension où nous avons appris à manier le " Plastic ", explosif tout nouveau pour nous et dont le pouvoir brisant est extraordinaire. Mais il commit une grave erreur, celle d'établir son P.C. (Poste de Commandement) dans la ferme EMBLARD de SIGONCE, qui était habitée par une femme et un gamin de quatorze ans notamment, au lieu des granges abandonnées qui avaient été jusqu'alors l'asile des maquisards. Ce fut un premier accroc dans la confiance dont il jouissait, car son choix mettait en péril la vie de civils en cas d'attaque ennemie. 
Un deuxième accroc fut d'apprendre incidemment qu'il avait un frère au service de la Gestapo. Tout cela, ajouté à son tempérament cassant et dominateur, provoqua de si vives tensions entre lui et nos maquisards, qu'il fut remplacé par René CANDELIER alias RENAUD, de VOLX, comme chef militaire du district, dès le 10 Juin, puis relevé, le 10 Juillet du dernier commandement qui lui restait, celui de chef du maquis de SIGONCE. 
 
 
Du 6 Juin au 19 Août 1944.
C'est purement et simplement la lutte armée, la guérilla, entre les maquis et l'Occupant nazi et ses séides. C'est le combat à un contre dix, contre un ennemi qui durcit ses coups au fur et à mesure que la débâcle approche pour lui. C'est le harcèlement par nos gars mal armés et si peu équipés, mais qui utilisent toutes les possibilités du terrain, procédant par attaques surprises avec repli immédiat à couvert, c'est David contre Goliath, mais c'est aussi, comme le généralissime EISENHOWER le dira plus tard, le coup d'arrêt " porté par l'équivalent de deux divisions " à une remontée des forces allemandes vers la NORMANDIE à un moment où la tête de pont du débarquement à ARROMANCHES n'était pas encore entièrement assurée.  
C'est également la facilitation du débarquement franco-allié du DRAMMOND, en Méditerranée, au point que les blindés américains ont pu arriver de FREJUS à FORCALQUIER sans tirer un seul coup de canon. 
Décrire tous ces combats serait superflu : cela a été fait et bien fait depuis lors. Et les archives historiques du Fort de VINCENNES regorgent de comptes-rendus authentiques et précis. 
Par contre, évoquer, si faire se peut, l'ambiance qui régnait en ces durs moments, telle qu'elle fut ressentie et vécue, ne peut que rendre plus vivant, plus humain, plus accessible le récit de chaque fait d'arme. 
 
 
6 Juin 1944.
RADIO-LONDRES nous apprend le débarquement en NORMANDIE et nous attendons le message de soulèvement immédiat : " se méfier du toréador " ou son inverse, " ne pas se méfier du toréador " qui impliquait l'ordre d'attendre, l'arme au pied. L'ambiguïté des deux textes trop " voisins " et les difficultés d'écoute dues au brouillage ennemi provoquent alors une inévitable confusion : les uns ont cru entendre le premier message, les autres le second ! D'où, appel à MARTIN-BRET qui confirme, le 7 Juin : soulèvement immédiat. 
 
 
7-8 Juin 1944.
Dans la soirée du 7, je réceptionne à l'entrée du cimetière de FORCALQUIER, une dizaine de volontaires de SIGONCE, PIERRERUE et NIOZELLES, pour renforcer notre effectif local et " prendre la ville ".  
On les a doté, chacun, d'une STEN et de trois chargeurs, soit quelques minutes de feu en " tir économique ". C'est bien peu ! Je les interroge - heureusement ! - sur leur habileté au tir à la mitraillette : ils ne s'en sont jamais servis et ne savent ni la démonter, ni la remonter ! Je leur fais alors, à l'abri des grands ifs du cimetière (ce qui donne à la chose un aspect quelque peu morbide), un cours rapide de pratique… puis, en route vers la Poste où le Receveur ami nous ouvre les portes et que nous investissons pour en neutraliser le standard et maîtriser les communications téléphoniques hors FORCALQUIER.  
J'y installe mon P.C.  
Je prends cinq gars avec moi et, au vu d'une liste dressée par ROSTAGNE et ses amis, nous partons pour les arrestations d'un certain nombre de collaborateurs des Allemands nazis. Toutes se passent sans incident, sauf celle du chef milicien FAUCON qui donne lieu à un drame sanglant, le premier de cette insurrection : notre camarade Raymond RIBOULET, fils du capitaine de Gendarmerie, est assassiné à bout portant de trois balles de revolver par FAUCON, lui-même abattu à son tour d'une rafale de STEN. Deux morts en quelques secondes !  
Dans cette nuit du 7 au 8 Juin, " le sang des oliviers " s'est mis à couler… C'est ce titre : " LE SANG DES OLIVIERS " que le sous-préfet BELLION, devenu préfet et homme de lettres, voulait donner à un ouvrage sur la guerre " des collines " qu'il souhaitait écrire. Une vie administrative trop dense l'en a empêché. 
Le reste de la nuit, lugubrement, se passe en patrouilles, relèves, gardes diverses. 
 
 
8 Juin 1944.
Dès six heures du matin, je réclame à SCHNEIDER par téléphone, un fusil mitrailleur avec tireur, pourvoyeur et chargeurs. Je place un guetteur à la citadelle que je fais relier à la Poste par un téléphone de campagne que nous installe l'ingénieur TRICON des P.T.T. Les nouvelles qui nous parviennent sont mauvaises : les F.T.P. (Francs-Tireurs et Partisans, d'obédience communiste) qui devaient assurer le barrage de certaines voies d'accès à FORCALQUIER n'ont pas reçu l'ordre de se soulever. Il faut pallier cette défection en abattant quelques platanes en travers de la route de DIGNE et en demandant aux PONTS de placer un rouleau compresseur en travers du viaduc sur la sortie vers MANE et BANON.  
Nous enregistrons avec tristesse la défaite des manosquins de MARTIN-BRET qui ne put lui-même s'échapper que d'extrême justesse de la ferme où il avait installé son P.C., l'ennemi l'ayant investi. Prévoyant le pire, je fais annoncer par le crieur public à la population de ne pas réagir à un signal unique et prolongé de la sirène d'alarme. Ce signal non modulé est destiné à nos troupes et leur donnera l'ordre de repli, actionné par le guetteur de la citadelle.  
Je renouvelle ma demande d'un FM à SCHNEIDER, en insistant car cette arme, nous permettant de battre la place du Bourguet en cas de retour des Allemands, couvrirait notre retraite vers la citadelle et, de là, vers les couverts de VILLENEUVE et Saint MAIME où il nous serait plus facile de continuer le combat, surtout en utilisant l'art de deux tireurs d'élite dotés du fusil américain à onze coups. 
 
En fin de matinée, un événement cocasse se produit: Le Conseil Municipal vient m'offrir sa démission, que je refuse évidemment, puisque seul le Comité de Libération (qui n'a pas encore siégé) aurait qualité pour l'accepter. Les braves édiles ne savent plus quelle attitude adopter. Pour couper court et m'en débarrasser, je leur demande de rentrer chez eux et de s'y considérer comme prisonniers sur parole. Ce qu'ils firent, les bougres ! 
 
En début d'après-midi, un coup de téléphone du "responsable de MONTLAUX" nous affirme qu'un général de VICHY, qu'ils viennent de manquer à MONTLAUX, se dirige vers BANON, en voiture. Brûlant d'intercepter ce général, qui serait à la fois une belle prise de guerre et un très bon élément d'échange si certains de nos chefs étaient pris, j'enfourche ma moto et, suivi d'un camion avec dix hommes armés, nous nous mettons en " position barrage " sur la route de BANON, en surplomb de la chaussée, sous le couvert d'une chênaie, notre camion caché dans un chemin creux voisin, moteur au ralenti, prêt à se mettre en travers de la route pour immobiliser la voiture du général.  
A peine étions-nous là en début d'attente, que le son lugubre, continu, prolongé, non modulé de la sirène d'alarme de FORCALQUIER nous parvient et nous poigne le coeur. Demi-tour immédiat - au diable l'étoile de VICHY! - nous fonçons sur FORCALQUIER.  
A MANE, un camion de renforts venu de Saint MAIME nous rejoint. J'ouvre la route à moto. Nous rasons le rouleau compresseur en train de se positionner sur le viaduc. Ma moto prend de l'avance sur les camions et je vire court face à la statue du Félibre sur le boulevard du Bourguet… Là, je suis littéralement gerbé par une rafale de balles d'une mitrailleuse jumelée battant l'avenue depuis la place de l'Hôtel de Ville… Ça crépite, ça fuse autour de ma moto, mais par miracle je n'ai même pas une égratignure !  
La rage au coeur, je tourne bride, suivi de mes deux camions qui ont vu de loin les jets de balles et ont commencé à virer devant les PONTS, où la route est élargie…  
Nous revoilà filant sur Saint MAIME où j'espère que nos camarades viendront nous rejoindre. Hélas, Gino MANDINI qui a pu décrocher dès le début de l'alarme, m'y apprend le drame : huit des nôtres, obnubilés par l'ordre qu'avait, la veille, donné SCHNEIDER (et que j'ignorais), selon lequel " tout combattant qui abandonnerait son poste serait fusillé ", ont préféré tirer sur l'ennemi jusqu'à leur dernière balle, avant d'être pris, traînés jusqu'au mur de l'Eglise et fusillés sans jugement… cependant que Maurice CARBONNEL, présent jusqu'à leur holocauste, les avait supplié de se replier vers la citadelle en obéissant à mon ordre. Rien n'y fit et ces martyrs de la Résistance dont les noms sont gravés sur la plaque de marbre au lieu même de leur supplice, ont préféré la mort face à l'ennemi à un repli qu'ils avaient été amenés à confondre, par la faute d'un ordre mal donné et non explicité, avec un possible abandon de poste. Les autres combattants, obéissant à la consigne de repli, se retrouvèrent à la fois sauvés et disponibles pour la suite des combats. 
 
Meurtri au plus profond des sentiments de la camaraderie de combat et furieux contre SCHNEIDER pour son ordre mal donné, je retourne vers SIGONCE, par VILLENEUVE. SCHNEIDER s'y trouve, navré (en apparence) et prétend n'avoir jamais interdit un repli sur ordre ! Nous sommes tous à bout de nerfs. On convient que je rejoindrai la ferme EMBLARD à moto, pendant que les camarades s'y rendent à pied en coupant à travers bois. 
J'avance donc, attentif aux ornières du chemin charretier que je dois suivre… lorsque, de nouveau, sans avoir rien vu de loin, je suis gerbé par une mitrailleuse jumelée (la même ? une autre ?) à la lisière d'un champ de blé encore vert. J'y plonge en tombant de ma moto… je rattrape au vol ma mitraillette, cours, saute, replonge, bondis, file en zigzag, rebondis… jusqu'au bout du champ où je tombe sur le dos au creux d'un canal d'arrosage - à sec - qui me reçoit et m'abrite, hors d'haleine, pendant que les balles écrêtent la rive au-dessus de moi et font vriller la poussière du sol aride. L'une d'elles m'a d'ailleurs effleuré la tempe droite et le sang coule en se mêlant à la poussière et à la sueur. Je dois avoir une gueule à faire peur ! 
Les boches ont changé le tir : ils s'acharnent maintenant sur le petit groupe de copains qui filent à travers bois vers la ferme EMBLARD. J'aperçois SCHNEIDER et deux autres qui obliquent vers la route de MONTLAUX. Je fais comme eux, ne voulant pas lâcher Georges SCHNEIDER à qui je veux encore demander des comptes au sujet de nos fusillés. On se rejoint sur la route et j'apprends alors qu'on attend le retour de la voiture qui emmenait à FORCALQUIER le fusil mitrailleur que je demandais depuis le matin ! Un bruit de pneus crissants… c'est elle ! Le chauffeur, un as de la conduite, a réussi à échapper au tir des nazis en faisant un demi-tour, époustouflant devant la sous-préfecture, en plein sur un groupe d'Allemands qui s'égaillèrent comme une volée de poulailles avant de lâcher quelques rafales qui n'ont qu'à peine écorné la carrosserie. 
Nous montons à bord et nous nous tassons dans la bonne chère traction qui nous mène à MALLEFOUGASSE, chez un fermier ami de SCHNEIDER, qui nous fit boire, manger et assura même la garde pendant que nous prenions un peu de sommeil réparateur. 
 
 
9 Juin 1944.
Nous quittons MALLEFOUGASSE pour le maquis EMBLARD où nous parviennent peu à peu, au cours de la journée, les nouvelles les plus diverses : les nazis ont poursuivi Gino MANDINI qui revenait de Saint MAIME et n'a dû son salut qu'à un caveau du cimetière de SIGONCE dont une dalle disjointe, qui céda à ses efforts, lui a permis de s'introduire pour la nuit dans l'obscurité fétide des lieux…  
Les nazis ont arrêté BAYARD, alias PILOU, heureusement non armé, qui arrivait à SIGONCE en liaison. Nous saurons plus tard qu'il fut " vigoureusement interrogé " par la Gestapo de DIGNE mais que, vu son jeune âge et l'absence de preuves, "il ne fut condamné qu'à la déportation en ALLEMAGNE". Un bienheureux bombardement de la gare de triage d'AVIGNON par l'aviation alliée lui permit, sautant du train que les sentinelles avaient abandonné pour courir à l'abri, de fuir à contre-voie vers l'Est. Il mettra un mois pour atteindre SIGONCE, marchant la nuit, dormant le jour, grappillant de ferme en ferme une pauvre pitance de survie… les nazis, à FORCALQUIER, traquent " le terroriste " partout où ils espèrent le trouver, mais leur quête est vaine…  
Enfin, une liaison de VOLX nous annonce que Georges SCHNEIDER est relevé de son commandement de chef militaire du district, remplacé par CANDELIER-RENAUD, et que suis confirmé dans mes fonctions d'adjoint au chef civil et militaire du district et commandant du chef-lieu, dont j'avais été le seul à en assurer le guet, l'alarme et le plan de protection des accès et du repli. 
 
 
10 Juin-15 Juillet 1944.
Période d'intense activité pour moi. Abrité pour un temps chez EMBLARD, j'y prends ma part de gardes nocturnes et de corvées diverses. Désireux d'affirmer à la population de FORCALQUIER notre présence et la continuation de la lutte, je fais des apparitions inopinées, escorté d'un seul maquisard en armes, jamais le même, allant jusqu'à nous faire servir un pastis dans tel ou tel autre bar de la ville où se réunissent joueurs de boules et de cartes qui colportent les nouvelles, font et défont les réputations… j'amène Gino MANDINI chez un dentiste pour une extraction urgente et nous repassons dignement, à moto, par la place de l'Hôtel de Ville, devant les Allemands dubitatifs…  
Je retourne à MANE rencontrer MARTIN-BRET chez GIRARD, à Saint MAIME chez SICARD, à SIGONCE chez ANDRE, dans une atmosphère de cordialité virile et de chaude amitié. Il me confirme toute la réorganisation du district - et, à son échelon, du Département - après les malheureux événements des 6-9 Juin. On s'accorde sur le thème " guérilla-surprise, attaques-éclairs, replis immédiats à couvert ".  
Cette tactique sera portée au summum de la réussite par René CANDELIER alias RENAUD, avec des coups d'une audace inouïe : lui et son adjoint AUPHAN enlèveront à la Gestapo de MARSEILLE leur voiture de prestige, une traction avant et son contenu (armes de poing et serviette de documents !)… avec trois hommes du Corps-Franc de VOLX et deux du Corps-Franc de Saint MAIME, il s'emparera d'un camion de tabac au dépôt départemental d'APT… il fournira plusieurs tonnes de sucre aux maquis. Merveilleux entraîneur d'hommes, toujours sur la brèche, d'un courage frisant la témérité, il veille à tout, partout : minages de ponts et voies ferrées, barrages de route, harcèlement de convois ennemis, dont l'un par le Corps-Franc de VOLX au Nord de LA BRILLANNE, l'autre par le Corps-Franc de Saint MAIME au pied de NOTRE-DAME DES ANGES : quatre Allemands tués, dont deux officiers… Nous ignorions alors qu'il irait glaner bien d'autres lauriers de gloire en INDOCHINE, en ALGERIE, en AFRIQUE Noire et qu'il serait promu général, puis nommé directeur du Renseignement au S.D.E.C.E.! Pour l'heure, son aire d'activité oscillait entre VOLX-MANOSQUE et VOL-LURS, rive droite de la DURANCE. Il me confia en priorité la zone d'action Saint MAIME-MANE-FORCALQUIER et Saint MAIME-NIOZELLES-PIERRERUE, au coeur du dispositif. Marcel ANDRE, que je rencontre alors souvent et avec une sympathie de plus en plus amicale, donne son accord : 
 
 
Le 6 Juillet.
Je crée le Corps-Franc Saint MAIME, en écrémant les meilleurs éléments des maquis de SIGONCE et de FORCALQUIER. 
A peine le Corps-Franc est-il créé qu'il doit intervenir en catastrophe, le 8 Juillet, pour harceler entre SIGONCE et FORCALQUIER, un convoi ennemi qui vient d'investir la ferme EMBLARD à SIGONCE. Ont trouvé la mort dans cette attaque, SAID BEN SAID, madame EMBLARD et une jeune inconnue qui tira contre les nazis à la mitrailleuse, alimenté en munitions par le fils EMBLARD, jusqu'à ce qu'une balle allemande lui ôte la vie. Le petit EMBLARD, pris par les boches au moment où il tentait de faire sauter les munitions qui restaient encore fut gracié, car il avait à peine quatorze ans ! Les autres maquisards avaient réussi une percée des lignes adverses et s'étaient égaillés dans les bois. Quant à notre Corps-Franc, il usa force munitions sur ce convoi qui riposta fermement : des traces de sang relevées plus tard sur le bitume nous ont convaincu que nos balles avaient, pour certaines d'entre elles, fait mouche. 
 
 
Le 9 Juillet.
SCHNEIDER, absent lors de l'attaque de son Maquis, est relevé de son dernier commandement. 
Avec LECA alias BRACHET, chef des Milices Patriotiques de Dauphin, nous signons un accord d'entraide Armée Secrète - Francs-Tireurs Partisans - Certains de nos gars sont autorisés à rejoindre les F.T.P., tel l'italien MARIO et, selon les missions, nous mêlons nos hommes, nos armes, notre matériel… ce qui est une réussite diplomatique importante, car il régnait jusqu'alors une tension certaine entre l'A.S. et les F.T.P.… Le fils CASTOR, de SIMIANE, un de mes anciens condisciples Aixois, me donne des nouvelles de Jean FRANCHI, du PUY-Sainte REPARADE, devenu Chef National Adjoint de l'O.R.A. (Organisation de Résistance de l'Armée) et du Señor Lopez ORTIZ, dont le groupe de Mirabeau, force Action du réseau PHENIX, mène la vie dure aux convois allemands. CASTOR, hélas ! trouvera une mort aussi absurde qu'injuste, à l'aube de la Libération, mitraillé par l'aviation américaine ! La guerre à des rictus qui font mal à l'âme. 
Les autorités de FORCALQUIER, sous-préfet et capitaine de gendarmerie en tête, se trouvent confrontées au problème des " pillards de fermes " et impuissantes à le résoudre. Elles font alors appel au Corps-Franc Saint MAIME pour prendre sur le fait ces voyous déguisés en Maquisards qui brûlaient les pieds des paysans pour leur faire avouer où était caché leur magot ! Sur ordre express des autorités, les pillards pris en flagrant délit sont fusillés. Même une femme du l'être que le Maquis de PIERRERUE (interceptant un car pour vérification) trouva porteuse d'une liste des Résistants, BELLION, ROSTAGNE et RIBOULET en excellente place, qu'elle allait livrer à la Gestapo de DIGNE entre deux pillages de fermes. 
Les opérations de maintien de l'ordre effectuées en accord total avec les autorités officielles du moment et à leur demande, nous faisaient courir des risques supplémentaires, car c'était en civil et sans arme que nous procédions aux enquêtes… Ce qui nous amena parfois à tomber sur des barrages volants allemands, dont seuls nos bons faux papiers permirent de nous tirer les braies nettes : Léon ROUX, responsable S.A.P. de MANE-FORCALQUIER, s'en souvient encore, lui qui fut intercepté et braqué par un Allemand en possession d'une mitraillette juste derrière moi, à Saint MAIME, en Juillet ! Il est aujourd'hui Président des Associations d'Anciens Combattants et Résistants de FORCALQUIER et sa région. 
 
Pour compliquer notre action, il nous est arrivé d'oeuvrer a contrario des décisions des autorités, lorsque notre enquête et les interrogatoires de témoins notables nous avaient convaincu de l'innocence d'un suspect : certain photographe de FORCALQUIER doit encore avoir présente à l'esprit la journée terrible d'attente qui aurait dû le mener au peloton d'exécution et que nous avons pu terminer au mieux en le raccompagnant libre et sauf chez lui. Mais que de temps passé à ces enquêtes et combien difficile était le fait de rendre bonne et sereine justice en cette époque de troubles sanglants ! 
 
 
16 Juillet 1944.
Jour néfaste entre tous ! Nos Chefs MARTIN-BRET, Marcel ANDRE, CUSIN, PIQUEMAL, FAVIER, LATIL et tous les autres membres du Comité Départemental de Libération des BASSES-ALPES, tombent dans un traquenard tendu par la Milice, sont pris et emmenés au siège de la Gestapo de MARSEILLE, torturés et, le 18 Juillet, fusillés et jetés encore pantelants dans une fosse de chaux vive, à SIGNES. 
Le traquenard avait eu lieu à ORAISON où nous avions une agent, Marie-Ange, qui nous avait été recommandée par Rolande de VOLX. Voyant que des miliciens déguisés en Maquisards arrêtaient, après un simulacre de fusillade avec des Allemands complices, nos Chefs arrivés depuis peu, elle prend l'initiative de venir nous en avertir. Ne pouvant passer par le Pont de LA BRILLANNE qu'elle pense gardé par des Allemands, elle rejoint la DURANCE un peu à l'Ouest, se déshabille et roule sa jupe et son chemisier en turban mal foutu sur sa tête et, en petite tenue, se glisse dans la rivière. Excellente nageuse, elle se laisse porter par le courant jusqu'à atterrir à mi-distance entre VILLENEUVE et VOLX. Revêtue, elle gagne Saint MAIME à pied au moment où le soir s'annonce car c'est vers 16 heures qu'un haut-parleur avait proclamé l'arrestation de nos amis et, faute d'un véhicule, il a fallu près de cinq heures à Marie-Ange pour nous rejoindre.  
On la fait reposer chez LAURENT, le restaurateur-hôtelier, cependant que le branle-bas de combat met en oeuvre tous nos effectifs disponible : une liaison d'abord vers VOLX pour alerter CANDELIER, six hommes en barrage au pied de Notre-Dame-de-la-Roche et six autres vers LINCEL, le restant prêt à foncer en JUVAQUATRE vers le lieu où serait signalé le véhicule emportant nos Chefs. Tout cela en vain. Ils sont déjà sinon arrivés à MARSEILLE, du moins tout près ! Nous ne pouvons plus rien absolument plus rien, pour les sauver. Le magnifique effort de Marie-Ange se révèle inutile ! Quelle dérision ! Jour néfaste entre tous ! J'aurais dû me trouver parmi eux, pour exercer la fonction de Secrétaire Départemental du Comité et ce n'est qu'après en avoir longuement débattu avec Marcel ANDRE, qu'un délai de huit jours m'avait été consenti pour mettre au courant, en détail, mon Adjoint CRICELLI de toutes les affaires du district. J'avais, par contre et sur son ordre, remis à ANDRE la liste de tous nos résistants avec leurs pseudos que nous avions caché derrière la parabole du petit phare de son vélo. Elle a dû y rester… et j'ai la certitude que Marcel ANDRE n'a trahi personne sous la torture, puisqu'aucun des noms figurant sur la liste n'a été plus inquiété qu'à l'ordinaire par l'ennemi. 
Jour néfaste entre tous !  
Au cours de conversations, quelques jours auparavant avec MARTIN-BRET et ANDRE, j'avais plaidé de toutes mes forces pour que la réunion du Comité se tienne à Saint MAIME où nous disposions des moyens suffisants de protection. Mais MARTIN-BRET s'était obstiné pour ORAISON où, disait-il, il fallait " secouer l'apathie de la population ". Marcel ANDRE, par contre, penchait pour Saint MAIME et c'est, j'en suis témoin, réellement à contre-coeur qu'il rejoignit ORAISON. 
 
 
17 Juillet - 14 Août 1944.
Période cruciale pour nous tous : nous n'avons plus de Chefs au niveau Départemental… MALACRIDA, lui aussi en alerte, ne peut plus être joint au téléphone : AIX est muet CANDELIER, ROSTAGNE, GIRARD, et SICARD me demandent de continuer à assumer mes fonctions à l'échelon du District!… CANDELIER, après une tentative de contact à MARSEILLE, trouve le Commandant MAURIN alias LATOUR, qui lui précise les missions des groupements de l'Armée Secrète dans le District FORCALQUIER.  
Nous survivons cahin-caha, sans argent pour payer notre ravitaillement, sans ordres précis, en enfants perdus. Heureusement, Saint MAIME nous offre mille ressources du coeur et de l'amitié : le restaurateur LAURENT et son épouse deviennent à la fois table d'hôtes et point de ralliement de nos liaisons… Des parents de Géo GOIN abritent au fenil nos gars pour la nuit et leur offrent le déjeuner du matin… Je couche chez SICARD à Saint MAIME ou chez GIRARD à MANE, escorté de mon inséparable Pierre COLOMB… MANDINI, CRICELLI et MICZIASCZEK battent la campagne et quêtent notre pitance auprès de fermiers complaisants… Les vergers locaux sont pleins de pêches à cueillir et le sucre de RENAUD bourre nos poches : nous parvenons donc, tant bien que mal, à nous sustenter. 
 
La coopération avec les F.T.P. de DAUPHIN est au beau fixe : ils se montrent compréhensifs et n'abusent pas de la situation. Nous faisons plusieurs expéditions en commun, dont une à Saint Michel- l'Observatoire. Le reste du temps : barrages routiers, patrouilles, gardes de nuit… La routine… Mais avec cette blessure béante dans notre amitié de combat : nos chefs sont morts, trahis, non vengés… et nous ne connaissons pas le traître ! 
 
 
15 Août 1944.
Pour la nuit du 14 au 15 Août 1944, CRICELLI reçoit d'un responsable S.A.P. (Section d'Atterrissage et Parachutage) l'ordre d'attendre un parachutage sur le terrain de Saint MAIME, mais en faisant la lettre " A ", " commune pour cette nuit à tous les terrains ", au lieu de notre lettre " Q " habituelle, en morse optique. L'affaire me semble louche et je charge Nellianto GERARDINI, l'Italien fidèle, d'organiser les moyens d'évacuation immédiate du terrain. Bien m'en prit ! L'avion parachuteur nous survole une fois… CRICELLI s'acharne à faire en morse sa lettre " A "… L'avion revient, pique, nous mitraille dans l'axe du terrain, arrosant les alentours aux bombes au phosphore : feu d'artifice en bleu, en vert, en rouge, en jaune, en violet ! La colline brûle autour de nous ! Chacun se rue sur les véhicules où s'éloigne à pied : c'est la dispersion, bien organisée par GERARDINI, avant le regroupement au Sud du cimetière, dans la plaine. Pas de mort, aucun blessé, mais forte émotion pour tous ! 
 
Au petit jour du 15, je remonte " inspecter les dégâts " sur le terrain : tout a brûlé alentour, les arbres sont scalpés à trois mètres du sol et le sol jonché de feuillage haché ! De-ça, de-là, une bombe non explosée que je ramasse : section hexagonale avec ailettes de queue, corps rempli de phosphore et grosse tête explosive ovoïde… J'en garde deux avec la plus extrême délicatesse et, en tandsad derrière GROBOZ nous filons à moto vers VOLX pour montrer " ces choses " à CANDELIER, qui portent sur leur culot la mention " made in CHICAGO ". Quel cadeau de la part de nos amis Américains ! Mais quel est le salopard qui a décidé que tous les terrains devaient faire la lettre A?  
 
 
19 Août 1944.
Dès le lendemain du 15 Août, jour du débarquement Allié sur nos côtes méditerranéennes, nous recevons l'ordre de CANDELIER de nous porter en barrage à LINCEL pour tenter d'éviter toute remontée vers les ALPES des blindés S.S. stationnés à APT.  
 
 
Le 19 au matin.
Une liaison de Saint MAIME vient nous trouver dans la petite chapelle près de laquelle nous avons installé, à côté d'un petit stock de bombes GAMMON anti-chars, au plastic, une mitrailleuse battant un virage aigu en contre-bas : " une colonne de blindés descend de DIGNE sur FORCALQUIER ". Avec deux gars, je fonce en JUVA sur FORCALQUIER. Arrêt à MANE, chez GIRARD, qui ne sait rien sur ces blindés, sinon qu'ils doivent avoir atteint FORCALQUIER. Nous repartons, grimpons la côte au Nord de MANE, amorçant le virage au sommet… Là, nez à nez avec un char : on s'éjecte de la bagnole, pistolet ou mitraillette au poing, pour se coller contre le char, dans l'angle mort de ses armes automatiques… La coupole s'ouvre : un casque, une tête, un torse habillé en kaki et un rire amusé qui éclate : 
- Hello ! Boys ! 
Ce sont les Américains ! Un autre char ! Un autre ! Encore un ! Puis une Jeep et un command-car d'où un Colonel, parlant français, descend et nous questionne. Cartes du District à même l'asphalte, nous lui montrons nos positions, celles des blindés Allemands, notre barrage que le Corps-Franc de VOLX doit venir renforcer. Le Colonel est satisfait : depuis la mer, il n'a tiré qu'un seul coup de canon… C'est à FORCALQUIER qu'une gamine tellement folle de joie, en grimpant sur un char pour embrasser son conducteur, a appuyé sur un mauvais bouton et déclenché le tir !  
Les chars continuent leur route sur APT. Nous, nous reprenons la JUVA et notre arrivée à FORCALQUIER, dans le délire de la foule en folie qui hurle sa joie, nous embrasse, nous secoue, nous bouscule, s'accroche à nous, et le couronnement de notre aventure ! Je l'officialise en commandant le premier " salut aux couleurs " depuis 1940, devant un carré de militaires : Américains, Gendarmes, Maquisards et F.F.I.… et la foule où j'ai vu pleurer des vieux lorsque la sonnerie du clairon accompagnait nos trois couleurs, hissées en plein azur par Nellianto GERARDINI. 
 
 
22 Août 1944. 
 
Regroupés sous les ordres du Major écossais BINGS, les Maquis de REILLANNE, CERESTE, APT et nos deux sections de VOLX et Saint MAIME, renforcées par MANE et FORCALQUIER, prennent APT avec l'appui d'un seul blindé Américain. 
Aucune perte chez nous. Trois Allemands en side-car abattus d'une rafale de fusil-mitrailleur. Décrochage des quelques trente chars nazis qui vont se faire prendre entre VALENCE et MONTELIMAR, dans la nasse tendue par la 1ère Armée Française et les unités blindées Américaines, sur les deux rives du RHONE, l'aviation pilonnant et détruisant en amas de ferraille calcinée, ces chars qui furent l'orgueil de l'Armée nazis, ces monstres sacrés des Panzerdivisionen ! 
 
 
Septembre 1944. 
 
C'est la fin de notre saga de la Résistance. Ceux d'entre nous qui le souhaitèrent purent s'engager, avec leur armement et leur matériel, dans la 1ère Compagnie fondée à VALENSOLE, du Bataillon " BLEONE 20 " stationné à DIGNE. 
Sous les ordres du Commandant LINDENMANN, le Bataillon fut engagé sur le front des ALPES, secteur JAUSIERS-BARCELONNETTE, puis intégré à la 1ère Armée Française de LATTRE de TASSIGNY, dont il partagea dès lors l'existence. 
 
CONCLUSION 
 
Toutes ces anecdotes ne composent pas, bien évidemment, le récit exhaustif de mon aventure dans l'Armée de l'Ombre. Des dizaines d'autres pourraient y figurer, mais cela exigerait la rédaction d'un volume ! 
Il eut été possible de raconter, par exemple, comment nous avons sauvé de la déportation les deux filles du restaurateur LAMOUR en fournissant à leur père de faux rapports sur des parachutages et des liaisons imaginaires mais vraisemblables, qu'il remit à la Gestapo en échange des documents d'identité rendus à ses enfants qu'il pu alors mettre à l'abri… Comment mon père, païen notoire, pris en liaison pour le R.A.R.E.A. PHENIX en AVIGNON, fut sorti de prison par une intervention de l'Evêché !… comment notre ami COLOMB, dans une ferme près de BANON, tomba au travers d'un plancher pourri, dans le local où le paysan-braconnier élevait un furet, et en ressortit puant le fauve à plein nez !… comment le futur Avocat de la Cour de PARIS, Paul Charles DEODATO, commit à PEYROLLES un délit de vol (!) en s'emparant d'une liasse de feuille de tickets d'alimentation, ce qui permit à quelques réfractaires du S.T.O. de mieux manger pendant quelques jours… comment les industriels marseillais PAGES et DELASSUS, qui ripaillaient certains week-ends dans une auberge près de FORCALQUIER, furent amenés à nous prêter leur fourgonnette Juvaquatre et à nous procurer une petite aide financière en contre-partie des joyeuses heures qu'ils avaient passées… comment le premier élément libérateur d'APT fut notre chienne DAKAR, brave bête qui ignorait que l'attaque de la ville n'aurait lieu qu'au signal d'un coup de canon tiré par un char américain, signal qui n'eut lieu qu'à midi alors que nous l'attendions depuis l'aube, avec une patience dont DAKAR ne sut pas faire preuve !… comment l'Abbé BASSET de FORCALQUIER, aussi résistant que son curé-doyen était collaborateur, nous offrit sa soutane et son vélomoteur avec Ausweiss, poussant le scrupule jusqu'à ânonner la prière des agonisants (en latin !) " au cas où "… comment, grâce à un Commandant que je pus aider à gagner LARAGNE dans les délais, les bombardements du viaduc de FORCALQUIER furent interrompus, alors que l'aviation américaine avait tué plusieurs civils de la ville sans toucher l'oeuvre d'art que représente ce magnifique viaduc en courbe… comment notre volubile Andrée GASTINEL découragea par son verbiage un S.S. qui fouillait la maison de ses parents où notre pain recuit de réserve était entreposé… comment je pus m'enfuir, en bondissant d'un camion qui m'emmenait vers l'interrogatoire de la Gestapo de DIGNE, en profitant d'un ralentissement du convoi en haut de côte et du couvert d'un immense champ de tournesols… et tant d'autres petites histoires ! 
 
 
 
 
Que le centième de cela fut vécu par quelque haut personnage de l'Etat, ne doutons pas que les hygiographes se fussent jetés sur cette pâture pour écrire quelque magnifique page d'histoire ! 
Par bonheur pour le lecteur éventuel, ce ne sont que des souvenirs, aujourd'hui bien lointains, d'un moment de la vie d'un combattant de l'Armée de l'Ombre. 
 
 
 
Notes et Documents 
 
Cf le CD 
 
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MessagePosté le: Dim Mar 29 2009, 09:30    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Lun Mar 30 2009, 18:11    Sujet du message: Un témoignage Répondre en citant

Bonjour à tous.

Salut Lederangeur.


Un autre témoignage :



Marcel ALLIBERT 
*** 
064
 
Soixante années ont passé!...
 
GUERRE 1939 - 1945 
 
Témoignage 
 
NICE - Novembre 1989 
 
 
 
Analyse du témoignage 
Résistance 
Ecriture : 1989 - Pages 50 
 
Ancien chef-fondateur du réseau " PHENIX ". 
Ancien Commandant-Adjoint civil et militaire et chef des 
Corps-Francs du District D.3 de l'Armée Secrète Bas-Alpine 
 
 
 
POSTFACE de Jean-Louis ARMATI 
 
Ce sont les justes, les sages et les poètes qui font le mieux la guerre 
Alain (Propos) 
 
Jeanne d’Arc, à son procès de Rouen répondit à ses juges qu’elle aimait bien les Anglais mais "chez eux". Les amis de Marcel Allibert ne détestent pas les Allemands, à condition qu’ils ne s’invitent pas chaussés de bottes et vêtus de vert de gris. 
Il en a toujours été ainsi et le peuple de France, aimable et pas plus querelleur qu’un autre, à y bien regarder, est même plutôt hospitalier - n’en déplaise à certains détracteurs patentés - mais intransigeant, jaloux de sa Liberté lorsqu’il s’agit du choix de son destin, de ses institutions. 
Le Général de Gaulle avait l’habitude de dire qu’il était d’un seul parti, celui de la France, et Léon Blum, à qui un émissaire venu le voir dans sa prison de Riom suggère de créer un mouvement socialiste de Résistance, répond qu’il n’est qu’une Résistance, celle de La France. 
C’est aussi au Parti de La France qu’adhèrent Marcel Allibert, jeune étudiant en rupture de scolarité et tous ses compagnons de lutte : ouvrier, paysan, commerçant, bourgeois, prêtre, médecin, hommes et femmes sans distinction, sans concession. Ils ne veulent rien tant, qu’une seule chose : 
"Qu’ils s’en aillent" et puis après on verra bien, on essayera de le construire, ensemble maladroitement, en tâtonnant, ce monde idéal de Justice et de lumière où l’Anglais et l’Allemand auront leur place mais aussi le Juif, le Noir, le Musulman, le banni car "tout homme a deux patries : La sienne et La France"  
Le Parti de La France, c’est celui des humbles, des taciturnes, des laborieux de la semaine qui, au petit matin, avalent au lance-pierres le petit noir, le crème ou le blanc sec au comptoir et s’en vont le Dimanche jouer aux boules sous les platanes avec les copains, disputer la belote ou la manille au café de la place, faire danser les filles et pêcher au bord de la rivière ou sur la rive du canal. 
C’est le Parti des Justes, des Sages et des Poètes qui font le mieux la guerre quand ils ne peuvent pas faire autrement. 
 
The righteous, the wise and the poets  
are the ones that wage the best of wars.  
Alain (Propos). 
 
Joan of Arc during her trial in Rouen replied to her judges that she liked the English in their own place. The friends of Marcel Allibert do not dislike the German if they do not wearing boots and green fatigues. 
It has always been so, and the French people, pleasant not more badly tempered than any other come to think about it., can even be regarded as fairly hospitable, despite what some people might think, intransigent, jealous of its freedom when it comes to its destiny and its institutions.  
General de Gaulle used to say that he only belonged to one party and that was that of France, and Léon Blum who was asked by a messenger to had come to see him in his prison in Riom to create a socialist resistance movement, answers that there is only one Resistance movement and that it is that of France. 
It is also the party of France that Marcel Allibert joins, when he is a young student, cut off from his studies along with all his companions of fight, workers, merchants, clergymen, doctors, men and women without any distinction, without any concession there is only one thing they want :  
"They want them out", and afterwards we will see, we will try to build it together, albeit with difficulties this ideal world of justice and of light, in which the English, the German will have their place, but also the Jew, the Black, the Muslim, because "every man has got to lands his own and France".  
The Party of France, it is the party of the humbles, the silents, the industrious of the week, who at dawn gulp a dark coffee, or coffee with milk or a dry white wine at the bar and on Sunday go to play bowls, under the plane trees with their pals, play cards at the Cafe on the square, dance with the girls and fish by the river or by the canal. 
It is the party of the righteous, of the wise, of the poets, who are the best at waging war when they have no alternative. 
 
 
AVANT PROPOS de l'Auteur 
 
Cédant enfin aux amicales insistances de notre Président, Monsieur Michel El Baze et au voeu plusieurs fois exprimé par mon épouse très aimée sur son lit d'agonie, je me suis décidé à donner au premier tome, "Le Sang Des Garrigues", une suite, "Faire Face Pour l'Honneur" des souvenirs des "Combattants de l'Ombre", moins pour glorifier nos faits d'armes que pour rendre un ultime hommage à toutes celles et à tous ceux qui ont permis par leur aide bénévole mais à très hauts risques, que le combat contre l'Occupant nazi allemand et fasciste italien puisse être mené par l'Armée Secrète jusqu'à sa fin victorieuse : la libération de la parcelle du territoire national sur laquelle nous nous battions. 
Or, cet hommage, je souhaite le faire précéder d'un témoignage de patriotisme que je dédie à une famille de braves gens parmi tant d'autres : la famille de mon épouse, vivant alors en zone Nord - dite Occupée, comme si la zone Sud était libre ! - où la Résistance prit une forme différente du fait de la sujétion immédiate au pouvoir nazi sans l'intermédiaire docile du Gouvernement de Vichy, sans l'excuse du prestige de l'ancien vainqueur de Verdun, le Maréchal Pétain. 
Ce fut une Résistance spontanée, épidermique, presque viscérale, où chacun innovait de son mieux pour affirmer son amour de la France. Si les réseaux y prirent le pas sur les Maquis, c'est que le climat, la géographie, la main-mise permanente de l'Occupant, se prêtaient plus et mieux à la recherche du renseignement, à l'aide aux fuyards traqués, à l'action individuelle, qu'au combat armé des soldats de l'Ombre. Le Conseiller Général Maire de Forcalquier, M. Delmar et M. Roux, Président des Associations Patriotiques, ne s'y trompèrent nullement, eux qui confièrent à mon épouse l'honneur de porter la gerbe de la Résistance lors de la cérémonie commémorative de la libération de la ville, le 19 Août 1987. 
A cette famille, donc, les Villiard, de souche champenoise par le père et Bretonne par la mère née Couadou, il ne fut épargné aucune des affres de la guerre : les alertes répétitives, les bombardements, les fouilles, les prises d'otages, le rationnement et ses files interminables, la pénurie, le froid, la faim, la peur, la misère… Le père, ancien combattant valeureux de 14-18 (Croix de Guerre, etc), ancien zouave ayant parcouru à pied, auparavant, tout le Maghreb de Casablanca à Bizerte au cours des six ou sept ans de service militaire qu'on accomplissait alors fut remobilisé en 1939, puis rendu après l'Armistice, à la vie civile : un travail de bûcheron dans les environs de Paris au cours duquel il considérait comme tout naturel "d'emmerder le Boche" en aidant certains fugitifs recherchés, avec lesquels il partageait sa minable gamelle, à se cacher dans leurs cahutes de rondins. Tout comme son épouse trouvait non moins naturel de planquer dans leur cave un aviateur Allié dont l'appareil avait été abattu par la DA. allemande, un agent d'un réseau en fuite, un Juif traqué… prélevant sur sa maigre ration et plus petitement sur celle de ses deux enfants de quoi tromper un peu la faim du fuyard. Quant à ma femme, qui avait dix ans en 1944 mais en paraissait quinze, elle avait le tort d'être grande et belle, blonde aux yeux bleu.. Combien de fois dut-elle fuir les appels d'une recruteuse allemande qui invitait à grandes offres de friandises, les gamines de type aryen, comme elle, à monter dans sa calèche ? car il fallait alimenter le harem futur des nazis "beaux comme des dieux" afin de recréer cette race pure dont rêvait le Führer allemand ! Les fillettes qui acceptèrent de monter dans cette calèche n'ont jamais été retrouvées. 
Si j'ai tenu à faire figurer cet hommage à une simple famille de France, c'est parce que j'imagine que les étudiants, chercheurs, historiens qui seront amenés à fouiller dans la Mémoire Collective engrangée par les Croix de Guerre et Valeur Militaire, n'auront pas forcément présentes à l'esprit les données concernant l'ambiance qui régnait pendant les Années Noires. Or, sans la prise de conscience de cette ambiance, ils risqueraient de passer à côté de la vérité historique que leur recherche aura justement pour but d'exhumer. 
Et comme cette vérité n'avait pas le même accent au Nord qu'au Sud de la Loire, alors qu'il s'agissait cependant de la même France coupée en deux depuis des millénaires par le vieux fleuve, il conviendra pour les chercheurs de se référer sans cesse à la mentalité particulière des gens du terroir ayant donné naissance à la Résistance qu'ils auront à étudier. 
Car le maître-mot de l'amour de la France, c'est le terroir. 
Cet amour, enraciné au plus profond de la conscience du peuple français, n'est d'ailleurs pas incompatible - il l'a prouvé et le prouve chaque jour, ce peuple ! - avec l'amour porté aux autres nations de la terre, sans distinction de races, de religions, d'idéologies : de même qu'en cette année du bicentenaire de la Révolution, il est vain d'opposer République à Monarchie puisque l'actualité nous démontre qu'il coexiste des monarchies démocratiques et des républiques totalitaires (le seul pays où le peuple soit réellement souverain étant la Suisse), de même c'est un vain débat que d'opposer le Nationalisme à l'Internationalisme. Cela aboutit, in fine, à dresser plus de "murs de la honte et de rideaux de fer et de bambou" qu'à abattre de murailles des prisons d'opinion ou de barbelés des camps de la mort. 
Se souvient-on de la réponse de Jeanne d'Arc à l'un des juges de son procès ? qui lui demandait si, en bonne chrétienne, elle aimait aussi les Anglais : 
- Oui, dit-elle, mais chez eux ! 
Nous aussi, qui avons oeuvré pour une Fédération Européenne à l'heure où bien des chantres d'aujourd'hui de l'Europe Unie souillaient leurs premiers langes, nous aussi nous aimions bien les Allemands et les Italiens, mais chez eux… ou alors acceptant de combattre nazisme et fascisme à nos côtés et aux côtés de nos Espagnols et de nos Polonais… mais pas chez nous en tyrans tout-puissants de l'Occupation ! pas en vainqueurs absolus appliquant - eux et leurs séides - la vieille règle du Vae victis (malheur aux vaincus) qui les autorisait à frapper de mort, à tout moment, n'importe quel Français, avec ou sans torture préalable, avec ou sans déportation finale ! 
Je prends donc la liberté - toujours en pensant à la rude besogne qui attend chercheurs, historiens ou étudiants assoiffés d'Histoire authentique - de rappeler les conditions de survie qui régnaient en France, où la hantise du Primum vivere tenaillait tout un chacun. 
Le Primum vivere incluait tout d'abord la lutte contre la dénutrition et le froid : quelques dizaines de grammes par jour d'un pain où n'entrait qu'à titre symbolique un peu de farine de blé… quelques dizaines de grammes de viande - et quelle viande ! - par semaine… deçà delà, certains mois, une aumône de matière grasse… la carte de tabac assurait bien quelques cigarettes quotidiennes, mais elles servaient le plus souvent de monnaie d'échange pour une pitoyable pitance, de même que les bons (ou points) de textile qui ne donnaient droit qu'à un tissu de fibranne rétrécissant à vue d'oeil à la moindre pluie ! les semelles des chaussures de nos compagnes étaient de bois ou de corde - claquettes ou espadrilles - le cuir étant devenu aussi introuvable que le crêpe ou le caoutchouc… quant aux tricoteuses, jeunes ou vieilles, jamais autant elles ne travaillèrent des aiguilles pour tirer de vieux chandails mités que le plus démuni de nos clochards dédaignerait, un gilet ou un pull dont mieux valait ne pas trop admirer de près l'harmonie des couleurs ! Il en était de même des chaussettes et des gants. 
Restait le "marché noir" dit parallèle, où l'on trouvait tout, mais à hyper-prix… il était, d'évidence, réservé aux riches, aux nantis, aux bien pourvus, voire aux débrouillards qui n'usaient pas leurs forces à lutter contre l'ennemi. 
Le Primum vivere incluait aussi la peur, non seulement des réactions de l'Occupant, souvent imprévisibles, mais surtout des mouchardages hostiles : n'importe quel envieux, jaloux, raciste, xénophobe, antisémite ou tout simplement méchant, pouvait, sur dénonciation même anonyme, envoyer à la torture, à la déportation, à la mort, le meilleur de ses amis comme le pire de ses ennemis. 
Qu'en pensent certains profiteurs actuels des Droits de l'Homme et de l'Anti-Racisme ou ceux dont ils se proclament bien haut les ayant droit dont le silence fut alors plus éloquent qu'un aveu, sinon de complicité du moins d'impuissance ? 
Le Primum vivere incluait enfin - et c'était peut-être cela le plus dramatique à long terme ! - la perte totale des Valeurs enseignées depuis l'enfance : la seule Loi qui demeurait après la tourmente de Mai-Juin 1940 était la Loi du plus fort, rejetant toute morale, tout sens civique, toute raison, tout respect de l'Homme. 
Il ne restait qu'une ultime alternative : se coucher pour obéir à lèche-bottes, ou se battre debout comme si l'on était plus fort que le plus fort. 
Ce fut cela, la vraie Résistance : le combat debout… pour la Survie, pour l'Honneur, pour l'Equité, pour le Droit d'être libre, pour la France ! 
 
J'ai jeté les derniers de mes souvenirs des Années Noires au vent d'hiver de la vieillesse qui les entremêle et les éparpille comme feuilles mortes. 
Il ne faut y chercher ni chronologie stricte ni lien logique. Simplement, pour chacun d'entre eux, un nom de ville suivi d'un nom de personne situent le lieu de l'action et son acteur principal. 
 
Giving up to friendly requests from our president, Mr Michel El Baze, and to the wish expressed several times by my beloved wife on her death bed. I finally set up my mind to give a follow up to the first volume "Le sang des Garrigues", it is "Faire Face Pour l’Honneur", some memories from the fighters of darkness, not so much to glorify our actions during the fighting as to pay a last tribute to all those men and women who have made it possible through their benevolent help, but very risky that the fight against the Nazi occupier and the Italian fascist be careered out by the secret army until the victorious outcome: the liberation of the plot of the national territory over which we were fighting. 
Therefore, I want this tribute to be preceded by a testimony of patriotism that I dedicate to a family of nice people among many others : the family of my spouse, then living in the Northern zone of France, so called "occupied" as though the Southern zone was free ! in that zone the Resistance movement took a different form due to the direct submission to the Nazi power, without the docile work of the Vichy government, without the excuse of the prestige of the former victor of Verdun, Maréchal Pétain. 
It was a spontaneous, natural, almost built in resistance in which everybody was doing its utmost to be creative to claim its love for France. If the networks became more important than the Maquis groups it is because the climate, the configuration of the land, the continuous control of the Nazi occupier made such tasks as the search for informations, the help for the pursued runaway, the individual action, easier than the armed fights of the army of darkness. The Conseiller General and Mayor of Forcalquier Mr Delmar and Mr Roux the president of the patriotic association were not mistaken in any way, when they entrusted my wife with the honour of laying the wreath of the Resistance during the commemoration of the liberation of the town on the l9th of august 1987. 
This family, therefore, the Villiards, of Champagne origin through the father, and from Brittany through the mother, named Couadou, were spared from nothing during the war: the recurring alerts, the bombardments, the searches, the hostages, the rationing and its endless queues, death, cold, hunger, fear, misery. The father, a courageous veteran from World War I, former zouave who had beforehand walked across the whole Maghreb, from Bizerte to Casablanca during its six or seven years of military service, as it was the rule at that time, was remobilised in 1939, then went back top civilian life after the armistice, he worked as a lumber man in the outskirts of Paris, and during this job it seemed natural to him to get the hell out of the Germans. by helping some wanted runaways, with whom he would share his humble meal, to hide in their wooden cabins. His spouse used to find none the less natural to hide in their cellar an allied airman whose plane had been brought down by the Anti Aircraft defence, a runaway network agent, a hunted Jew, taking way from his meagre portion, and to a lesser extent from that of his two children a little bite in order to stave off the hunger of the runaway. As to his wife who was ten years old in 1944, but seemed to be fifteen, she had the misfortune to be tall, beautiful, blonde with blue eyes... How many times did she have to repeal the appeals from a German recruiting lady who was luring with sweets the young girls with an Aryan type to get into her cart, because they had to feed the future harem of the Nazis, beautiful like living gods, in order to recreate this pure race the Führer was dreaming about. The girls who accepted to get into that cart were never seen again.  
If I have found it important to pay this tribute to a simple family from France, it is because I imagine that the students, the researchers, the historians, who will dig into the collective memory collected by the Croix de Guerre, will not have present in their minds the informations about the atmosphere that was prevailing during the dark years. Then without the understanding of this atmosphere they would run the risk of leaving aside the historical truth that their research was precisely meant to dig out. 
And as this truth did not have the same ring in the North and south of the Loire valley while it was the same France cut into two parts since thousands of years by this old river, it will behove to the researchers to refer continuously to the particular mentality of the people from the land who gave birth to the Resistance movement that they will have to study.  
Because the key word of the love of France, it is the land.  
This love deeply rooted in the conscience of the French people is not incompatible, this people proved it and proves it every day, with the love born to the other people on earth, without any distinction of race, religion, ideology, in the same way it is useless to oppose republic and monarchy since the present world situation shows us that there exist at the same time democratic monarchies, and totalitarian republics, the only country where the people actually rule is Switzerland, likewise it is useless to oppose Nationalism and Internationalism. This leads in fine to erect more walls of shame of iron or bamboo curtains than to bring down walls of prisons of opinions or barbed wires from death camps. 
Do we remember the response that Joan of Arc made to one of her judges of her trial who was asking her if as a good Christian she like the English: 
- Yes, she replied, but in their own place ! 
We also worked for a European federation at a time when many of the present enthusiastic of a United Europe were still in their nappies, we also liked the Germans and the Italians but in their own place... or willing to fight, Nazism and Fascism with us or with our Spaniards and our poles... but not on our land as all mighty tyrant of occupations ! Not as absolute victors applying them and their accomplices, the old rule of Vae victis (curse be on the looser) who enabled them to strike to death at any moment any French person with or without torturing them beforehand, with or without deporting them eventually. 
I therefore take the liberty, still bearing in mind the hard task which is expecting the researchers, the historians, or the students yearning for authentic history to remind them of the conditions of life that were prevailing in France, in which the fear of Primum vivere was gripping each of us. 
The Primum vivere included first of all the fight against denutrition and cold : ...a few grams of a bread which only had a bit of wheat flour in it ...a few ounces of meat a week, but which meat. Some months a charity of fat... the voucher for tobacco did ensure a few cigarettes a day but was used most of the time as token money for a bit of food just as the vouchers for material which entitled you to a fibrous material shrinking in from of your eyes under the rain ! The soles of our wifes and girlfriends were made of wood or cords, flat shoes or sandals, leather had become as rare as crêpe or rubber. As for the knitting ladies, old and young never did they work so much with their needles to make some old moth eaten jumpers that even the poorest vagrant would disregard nowadays, jumpers the harmony of the colours of which it was better not to look to closely at. It was the same for socks and gloves.  
The only thing that was left was the "Black market", so called parallel, where everything could be found but at a huge price, it was obviously meant for the rich, the well off, also to the crafty ones that were not using their strength to fight against the enemy. 
The Primum vivere also included fear, not only from the reaction of the occupying forces, very often enforceable, but from the hostile spying, any anvious, jealous, racism, xenophobes, anti-Semite, or simply wicked could on a denunciation even anonymously send to torture, deportation, death, his best friend like his worst enemy. 
What is the opinion of some of today's profiteers of Human rights and anti-Racism or of those whose heritage they claim to own and whose silence was more explicit than an admission, if not of complicity but at least of powerlessness ? 
The Primum vivere included eventually, and that was may be the worst effect in the long run, the total loss of the values taught since childhood, the only law that prevailed after the turmoil of may-June 1940 was the law of the strongest, rejecting any kind of moral, any civic values, any reasoning, any respect for man.  
There remained only one possibility, to bend down and obey blindly, or to stand upright and fight as though we were stronger than the strong. 
That was real Resistance, to stand upright for survival, for honour, for equity, for the right to be free, for France. 
 
I have thrown the very last of my memories to the ill wind of old age which is which mingles them and scatters them like dead leaves. 
There is no strict chronology to be found, nor any logical link simply for each of them, the name of a town followed by the name of a person situates the place of the action and its main actor. 
 
 
LEXIQUE 
SIGLES :
A.F.A.T.: Auxiliaire féminine de l'Armée de Terre
A.S.: Armée Secrète (Chefs : Généraux DE LESTRAINT puis DEJUSSIEU PONTCARRAL)
C.N.R.: Conseil National de la Résistance (Chefs : Jean MOULIN puis Georges BIDAULT
C.V.R.: Combattant Volontaire de la Résistance
E.V. (D.G.): Engagé Volontaire (pour la Durée de la Guerre)
F.F.C.: Forces Françaises Combattantes (Agents Action des Réseaux)
F.F.I.: Forces Françaises de l'Intérieur (Maquis, Corps-Francs, Combattants Volontaires, Engagés)
F.F.L.: Forces Françaises Libres (Combattants de la " France Libre " Extra- métropolitaine)
F.T.P. (F): Francs-Tireurs et Partisans (Français) : obédience communiste, au moins dans le Commandement)
G.P.R.F.: Gouvernement Provisoire de la République Française (Chefs successifs : DE GAULLE, Félix GOUIN, G. BIDAULT)
I.A.: Inter-Alliés : Mouvement de Résistance dont les Maquis étaient placés en attente de libération par les Forces Armées Alliées)
L.V.F.: Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme (anti- soviétique et pro-nazie)
M.P.: Milices Patriotiques, proches des F.T.P.
M.U.R.: Mouvements Unis de Résistance, coiffés par le C.N.R. et annonçant la création des F.F.I.
N.A.P.: Noyautage des Administrations Publiques (par le Mouvement " COMBAT " de FRENAY, puis par l'A.S.)
O.R.A.: Organisation de Résistance de l'Armée
P.F.A.T.: Personnel Féminin de l'Armée de Terre
S.A.P.: Service (ou Section) Atterrissage et Parachutage
S.O.L.: Service d'Ordre Légionnaire (du Maréchal PETAIN)
S.S.: Section Spéciale du Parti Nazi. (Par extension : tous ses membres)
S.T.O.: Service Obligatoire du Travail en Allemagne nazie
WAFFEN-S.S.: Volontaires étrangers servant sous l'uniforme des S.S.
NOMS OU ABREVIATIONS :

ACCUEIL: Lieu d'asile temporaire pour Résistant (avec un hôte ou une hôtesse)
BOMBE GAMMON: Grenade-bombe composée d'un sac de nylon rempli de plastic et munie d'un détonateur libérable par dévissage d'un bouchon : excellent engin anti-blindés.
COLT: revolver
COMITE D'ACCUEIL: Par ironie, groupe d'embuscade anti-Résistants
CONTACT: Rendez-vous clandestin entre deux ou plusieurs Résistants (par extension, la personne contactée)
CONVOI: Groupement temporaire et mobile d'individus ou d'engins :- convoi de prisonniers, de rafflés, de requis, d'évadés
- convoi de chars, de camions, etc…
COUVERTURE :Occupation officielle camouflant l'activité occulte d'un Résistant. Position militaire de protection immédiate d'un groupement avancé.
E.M.: Etat-Major
FIFI: Terme de mépris pour stigmatiser certains F.F.I. de la dernière heure.
F.M.: Fusil-mitrailleur.
GESTAPO: Police d'Etat nazie spécialisée dans la répression et célèbre par l'atrocité de ses tortures.
KOLLABO: Abréviation péjorative de Collaborateur des Allemands (d'où le " K " initial)
MAQUIS: Groupement de Résistants armés stationnés en campagne boisée montagneuse (par analogie avec le Maquis Corse, refuge des " bandits d'honneur ")
MILICE: Organisme de répression pro-nazi créé par DARNAN. A succédé au S.O.L.
MITRAILLETTE: Pistolet-mitrailleur
NAZI: Membre du Parti National Socialiste du IIIème Reich (par extension : l'Occupant allemand et ses Kollabos)
PARAVENT: Synonyme de COUVERTURE dans le premier sens.
P.C.: Poste de Commandement (mais aussi : Parti Communiste)
PEPIN: Parachute (mais aussi : ennui, coup dur)
PLASTIC: (Certains l'écrivent : PLASTIQUE) Explosif malléable très puissant et brisant, parachuté par les Alliés à la Résistance.
RICAINS: Abréviation amicale pour AMERICAINS. On disait aussi : AMERLOCS.
STEN: Mitraillette (d'autres termes étaient usités suivant les Maquis : moulin à café, sulfateuse, arroseuse, etc)
SUP': En argot d'étudiant : Ecole Primaire Supérieure.
Exemple de phrase typiquement incompréhensible pour un non-initié de cette époque : 
" J'ai contacté X… la couverture d'Y… pour qu'il nous fourgue 10 sulfateuses. Il en a justement réceptionné 50 par les derniers pépins ! Il m'a dit de faire gaffe au comité d'accueil chez Z… qui est dans le collimateur des Kollab's : ça lorgne sur l'E.M. ". 
Chaque époque crée son argot ! 
 
Table
 
AVANT - PROPOS 7
ISTRES
Félix GOUIN 10
LE BOULOU
PEPE STERN 11
LE BOULOU
AMPARO 12
AIX
SOSIE 13
AIX
LUCARELLI 13
PEYROLLES
BLANC 14
PUY-SAINTE-REPARADE
FRANCHI 14
BANON
COLOMB 15
FORCALQUIER
RASPAIL 16
PUYRICARD
COLLOMB 16
FORCALQUIER
LAURENT 17
MANE
GIRARD 18
FORCALQUIER
DELAVAT 18
AIX
LAMOUR 19
FORCALQUIER
CARBONNEL 20
FORCALQUIER
BASSET 22
FORCALQUIER
GASTINEL 23
SIGONCE
DU BOUDIN 23
FORCALQUIER
GAUTHIER 24
FORCALQUIER
PAGES & DELASSUS 25
SAINT-MAIME
GEO GOIN 27
APT
TOUTOU DAKAR 30
FORCALQUIER
COMMANDANT X… 32
DIE
COLOMB ET MEJEAN 33
DISTRICT D.3
FIFIS 35
POUR CONCLURE 37
LEXIQUE 39
 
 
 
 
La mémoire 
La mémoire : seul bagage incessible 
Jacques ATTALI 
 
 
 
.c.ISTRES : Félix GOUIN 
 
En Août 1941, lorsque je pris la décision de démissionner de l'Ecole Normale d'AIX pour me consacrer à la Résistance, je voulus en rendre compte au Président Félix GOUIN qui était notre Député et suivait avec attention le déroulement de mes études. 
Je me rendis donc à ISTRES où demeurait ce socialiste de la tendance pure et dure, défenseur de Léon BLUM au procès de RIOM et l'un des 80 élus du peuple ayant voté contre l'attribution des pleins pouvoirs au Maréchal PETAIN. Il était alors sous surveillance étroite du S.O.L. du Maréchal. D'abord reçu par sa très élégante épouse, on m'invita au repas du soir et à coucher. Le Président approuva ma décision, puis m'indiqua un certain nombre de membres de la S.F.I.O. en qui je pouvais avoir entière confiance : MALACRIDA, MARTIN-BRET, DEFFERRE, FRANCHI, LUCARELLI, ROSTAGNE, Marcel ANDRE et quelques autres qui devaient devenir plus tard des chefs ou des camarades de combat. On se quitta au matin et jusqu'en fin 1944 le sort des armes nous empêcha de nous retrouver. 
Si j'ai cité cette rencontre, c'est tout d'abord parce qu'elle fut déterminante pour mon action ultérieure par le fait qu'elle confortait ma résolution. C'est ensuite pour revenir un peu sur l'impression que j'ai pu donner dans le premier tome de mes souvenirs " LE SANG DES GARRIGUES " de n'avoir parlé presqu'exclusivement que de la Résistance socialiste. 
Or, il n'en est rien : si beaucoup de Résistants de l'ARMEE SECRETE Bas-Alpine étaient membres ou sympathisants de la vieille S.F.I.O., de nombreux autres ne l'étaient pas, tels le Sous-Préfet BELLION, CANDELIER-RENAUD, le Capitaine de Gendarmerie RIBOULET, l'Abbé BASSET et, pour certains comme le Docteur BAUER-AUBER ou Georges SCHNEIDER, le doute subsiste ainsi que pour les Ingénieurs des Ponts DANTU, LAUGIER, HUGUES ou des P.T.T., TRICON. 
Quant aux combattants eux-mêmes, la multiplicité des origines était telle que bien malin serait celui qui aurait pu, sans risque d'erreur, les cataloguer dans tel ou tel Parti : si l'Espagnol Rosendo GUIJARRO me semblait proche d'un socialisme anarchisant (on dirait aujourd'hui trotskysme), le Commandant Lopez ORTIZ Y SANTIAGO était tout bonnement républicain. 
Chez nos Italiens, le seul lien commun était l'antifascisme. Chez nos Polonais, cela allait du catholicisme de droite au marxisme communisant. 
Croit-on qu'Agnès BIDAULT, alias .ELISABETH;, soeur du successeur de Jean MOULIN à la tête du C.N.R., était socialiste ? Cela ne l'empêchait pas d'avoir avec MARTIN-BRET et ses adjoints (tel l'actuel Colonel VIAL), de chaleureux contacts pour les questions sociales de la Résistance qu'elle gérait depuis MARSEILLE. 
Quelle opinion professait Maurice BENIACAR ou SAID BEN SAID par exemple? Nous n'en avons jamais parlé entre nous, car l'ARMEE SECRETE ce n'était pas la milice d'un Parti monolithique, mais une mosaïque d'opinions, de croyances, de religions, de races même, dont le seul ciment unificateur résidait dans la Foi en la Victoire contre l'Occupant, pour la Libération de la FRANCE de l'oppression nazie et fasciste. Pour tout le reste, chacun suivait sa propre voie, dans le respect le plus total de l'opinion de ses frères d'armes. Politique et Religion étaient bannies de nos palabres. 
C'est peut-être ce respect librement consenti des croyances de chacun qui forgeait, mieux et plus fortement qu'une appartenance à un même Parti, l'Idéal de Liberté, d'Equité, de Fraternité, dans notre ARMEE de l'Ombre. 
 
 
.c.LE BOULOU : PEPE STERN 
 
En 1942, à l' " HOSTELLERIE CATALANE " du BOULOU, que tenait, avec son mari, ma cousine Renée DOSIO, née Sarah BENSOUSSAN, il y avait parmi les pensionnaires, un assez pittoresque vieux monsieur ressemblant, en plus maigre et plus long, à EINSTEIN : c'était Pépé STERN, un Israélite fort cultivé, parlant plusieurs langues et jouant divinement de la flûte. Il était déjà là lors de mon arrivée. Il y demeurait encore après mon départ. Son âge, comme sa gentillesse et sa convivialité, lui valaient un traitement de faveur de la part de mes cousins et c'est assez fréquemment qu'ils l'invitaient à partager notre repas. Au dessert, le digne vieil homme sortait sa flûte et nous régalait de quelques airs classiques. 
Nos relations étaient plutôt ambiguës, car si je devinais qu'il avait remarqué mes sorties nocturnes de convoyages de candidats à l'évasion par l'ESPAGNE, il ne m'en avait jamais carrément parlé. De même, il n'avait jamais émis le désir de passer de l'autre côté de la frontière. Tant et si bien que je m'interrogeais sur sa présence dans l'hôtellerie : qu'attendait-il? L'arrivée de membres de sa famille ? Une rentrée de fonds lui permettant de partir lesté ? Une période correspondant à un rendez-vous dont le message ne lui était pas encore parvenu? Bref, sa présence, pour amicale qu'elle fut, me tracassait quelque peu… lorsqu'il m'arrivait d'y penser. 
Or, un soir où je préparais mon vélo pour attaquer le Col du PERTHUS, donc pour prendre en charge un convoi pour l'ESPAGNE, tout en laissant entendre comme à chaque passage, que je me rendais tout guilleret à un rendez-vous galant, il m'aborda gentiment : 
- Il fait très frais, ce soir et tu n'as pas mis ton blouson. Tu devrais le mettre. 
- Bah ! Vous savez, à deux on n'a jamais froid. 
- En montagne, les nuits sont glaciales. Et le vent d'ESPAGNE ne les adoucit guère ! insista-t-il à voix plus basse. 
- Mais puisque je vous dis qu'on se tiendra bien chaud à deux ! Au diable le blouson ! 
Il eut un sourire amusé puis, se penchant très près de mon oreille, il murmura : 
- Tu peux aller tranquille ! L'Alsacien est dans sa chambre avec PILAR ! Il ne sortira pas ce soir ! Mais prends ton blouson, crois-moi ! 
Ça, c'était un bon tuyau. Cet Alsacien qui se louait comme ouvrier maçon, au demeurant jovial et bon drille, était un autre pensionnaire, bien plus jeune que Pépé STERN, mais qui me gênait souvent par sa présence envahissante qu'il voulait affectueuse : je me méfiais de lui, de ses questions impromptues et j'étais bien content, ce soir-là, que notre amie PILAR le retienne en sa compagnie. 
Je devais apprendre, bien plus tard, que ce n'était pas un Alsacien, mais un Allemand nazi qui se mit au service de ses compatriotes dès leur arrivée en Novembre 1942. 
Ce que je n'ai jamais compris, c'est pourquoi il ne m'avait pas dénoncé : manque de preuves ? Désir de ne pas se dévoiler trop tôt ? Espoir de ferrer un plus gros poisson dont j'aurais été le leurre ? Intervention bénéfique de PILAR à mon sujet ? Allez savoir ! Mais Pépé STERN, lui, l'avait épidermiquement identifié : pas un seul fait ou geste de l' " Alsacien " dans l'hôtellerie, ne lui échappait. Pour la première fois, il m'avait fait profiter de sa surveillance. Ce ne fut pas la dernière ! 
Il avait aussi alerté à plusieurs reprises un troisième pensionnaire, le vieux PABLO, bouchonnier en chambre qui taillait au couteau, dans le liège, des bouchons pour le champagne ou les mousseux et vivotait de ce travail artisanal. Car Pépé STERN qui voyait tout, savait tout et ne disait rien - ou presque ! - avait très vite remarqué que c'était à PABLO que les Espagnols candidats au " passage " demandaient où et quand ils pourraient parler à Henri de VOMANOSQUE, mon pseudo de l'époque. Par bonheur pour PABLO qui ne parlait guère bien que le catalan,
l' "ALSACIEN " ne pouvait pas l'importuner de questions trop précises. 
Lorsque je dus repartir pour la Provence, Pépé STERN qui pressentait que l'on ne se reverrait plus, sortit sa flûte au moment des adieux et joua pour moi - car il savait combien j'aimais cette musique - l'AVE MARIA de SCHUBERT. 
C'est un peu aussi en souvenir de Pépé STERN qu'à chaque Noël, jusqu'en 1987, mon épouse et moi passions un disque de cet AVE MARIA. 
 
 
.c.LE BOULOU : AMPARO; 
 
AMPARO et moi avions eu un flirt assez bref, nos horaires de liberté ne coïncidant pas : elle était tributaire de son travail en usine de bouchonnerie et moi de mon job de barman, ce qui équivalait à ce qu'elle soit disponible au moment où le " coup de feu " dans l' " Hostellerie " était à son summum ! On avouera que cela ne facilitait guère le contact. Toutefois, il nous était resté une très bonne amitié de jeunes, que je mis à profit pour demander à AMPARO de me servir de " paravent " pour mes sorties nocturnes de convoyages d'évadés en ESPAGNE, ce qu'elle accepta très gentiment de faire : il suffisait aux curieux de la bourgade balnéaire - et ils étaient nombreux, les oisifs dont le plus grand plaisir consistait à commenter les allées et venues des gens ! - de nous voir de temps en temps, le Dimanche, nous promener bras dessus-bras dessous pour en conclure que notre idylle était au beau fixe. 
Que risquions-nous d'ailleurs à ce petit jeu innocent ? Elle, de passer pour un peu légère lorsqu'on la voyait en compagnie d'un autre garçon… moi, d'être catalogué dans le camp des naïfs, ce qui n'avait qu'une importance très relative à nos yeux en comparaison de l'intérêt que j'avais à égarer les soupçons sur mes randonnées nocturnes au PERTHUS. 
C'est ainsi qu'il me suffisait, non d'affirmer - à cette époque on avait encore de la pudeur - mais de suggérer sans citer aucun nom, que j'allais passer une bonne nuit en galante compagnie, pour être cru et même envié : c'est qu'AMPARO était fort jolie et les Catalans tellement imaginatifs ! 
De 1942 à 1953, je n'eus plus aucune nouvelle d'elle. Et lorsque ma cousine revenue en son AVIGNON natal m'en donna, ce ne furent pas de bonnes nouvelles. A la libération du BOULOU, AMPARO avait fait partie des quelques jeunes femmes que les FIFIS avaient tondu pour les punir d'avoir eu des faiblesses envers les Allemands. 
Ma cousine pensait qu'il s'agissait en fait de vengeance personnelle, car elle n'avait jamais vu AMPARO en compagnie d'un nazi. 
- Si tu avais été là, me dit-elle, je suis sûre qu'elle aurait échappé à la condamnation. 
J'en suis également persuadé. 
 
 
AVIGNON : ALLIBERT 
 
Mon père, qui était membre de plein droit du R.A.R.E.A. " PHENIX " et qui avait le contact permanent avec le chef de la " Branche Espagne" de ce réseau (plus tard homologué à ACTION R.5), le senior Lopez ORTIZ Y SANTIAGO, se trouvait un jour de fin 1942 en AVIGNON : il y ranimait un contact " en veilleuse ", celui de son beau-frère, l'architecte Léopold BUSQUET que j'avais recruté en 1941. 
Natif du COMTAT et connaissant des dizaines d'Avignonnais, il avait profité de son séjour pour rendre quelques visites amicales et tenter d'étoffer, par un recrutement basé sur les souvenirs d'enfance, cette antenne un peu étriquée du réseau " PHENIX ". 
Il se trouva qu'un de ses vieux copains, possédant une fermette avec une ou deux vaches laitières près de CARPENTRAS, lui fit cadeau d'un peu de beurre - denrée rarissime - non pas une motte, mais un assez joli morceau. 
Voilà donc mon digne géniteur - dont j'ai oublié de dire qu'il était incroyant au-delà du compatible ! - prenant le train en gare d'AVIGNON, doublement heureux d'avoir recruté quelques agents " possibles " et de ramener un peu de matière grasse à la maison. Hélas ! Fouille allemande avant le départ du train, ouverture des bagages, découverte du beurre, arrestation de mon père " avec le corps du délit " et emprisonnement du tout à la Maison d'Arrêt… où, par bonheur, un gardien compréhensif accepte de téléphoner à sa soeur, l'épouse de l'architecte, qu'il connaissait. 
Il y a dans la vie des circonstances qui sont autant de clins d'oeil d'ironie aux convictions les mieux trempées. Car, qui tira de " la paille humide des cachots " mon païen de père ? Une intervention pressante de l'Archevêché auprès des Autorités d'Occupation, sur démarche de sa soeur très bien introduite dans les milieux ecclésiastiques quoiqu'elle eut en première noces épousé un Israélite, Alfred BENSOUSSAN, dont elle avait eu avant veuvage une fille, SARAH rebaptisée en toute hâte Renée après la débâcle. 
Comment diantre religions et agnosticisme ont-ils pu, ce jour-là, conclure un armistice ? En tout cas, on libéra mon père - et son beurre - et il rentra triplement heureux à la maison, puisqu'il avait échappé au mauvais sort, étoffé les effectifs du réseau et qu'il ne revenait pas les mains vides. 
Il ne m'a jamais dit s'il avait élevé une prière laïque pour l'Archevêque d'AVIGNON ! 
 
 
.c.AIX : SOSIE; 
 
Sur le Cours Mirabeau, à AIX, je tuais le temps en cet hiver 1942, en attendant l'heure d'un rendez-vous chez MALACRIDA. J'arpentais donc les CHAMPS-ELYSEES de la Cité Sextius, en lorgnant les filles et en saluant deçà delà quelques copains entr'aperçus, car " faire le Mirab " était alors un rite pour les jeunes de notre âge. Soudain je me sens coincé entre deux grands et forts gaillards qui me dévient brutalement vers une petite rue adjacente et, comme je commence à me débattre et à vouloir demander des explications, l'un d'eux exhibe une carte tricolore : 
- S.O.L. du Maréchal, éructe-t-il, tes papiers et vite ! 
Je sors ma carte d'étudiant (ah ! bienheureuse Fac' de Droit où je mettais si rarement les pieds !), qu'ils déchiffrent à grand soin. 
- Tiens ? Tu t'appelles ALLIBERT ! Tu n'es donc pas Enrico VOMANOSQUE ? 
- Enrico quoi ? demandais-je avec mon air le plus ahuri. 
Les deux sbires se regardent : 
- Pourtant, c'est bien le même signalement ! Tu viens d'ESPAGNE, hein ? 
- Que diable voulez-vous que j'aille fiche en ESPAGNE ? Ce n'est pas la porte à côté ! Moi, je prépare ma Capacité de Droit ici et j'habite chez mes parents à PEYROLLES. 
Ils se concertent à nouveau du regard : 
- C'est bon ! Fous le camp ! Tu as de la veine de ne pas être l'Enrico en question ! 
La bosse qui déformait à gauche leur veston était la preuve éloquente de la présence sur eux d'un pistolet de bon calibre qui attestait, en effet, que j'avais de la veine. 
Je me retire, dignement mais en vitesse et au lieu d'aller à pied chez MALAC', je passe reprendre mon vélo au garage où je le laissais en garde : à vélo, pour me pister, il aurait fallu qu'ils se lèvent de bonne heure, mes S.O.L. ! 
Mais je me suis toujours demandé si, par miracle, j'avais réellement un sosie s'appelant " VOMANOSQUE "… ou si quelque " Alsacien"? du BOULOU déformant à l'espagnole mon pseudo Henri de VOMANOSQUE, ne m'avait pas vendu à l'organisation pétainiste de répression qui précéda la milice de sanglante mémoire ! 
 
 
.c.AIX : LUCARELLI; 
 
Lorsqu'en 1942, le Mouvement "COMBAT" de FRENAY, illustré à AIX entre autres par MALACRIDA, procéda au noyautage des administrations publiques, LUCARELLI (" Armes et Cycles ", Rue des Cordeliers) fit entrer son fils Jeannot dans la Police Nationale, non pour en faire un flic - ce qui eut été incompatible avec ses opinions - mais pour aider au noyautage par l'intérieur de ce corps dangereux de l'Etat français. 
Par deux fois j'ai été témoin de la manière dont Jeannot s'acquittait de sa tâche, en bon et fier Résistant qu'il était. 
La première fois, je me rendais en mission chez MALACRIDA et profitant d'un peu de temps libre, j'allais donner un petit bonjour au Sous-Chef de Gare d'AIX qui m'avait, peu de temps auparavant, sauvé lors d'une fouille allemande. Sur le quai, j'avise un flic en tenue, tenant à bout de menottes un de nos copains d'école et de Résistance qu'il tirait vers l'extérieur. Intrigué et prêt à intercéder, je suis de loin ce couple étrange, jusqu'à une ruelle voisine où, défaisant à la clé les menottes, le flic libère notre ami qui lui serre la main et file sans demander son reste. Le flic se retourne : c'était LUCARELLI. On se congratule et il m'explique son système : chaque fois qu'il avait vent d'un convoi de jeunes gens emmenés de force en ALLEMAGNE, il revêtait son uniforme, prenait une paire de menottes avec lui et, de wagon en wagon parcourait le train en y cherchant quelque visage de connaissance. Lorsqu'il avait identifié un camarade, il fonçait sur lui, menaçant, l'accusant de vol ou d'autres méfaits, lui passait les menottes, expliquant aux sentinelles teutones en mauvais allemand, qu'il s'agissait d'un criminel recherché par la justice française, qu'il devait être emprisonné puis jugé avant d'être expédié dans le Grand Reich. Et ça marchait ! Combien en a-t-il ainsi sauvé, de nos amis ? Lui seul le sait. 
La deuxième fois, j'étais sur le quai en attente d'une liaison du réseau " BRUTUS " de DEFFERRE… et lorsque j'ai vu passer LUCA et son complice enchaîné, je n'ai pas eu besoin de les suivre : je savais que la clé à menottes allait rendre, très vite, la liberté à un Résistant. 
 
 
.c.PEYROLLES : BLANC 
 
A PEYROLLES-EN-PROVENCE où résidaient mes parents, la Mairie était dotée au Bureau du Secrétariat, d'une très charmante et généreuse jeune fille " Titou " BLANC, soeur d'un de mes camarades d'école. 
Elle avait pris l'habitude, au cours des années de pénurie, de laisser à portée de main, près du guichet, une pile de tickets d'alimentation et se débrouillait toujours, lorsque son interlocuteur - pourvu qu'il soit solitaire - " puait le Résistant " à plein nez, pour s'absenter un moment, le laissant en tête-à-tête avec la pile de tickets. Rares étaient ceux qui ne cédaient pas à la tentation d'en prélever quelques-uns qu'ils enfouissaient prestement dans leur poche. 
Revenant, tout illuminée par son joli sourire, elle traitait avec le chapardeur, puis le renvoyait gentiment sans avoir l'air de remarquer que la pile avait diminué de hauteur. 
Combien de réfractaires au S.T.O., d'insoumis ou de déserteurs des Chantiers de Jeunesse, d'Agents des Réseaux, de passage dans son bureau, lui devaient d'avoir pour quelques jours mangé presque à leur faim ? N'est-ce pas, Maître Paul-Charles DEODATO, vous qui êtes devenu depuis Avocat à la Cour de PARIS ? T'en souviens-tu encore, vieux frère, de cette pile dont tu substituas plus de la moitié des feuillets ? 
Pourquoi faut-il que, la Libération enfin survenue, cette jeune fille remarquable ait trouvé une mort aussi horrible qu'absurde, elle qui avait " rendu service " jusqu'au bout, déchiquetée au cours d'une promenade dans les pinèdes voisines, par une grenade disposée en piège au bord d'une sente ? 
Alors, quand je pense que, dans la même région, certain salopard financièrement aux abois juste avant la guerre, qui festoyait à sa table avec les Officiers occupants et profitait de leurs relations pour bâtir une fortune qui se chiffre aujourd'hui par millions, vit toujours, honoré, salué, courtisé, dans sa vieillesse dorée! Je constate une fois de plus que la cruauté des guerres est aussi infinie que leur injustice. 
 
 
.c.PUY-SAINTE-REPARADE : FRANCHI; 
 
Evoquer la Résistance du Canton AIX-Nord, fief de Félix GOUIN entre DURANCE et TREVARESSE, sans parler de Jean FRANCHI, serait plus qu'une omission : une faute ! Car FRANCHI, Instituteur au PUY-SAINTE-REPARADE, homme jovial, assez replet, au sourire communicatif, était l'âme de cette Résistance. Il avait d'abord servi le Mouvement " COMBAT " de 1941 à 1942, puis l'ARMEE SECRETE sous les ordres directs de MALACRIDA de 1942 à 1944, enfin l'O.R.A. après les coups sanglants de Juin 1944. Lorsque notre ami CASTOR m'apprit à FORCALQUIER que FRANCHI était devenu Chef-National Adjoint de l'O.R.A. pour la zone Sud, ce fut pour moi une excellente nouvelle qui me fit grand plaisir. 
Nous avions fait connaissance en fin 1942, au temps où MALACRIDA m'utilisait comme Officier de Liaisons et me chargeait de la ventilation des tracts et journaux clandestins en même temps que de la transmission de messages urgents. Je retrouvais FRANCHI à l'école du PUY et nous y avions alors l'occasion de longues et fructueuses conversations : c'était un homme très disert et fort intelligent. Il y avait toujours quelque chose à apprendre d'un entretien avec lui. 
Son courage - il l'a prouvé généreusement lors des combats de Juin 44 - se combinait harmonieusement à une prudence que camouflait très bien sa serviabilité : je n'ai rencontré chez lui, à aucun moment, l'un de ses Adjoints ni même un autre Résistant de ses groupes. Il donnait l'impression, fausse évidemment, d'être un homme seul, agissant seul et prenant seul ses responsabilités. Il appliquait scrupuleusement la règle du " moindre contact" à savoir que le contactant ne devait connaître que le contacté afin de limiter, autant que faire se pouvait, les risques de fuites et de pénétration par l'ennemi du système hiérarchisé de la Résistance. 
Cela n'empêchait nullement la sympathie ni la convivialité : combien de fois, me voyant harassé par de trop longs pédalages dans sa région quelque peu montueuse, ne m'a-t-il pas offert spontanément un sandwich maison et un verre de vin ? Tout en choisissant un sujet de conversation propre à me rendre une énergie psychique supérieure à celle que j'avais à mon arrivée chez lui. 
Le pédagogue, le psychologue et l'homme d'action coexistaient en FRANCHI de la manière la plus équilibrée. Avouons que pour les jeunes têtes folles que nous étions alors, passant de l'abattement à l'exaltation au gré des événements, la présence d'hommes tels que lui aux postes de commandement était un réconfort puissant. 
Aux longues veilles du Maquis, chez EMBLARD à SIGONCE par exemple, où l'on avait le temps de réfléchir et de faire parfois un peu d'introspection, tout en gardant l'oreille attentive aux moindres bruits et l'oeil vigilant dans l'obscurité nocturne, je me suis posé la question de savoir si, en partie, ce n'était pas à Jean FRANCHI que je devais les qualités de chef que l'on voulait bien me reconnaître. Car si MALACRIDA avait été pour moi l'élément propulseur, l'exaltant, FRANCHI avait été l'élément modérateur, le prudent, et je devais retrouver tout au long de ma carrière de Maquisard et de Corps-Franc ce binôme de forces chez les chefs que j'admirais le plus, car leur courage, servi par des qualités différentes, était égal : à MALACRIDA ont correspondu MARTIN-BRET, ROSTAGNE et CANDELIER-RENAUD… à FRANCHI se sont rattachés Lopez ORTIZ Y SANTIAGO, Marcel ANDRE et GIRARD. 
Ce que j'ai pu faire, du moins mal possible, c'est à ces aînés que je le dois. Sans eux, mon inexpérience eut risqué de m'être fatale comme aux camarades sous mes ordres. 
Les événements ont fait que du printemps 1943 au mois de Juin 1946, je n'ai plus revu Jean FRANCHI. Alors, imaginez notre plaisir de nous retrouver, ainsi qu'avec LUCARELLI et MALACRIDA, lors d'une réception à PARIS, Rue St Dominique au siège du G.P.R.F. qui était à la fois l'Elysée et le Matignon de l'époque… et de trinquer joyeusement, lors du lunch qui suivit, aux souvenirs des Années Noires entre DURANCE et TREVARESSE. 
 
 
.c.BANON : COLOMB; 
 
C'était en 1943. COLOMB Pierre, alias L'HINQUIET, venait de quitter réglementairement le Chantier de Jeunesse où il avait accompli son temps de service. Vêtu d'un costume civil tout neuf, muni d'un léger viatique et en poche son Ordre de Réquisition pour le S.T.O., le voilà attendant le train pour la GERMANIE. 
Simplement, n'ayant nulle envie de servir le Grand Reich, il se trompe de voie et, au lieu de prendre le train qui monte vers le RHIN, il embarque dans celui qui descend près du RHONE. 
Après quelques péripéties mineures, il atterrit à BANON, en HAUTE-PROVENCE, chez un paysan ami qui le prend dans sa ferme sans en parler à quiconque, avec pour seule contrainte de se réfugier dans une grange proche lors des rares visites qu'il recevrait. 
Ce jour-là, c'était le facteur. COLOMB gagne donc la vieille grange et attend… attend… attend encore : ce sacré facteur doit avoir mille choses à raconter au cultivateur, car le temps s'étire et COLOMB commence à devenir inquiet ! Il arpente le plancher disjoint de la grange, s'énerve, accélère, va, vient, tourne en rond… Patatras ! Une planche pourrie cède sous son poids et il chute au sous-sol de la grange ! Il se tâte : rien de cassé. 
On n'y voit goutte dans ce terrier ! Et ce bruit ? Ce petit crissement qui n'arrête pas, qu'est-ce que ça peut être ? Il avance à tâtons : une cage, des fins barreaux métalliques et… cette odeur ! Mais ça pue le fauve là-dedans ! Un fauve ? Il bondit vers la porte où filtre entre les planches un peu de jour, s'appuie dessus, oubliant le facteur bavard, pèse de toutes ses forces… ouf ! L'huis cède en craquant. Il fonce au grand jour, au plein air, là où ça sent la lavande et le thym de la colline. Par chance, le facteur est reparti. Il reste le paysan, hilare, qui se tient le nez entre pouce et index, car notre COLOMB pue le furet, ce furet que le brave homme utilise pour traquer quelques garennes fort appréciés lors des repas. 
Est-ce à cause du furet ? Toujours est-il que COLOMB devait bientôt quitter BANON, gagner FORCALQUIER et se montrer jour après jour, nuit après nuit, l'un de nos plus valeureux combattants des Maquis d'abord, des Corps-Francs ensuite, pour finir à mes côtés, dans " ma Garde ", veillant sur mon sort comme un frérot-poule et, je puis l'affirmer, ne conservant aucune trace olfactive de son contact avec le "fauve " de BANON. 
 
 
.c.FORCALQUIER : RASPAIL; 
 
Parmi les nombreux " petits paysans pauvres des montagnes " qui nous ont aidé, nourri, qui ont abrité nos stocks d'armes, de munitions, d'essence, je veux avoir une pensée particulière pour la famille RASPAIL dont tous les membres ont risqué leurs biens, leur liberté et même leur vie pour l'ARMEE SECRETE. 
Amis des ROSTAGNE, ils ont été le point d'asile et de ralliement où nous étions toujours assurés de manger et de dormir à l'abri. C'est parce que je crois, très fortement, que la famille RASPAIL a été le prototype de l'élément logistique - et amical - indispensable à l'action armée, qu'elle a émergé spontanément de ma mémoire et justifié notre reconnaissance. 
Que les autres me pardonnent, mais pour ne pas se répéter trop, il fallait choisir un nom : c'est celui de RASPAIL qui a jailli le premier du fond des souvenirs. Cela n'enlève rien, ne nuit en rien à la qualité de l'accueil prodigué par d'autres… bien au contraire, en les regroupant tous sous un seul patronyme, mon " Merci, RASPAIL " s'en trouve valorisé pour tous, puisqu'il s'applique à tous, du tréfonds du coeur. 
 
 
.c.PUYRICARD : COLLOMB 
 
Les COLLOMB à PUYRICARD, c'était des amis de longue date, depuis qu'au Concours d'Entrée à la SUP' en 1936 je crois bien, le fils Armand et moi avions brusquement sympathisé: comme un coup de soleil, un coup d'amitié d'enfants de 13 ans ! 
Le père, Germain COLLOMB, était un Alpin rude à la tâche, qui n'avait pris femme - une Aixoise évidemment - qu'après avoir bâti leur maison pierre à pierre et sou à sou. Ils eurent six enfants, une fille aînée et cinq garçons dont les deux derniers, Armand et Gilbert furent mes condisciples et mes copains à la SUP'. 
J'étais reçu chez eux avant la guerre et je continuais à l'être pendant et même quelques années après. 
Pourquoi seulement quelques années après ? Parce que, comme je l'ai rimé dans les quelques vers maladroits que je me permets de citer : 
 
… " Vint la Guerre… et l'Occupation : 
Résistance… et Libération ! 
La faim, la peur, l'horreur, la haine et la souffrance 
Et les combats sanglants pour l'Honneur, pour la France ! 
Ma jeunesse y mourut. 
Les copains s'estompant aux vaisseaux des mariages 
Ou des lointains voyages 
N'ont laissé qu'entrelacs et confus dans leurs sillages 
L'eau noire a recouvert l'antan. Il m'apparut… " etc… 
 
Les COLLOMB n'ont pas eu à se faire homologuer dans la Résistance : ils en faisaient partie avant même qu'elle existât. Chez eux, table mise, lit prêt, toujours un vélo disponible et de la bonne humeur à revendre. Pas seulement pour moi : l'ami d'un ami est un ami… et bouche cousue sur ce qui l'amène. 
Madame COLLOMB, la bonne hôtesse, avait en outre un amour passionné des fleurs. D'une année sur l'autre, elle avait grignoté sur le potager conjugal un espace qu'elle couvrait de plantes florifères avec le plus grand goût. L'entrée de leur maison était un régal pour l'oeil, un Eden soigné avec tendresse. Quel repos pour l'âme et l'esprit lorsqu'on arrivait bouillonnant d'idées sanglantes ou vengeresses, que ce havre de paix et d'amitié qui vous accueillait ! 
Quant à Germain COLLOMB, il faisait lui-même son vin et lorsqu'il débouchait quelque vieille bouteille en votre honneur, elle valait bien des bordeaux et des bourgogne de cru. Cela n'était pas à dédaigner au plus noir des Années Noires… et même avant… et même après ! 
Dire que l'on a profité autant qu'il fut décent de cet accueil permanent dans cette maison du bonheur, desservie par une si petite gare qu'aucun contrôle allemand ou vichyssois ne trouvait digne de s'y exercer, serait presque en deçà de la vérité : à la sécurité de l'arrivée s'ajoutait en arrière-plan la certitude de se savoir reçu dans la joie, dans la sécurité, dans le confort et l'amitié. 
La soeur aînée menait tous les autres " enfants " qu'elle avait tant contribué à élever, avec une fausse sévérité qui m'amusait. Des frères plus âgés que Gilbert et Armand, l'un était revenu d'un stalag de prisonniers de guerre, un autre était Agent des Eaux et Forêts, le troisième menuisier, puis ébéniste d'art avec clientèle de l'Archevêché d'AIX. Armand, après un long séjour anti-S.T.O. chez mes parents puis un temps dans l'Armée DE LATTRE, entra au Ministère de l'Agriculture. Gilbert fut Greffier de Justice… et nudiste au Cap d'AGDE à ses moments perdus. 
Bref, Germain COLLOMB et son épouse n'avaient pas à regretter les sacrifices consentis tout au long de leur vie : les enfants étaient tous élevés, malgré la guerre, l'Occupation, la Résistance, trois républiques… et un " Etat français " ! 
Pourquoi a-t-il fallu que… " les copains s'estompant aux vaisseaux des mariages, l'eau noire ait recouvert l'antan" ? 
 
 
.c.FORCALQUIER : LAURENT; 
 
Marie-Thérèse (Marithé) et Denise (Nisou) LAURENT ont été deux éléments de notre Mouvement dont l'action fut, en permanence, des plus efficaces. Ces deux soeurs étaient réfugiées de LORRAINE avec leurs parents. La première travaillait aux P.T.T. et ses liaisons téléphoniques soit avec les diverses cabines amies du district, soit avec Malou GROULIER à AIX, nous ont été bien souvent d'un inestimable secours, tant dans la transmission immédiate de l'événement ou du renseignement, que dans la préparation à distance de certains contacts ou rendez-vous dont plusieurs furent très importants. 
La seconde était dactylo aux Ponts et Chaussées et lorsqu'on prend conscience du rôle qu'ont joué " les ponts " dans notre organisation, on devine aisément tous les services qu'elle a pu rendre à l'ARMEE SECRETE. D'autre part, elles représentaient chacune le " chaînon permanent " qui permettait de joindre très vite leurs ingénieurs respectifs : elles facilitèrent plus qu'on ne l'imagine les rapports entre nos Corps-Francs, les P.T.T. et les Ponts et Chaussées, ne serait-ce qu'en accélérant la rapidité des contacts et, par leur charme et leur sourire, en adoucissant les relations que certains " coups durs " risquaient parfois de perturber. 
Si l'on ajoute qu'en cas de dénonciation, elles risquaient elles aussi, la mort avec ou sans torture, avant ou après déportation, on conviendra qu'un juste hommage devait leur être rendu, qui pour tardif qu'il soit n'en est pas moins sincère. 
 
 
.c.MANE : GIRARD; 
 
J'ai parlé, dans mon premier tome, des GIRARD. Mais si je crois n'avoir pas trop mal défini au fil du récit le rôle éminent joué par Emile GIRARD alias MEUNIER dans la Résistance, il me semble que je n'ai pas rendu l'hommage qui lui revient à son épouse, notre hôtesse. 
Les GIRARD de MANE, c'était l'équivalent des ROSTAGNE de FORCALQUIER, à une nuance près, très importante pour nous : l'ambiance. Chez les ROSTAGNE, il régnait comme une impression de tristesse. Chez les GIRARD, c'était la joie de la vie. Madame ROSTAGNE était pour nous une mère, un peu douloureuse, maladive, très affectueuse mais souvent contractée. Madame GIRARD, c'était une soeur aînée, rayonnante de vivacité, d'allant, toujours en train de s'affairer pour qu'on mange mieux, qu'on dorme mieux, qu'on parle à l'aise. Elle avait un très joli rire communicatif et ses enfants entretenaient autour d'elle une activité juvénile qui nous attendrissait. 
La maison des GIRARD n'était pas seulement comme celle des ROSTAGNE, un asile pour un repas, une nuit, une étape… c'était une oasis de bonheur de vivre, malgré les innombrables difficultés de l'époque. On se serait éternisé chez eux ! D'ailleurs, on y venait n'importe quand, à l'improviste, sans même penser aux risques mortels qu'on leur faisait courir, sans même vérifier que les boches n'aient pas tendu une embuscade autour de leur foyer, tellement le rayonnement heureux qui en émanait rendait cette hypothèse impensable ! 
Si Madame GIRARD prenait l'un de nous par les épaules, ses soucis, ses emmerdes, son cafard, tout ce qui alourdissait son coeur s'envolait aussitôt : elle avait le don du réconfort. 
Qu'on ne s'y méprenne pas : aucun d'entre nous n'eut pensé à lui manquer de respect. L'amitié qu'on lui portait, pour chaleureuse qu'elle fut, restait une amitié pure, de jeune frère à grande soeur. Mais on aimait la retrouver dans sa maison parce qu'on en repartait ragaillardi, une chanson aux lèvres, du rire au coeur. Cela n'ôtait rien à l'admiration plus virile que l'on vouait à son mari. Mais Emile GIRARD, plus réservé par nature, plus silencieux aussi, nous imposait involontairement, la considération qu'on doit au chef fut-elle adoucie par l'affection qu'on porte à l'ami. 
Il ne m'en voudra pas d'écrire que si, près de lui, on se sentait à l'aise, en sécurité, de plain-pied dans le problème traité en peu de mots, en phrases concises, c'est près de son épouse qu'on se trouvait le plus épanoui dans le bien-être. 
De toutes nos hôtesses qui, chacune avec son tempérament, sa personnalité, ses dons propres, nous ont choyé, consolé, aidé, remis sur pieds, c'est à Madame GIRARD que va ma reconnaissance la plus émue. 
Elle ne s'en offusquera pas : c'est maintenant une alerte grand-mère et je ne suis plus qu'un vieux rabâcheur de souvenirs dont le merci a bientôt près de quarante cinq ans de retard ! 
 
 
.c.FORCALQUIER : DELAVAT; 
 
L'Adjudant de Gendarmerie DELAVAT était, avec son Capitaine RIBOULET, l'élément-clé de la Résistance forcalquiérenne dans ce corps d'élite de l'armée. 
C'est lui, entre autres services, qui avait averti ROSTAGNE de la descente nocturne de la Gestapo à son domicile et permis ainsi sa sauvegarde. 
L'Occupant avait depuis quelque temps la Gendarmerie dans son collimateur et des Polonais amis - dont BIELAK père, entre autres - qui comprenaient l'allemand, avaient entendu certains Officiers teutons, au bistrot, qualifier entre eux la Gendarmerie de " nid de terroristes ". 
Nous étions en Mai 1944 et je servais encore - de jour ! - comme dessinateur aux Ponts et Chaussées. 
Le 27 Mai, alerte aux sirènes : sans nous presser, dactylos, dessinateurs, comptables et ingénieurs gagnons les tranchées-abri qui, en contrebas de la route, nous étaient affectées. Nous plaisantions de cette récréation que nous offrait involontairement un vol de bombardiers Alliés que nous regardions passer, haut dans le ciel vers le Nord, sous un soleil éclatant. 
On chahute un peu avec nos chères dactylos, puis la fin de l'alerte sonne et nous regagnons sans hâte nos bureaux respectifs. 
A peine étions-nous assis devant nos tables à dessin, MAGNAN et moi, qu'un bruit d'avion en piqué, strident, nous fait bondir… puis un grondement d'explosions, de détonations, d'effondrement de murs, nous couche au sol tandis que quelques vitres de notre fenêtre volent en éclats. 
Téléphone… la poste ? la Mairie ? Je ne sais plus qui nous répond : 
- C'est la Gendarmerie qui vient d'être bombardée ! 
Les ingénieurs DANTU et LAUGIER organisent immédiatement les premiers secours, la Gendarmerie étant très proche des " ponts " : nous arrivons sur les lieux avant même les services de première urgence… et le déblaiement commence, pierre après pierre, morceau de poutre après linteau de porte, dans une poussière irrespirable, jusqu'à notre relève par les corps compétents. 
On devait retirer des décombres neuf cadavres : ceux de l'Adjudant DELAVAT et des gendarmes COURLET et BOYER, de trois femmes et de trois enfants de gendarmes, Mesdames DOL, SONNET et SOLYER, deux enfants SONNET et le petit Roger ROUX. Le Capitaine RIBOULET, sain et sauf, fut miraculé par une poutre qui, se couchant en biais, le protégea dans un angle du bâtiment. 
Dans son oraison funèbre, lors des obsèques des victimes, le curé-doyen de FORCALQUIER fustigea les Américains, comme d'ailleurs beaucoup de Forcalquiérens de bonne foi. 
Or notre enquête ultérieure nous démontra qu'il était impossible que cette action fut l'oeuvre d'appareils américains, parce que : 
- 1 : Le bombardement de la Gendarmerie eut lieu plusieurs minutes après le signal de fin d'alerte, lui-même suivant de plusieurs minutes le passage du vol groupé Allié et l'on voit mal un bombardier " retardataire " (?) piquer sur la ville ! 
- 2 : La précision du largage des bombes après le piquet entendu était incompatible avec " l'arrosage dispersé " en haute altitude habituel aux avions américains, donc le bombardement ne pouvait qu'être le fait d'un chasseur-bombardier ou assimilé dont le rayon d'action n'était pas comparable avec celui, beaucoup plus grand, des appareils lourds américains, qui venaient je crois d'ITALIE. 
- 3 : Il existait, près de LA BRILLANNE, un petit aérodrome utilisé par les Allemands au bénéfice d'avions de repérage, les "mouchards" mais qu'un chasseur porteur de bombes avait pu emprunter, profitant du passage des appareils américains pour faire d'une pierre deux coups : destruction du nid de terroristes et braquage de la population contre les Alliés. 
- 4 : L'attitude des fantassins allemands d'Occupation qui, au lieu de prêter main-forte comme ils l'auraient fait - propagande oblige ! - si le crime avait été commis par les Américains, se " fendaient la gueule " et se tapaient joyeusement sur les cuisses en contemplant des hauteurs de SAINT-MARC, le spectacle des ruines fumantes en déblaiement. J'en fus témoin oculaire. 
J'ai toujours été - et je reste encore, 45 ans plus tard - persuadé en mon intime conviction, que si le Capitaine RIBOULET, l'Adjudant DELAVAT et plusieurs gendarmes n'avaient pas fait partie de la Résistance, les neuf morts du 27 Mai 1944 n'auraient pas été à déplorer. 
Cependant, chose étrange, la Résistance ne semble pas avoir revendiqué ces neuf victimes ! 
 
 
.c.AIX : LAMOUR
 
 
Quel combattant de l'ARMEE SECRETE de la région ne connaissait le "Restaurant d'Orléans", Rue Montini dans le vieil AIX, tenu par le couple LAMOUR ? D'autant que chacun savait qu'il y trouverait table mise s'il était connu du patron ou de la patronne et pourrait y manger, plus ou moins bien selon les jours, mais au chaud ! 
Il se trouvait que les LAMOUR avaient deux filles, toutes deux étudiantes. 
Or, au printemps 1944, la Gestapo dont certains Officiers venaient aussi manger au " RESTAURANT D'ORLEANS " (ce qui était une sauvegarde supplémentaire pour les Résistants : pas de descente de police à craindre là où régnait la toute-puissante Gestapo !), ayant eu connaissance de la présence éventuelle de " terroristes " dans l'établissement, avait confisqué les papiers d'identité des filles LAMOUR - quel joli nom pour des demoiselles - et posé comme marché à leur père : " des renseignements sur les terroristes en échange des papiers de vos filles. Débrouillez-vous ! ". 
Peu de temps après, j'arrive en mission de FORCALQUIER et me pointe, comme d'habitude, pour déjeuner chez EROS (entre nous, on ne s'était pas beaucoup creusé la cervelle pour inventer son pseudo !). J'y trouve un EROS bien moins amène qu'à l'ordinaire, qui me fait asseoir à une place différente, très près de la cuisine où officiait son épouse. Je déjeune, tandis qu'à quelques tables de là, " ces Messieurs de la Gestapo " achèvent de faire bombance puis quittent les lieux. LAMOUR m'entraîne alors dans sa cuisine et me fait part de son drame familial. 
On réagissait très vite à l'époque. Une idée venait de jaillir en moi, toute simple, donc efficace, pour duper " ces Messieurs " : j'explique à EROS que je vais écrire trois rapports, faux évidemment, mais truffés de détails plus que plausibles et même de faits réels mais périmés. Je les lui remettrai et il les donnera à la Gestapo, à intervalles irréguliers, en prétendant qu'un jeune homme petit, assez grassouillet, très brun aux yeux noirs et aux cheveux huilés, de type gitan (tout le contraire de mon signalement !) les avais déposés dans le casier aux serviettes où quelque complice serait venu les chercher à un moment ou à un autre. 
Après avoir acheté au " PRINTANIA " (le MONOPRIX du Cours Mirabeau) papier et enveloppes, je me réfugie dans l'arrière-salle de mon café habituel, près du billard et de la sortie discrète sur une ruelle voisine. J'y rédige mes trois chefs-d'oeuvre, où je mêle allègrement parachutages d'armes, liaisons, " Philippe " successeur (fictif !) de FRENAY que j'appelle encore TAVERNIER comme avant son arrestation, demandes de fonds et de consignes précises, etc… 
Je retourne chez LAMOUR et dépose le premier rapport, comme convenu, dans le casier aux serviettes, lui remettant en mains propres les deux autres. Puis je le quitte et, après avoir rempli la mission qui m'avait amené à AIX, je rentre, via PUYRICARD, à FORCALQUIER. 
Je devais apprendre par une liaison téléphonique MALOU-MARITHE, que le système avait merveilleusement fonctionné : très intéressés par le premier rapport, " ces Messieurs" avaient, dès le second, rendu les papiers d'identité des demoiselles EROS à leur père qu'ils avaient chargé de surveiller le " complice " éventuel, destinataire du troisième, et de leur donner immédiatement l'alarme ! 
Les deux jeunes filles furent " mises au vert" par leurs parents, après le second rapport, quelque part - je crois - dans la Vallée de CHEVREUSE vers PALAISEAU où les LAMOUR possédaient une coquette villa, sous le prétexte - imaginaire ! - du décès de je ne sais laquelle de leurs tantes. Les événements de Juin à Août 1944 sonnant déjà le glas de la présence nazie en PROVENCE, la Gestapo abandonna assez vite, semble-t-il, la piste LAMOUR, trop brumeuse, pour des opérations punitives plus sanglantes, hélas ! 
 
 
.c.FORCALQUIER : CARBONNEL; 
 
Ah ! les CARBONNEL ! Si les ROSTAGNE, les GIRARD, les EMBLARD et les CARBONNEL n'avaient pas existé, la Résistance eut-elle été ce qu'elle fut à FORCALQUIER et la ville aurait-elle reçu la CROIX DE GUERRE qu'elle arbore en ses armoiries ? Je ne le pense pas, car s'il y eut bien d'autres Résistants valeureux dans la Cité des Quatre Reines, je crois profondément que les familles CARBONNEL, EMBLARD, GIRARD et ROSTAGNE les ont tous surpassé dans l'activité clandestine. Paulin CARBONNEL, le père de Maurice qui servait nos Corps-Francs et avait participé à nos côtés à l'opération des 7-8 Juin 1944 à FORCALQUIER, tenait le Café " BOURGUET SPORTS " qui fut, sous l'impulsion de Denis ROSTAGNE, le lieu de passage de tant de Résistants et le point de chute de tous les colis et paquets normaux ou suspects que l'action secrète nous amenait à échanger entre nous et qui se mêlaient dans le capharnaüm des paquets et colis que les chauffeurs de l'autocar local déposaient au fond de la salle, après le comptoir, dans une pénombre complice. Celui d'entre nous qui attendait un envoi venait y fouiller sans vergogne, après un bonjour courtois à Paulin CARBONNEL et récupérait son bien. On repartait, en consommant ou non, ce qui était sans importance pour le digne papa de Maurice. 
Derrière son comptoir et sans avoir l'air de s'intéresser au va-et-vient continuel dans sa salle de bar, il ne perdait pas un geste de vue, surveillant les visages nouveaux qu'il gravait dès lors dans sa mémoire. Il n'avait pas son pareil pour vous indiquer le passage de tel ou tel autre de nos " correspondants ", ni pour deviner le contenu - tracts, armes, mangeaille, explosifs - des colis manipulés à notre intention. Il n'avait pas son pareil, non plus, pour faciliter les contacts avec les responsables locaux de l'A.S. ou du S.A.P. dont il connaissait parfaitement les habitudes, l'heure de passage, les jours où ils ne viendraient pas, les autres lieux où l'on pouvait les joindre… Si l'on était dans l'embarras, il nous suffisait d'entrer au " BOURGUET SPORTS " et d'y avoir quelques minutes d'entretien avec Paulin CARBONNEL: il savait résoudre notre problème de la manière la plus directe, la plus simple, la plus rapide. 
Les Allemands occupant la ville l'avaient d'ailleurs - à la suite de quelle trahison ? - fortement suspecté, ce qui ne ralentissait pas son action mais l'incitait tout de même, de jour en jour, à plus de circonspection. Jusqu'au matin fatidique du 10 Juin 1944. Dès l'ouverture du bar, un jeune homme paraissant affolé fait irruption, interpelle Paulin CARBONNEL : 
- Vite ! Vite ! Cachez-moi ! Les boches me poursuivent… aidez-moi vite ! Cachez-moi ! 
En des temps antérieurs, notre ami n'eut pas hésité une minute à donner asile au fuyard puis à le diriger vers des lieux plus cléments. Mais on était au surlendemain de la tragique fusillade qui ensanglanta les abords de la cathédrale et Paulin CARBONNEL - qui n'avait jamais vu ce " Résistant " - l'évinça proprement en peu de mots : 
- Il y a eu assez de sang versé ici, avant-hier… va te faire prendre ailleurs ! 
Bien lui en prit, car c'était un faux Maquisard, précédant de peu les nazis qu'il semblait fuir, pendant que d'autres miliciens comme lui, déguisés en Résistants, s'agitaient sur la Place du Bourguet. En fait, c'était une répétition du futur traquenard d'ORAISON du 16 Juillet 1944, qui décapita le Commandement départemental de l'Armée Secrète Bas-Alpine. 
Il n'empêche, malgré sa réponse énergique, miliciens et Allemands, dès 8 heures, s'emparent de Paulin CARBONNEL, puis d'un autre Forcalquiéren qui tenait - me semble-t-il - une scierie voisine, puis de Maurice CARBONNEL nonobstant les papiers parfaitement en règle de ce dernier. A grands coups de pieds dans les jambes et de canon de revolver dans le dos, ils conduisent les trois hommes jusqu'à la Mairie voisine, pendant qu'à l'aide de porte-voix, d'autres miliciens haranguent la population qu'ils concentrent peu à peu sur la place " pour assister à la fusillade de terroristes ". Ils donnent également l'ordre de laisser les portes des maisons ouvertes, afin de procéder plus aisément à la traque " des terroristes qui s'y cacheraient " et à la fouille des habitations. Cela valut à deux vieilles dames la plus grande peur de leur vie : n'ayant pas laissé leur porte ouverte, elles entendirent l'ennemi qui l'enfonçait, se réfugièrent toutes tremblantes dans un minuscule réduit sous les combles où des soldats allemands les découvrirent, pleurant, enlacées et certaines que leur dernière heure était venue. Vu leur grand âge et l'absence de tout indice suspect dans leur logement, les nazis ne leur firent aucun mal. 
Pendant ce temps, les CARBONNEL et l'homme de la scierie étaient maintenus, un canon de revolver dans les côtes, chacun à un niveau différent du grand escalier de l'Hôtel de Ville, insultés, menacés d'une mort imminente par les miliciens qui multipliaient avec hargne les enfoncements du canon de leur arme dans les côtes des malheureux : 
- Tu vas y passer ! Fusillé, comme ceux de l'autre jour, là-bas, contre le mur de l'église ! La mort, pour les terroristes, la mort ! Tu seras moins faraud tout à l'heure ! et de scander leurs menaces à bons coups de pied dans les tibias et d'enfoncements de canons de revolver dans le thorax ! 
De temps en temps, tantôt l'un, tantôt l'autre des trois hommes était " conduit " (bousculé plutôt) jusqu'à un bureau où un Officier allemand d'un certain âge compulsait des cartes de la région de FORCALQUIER, fortement annotées de marques rouges diverses. Là, interrogatoire sur les " Maquis des terroristes " : 
- Ici, hein ? Vous savez bien qu'il y a un groupe de salopards ? Combien d'hommes ? Quels armements ? demandait l'Officier nazi, en posant son gros doigt sur tel ou tel autre point de la carte, pendant que le milicien garde-chiourme ponctuait les questions de quelques bons coups de canon de revolver ou, devant les dénégations des malheureux, de quelques coups de pied ou de poing bien placés ! 
Puis, retour à l'escalier… et, au suivant ! 
Sur la place, le haut-parleur haranguait toujours la foule silencieuse et la fouille des domiciles ouverts (et même des autres !) continuait. On attendait la " mise à mort " d'un instant à l'autre, d'autant plus que quelques autres "suspects " étaient, deçà delà, harponnés et " conduits " par les miliciens jusqu'aux Allemands. 
Combien de fois les CARBONNEL furent-ils traînés jusqu'au bureau du chef allemand ? puis ramenés dans l'escalier, toujours sous les coups et les menaces de mort ? Ils n'ont pas compté ! Mais Maurice devait m'avouer, bien plus tard : 
- Je crois que s'ils m'avaient fusillé, je ne m'en serais même pas rendu compte, tellement je flottais dans le brouillard, tellement j'avais mal ! A la fin, je croyais être déjà mort ! 
D'autant qu'au travers de leur hébétude, ils entendaient le haut-parleur des miliciens menacer la ville d'être brûlée avec sa population si elle donnait encore asile à des " terroristes ". 
Le supplice dura quatre heures ! Vers les midi, le chef allemand de l'unité de représailles qui, par bonheur, avait fait la guerre de 14-18 y compris VERDUN, comme Paulin CARBONNEL, au cours de laquelle il avait appris à respecter un peu l'ennemi français, décide - enfin ! - de libérer les trois victimes… peut-être en souvenir de VERDUN qu'il avait évoqué tout à l'heure avec Paulin. 
Miliciens et Allemands s'en furent donc, laissant la population regagner ses foyers, quelques miliciens cependant demeurent encore un peu de temps à surveiller les allées et venues de tout un chacun. 
Croyez-vous que les CARBONNEL abandonnèrent pour autant la Résistance ? Allons donc ! Paulin reprit sa place, plus méfiant cependant derrière son comptoir-accueil et Maurice redevint l'un de nos plus actifs combattants des Corps-Francs. 
Comme elle eut été rayonnante, la Résistance, s'il y avait eu plus de CARBONNEL en FRANCE ! 
 
 
.c.FORCALQUIER : BASSET; 
 
Deux BASSET ont marqué dans mes relations l'été 1944 dans la petite Sous-Préfecture bas-alpine. 
Le premier était l'Abbé BASSET qui servait sous les ordres du Curé-Doyen dont il ne partageait pas - et de loin ! - les idées collaborationnistes. J'ai oublié qui nous présenta l'un à l'autre, vraisemblablement le Sous-Préfet BELLION, mais ce jeune ecclésiastique m'offrit un jour spontanément de me prêter pour telle ou telle autre mission sa soutane et son vélomoteur muni de l'Ausweiss de l'évêché contresigné par les autorités nazies. 
Au cours de notre brève conversation, il me demande si je connaissais le latin et je lui avoue qu'à part le Pater Noster et un peu de l'Ave Maria, il ne me reste plus rien en mémoire de ce que j'avais appris par coeur lorsque, jeune clergeon, je servais messes - comme tant d'autres fils de non-croyants - en l'église de PEYROLLES… même le Credo s'était envolé ! Il eut un bon sourire et me promit de me faire parvenir le texte de la prière des agonisants " au cas où, me dit-il, tu serais amené à la réciter devant l'ennemi et le corps de l'un des nôtres" Il essaya bien de me l'apprendre sur le champ, mais si péniblement qu'il y renonça. 
Les événements firent que je n'eus pas à utiliser son vêtement sacerdotal ni son engin à moteur… et qu'il ne me fut pas non plus imposé de réciter cette sacrée fichue prière ! 
Il n'empêche que l'Abbé avait eu là une attitude de franche Résistance qui méritait d'être signalée et saluée. 
La deuxième était Marie-Ange BASSET, qui fut la fiancée plus ou moins officielle de Raymond RIBOULET, notre premier tué du 8 Juin 1944. Jusqu'au meurtre de son promis, je n'avais jamais entendu parler d'elle et je crois même que je ne l'avais jamais rencontré. Il en fut tout autrement après les sanglants événements de Juin : elle entra corps et âme dans nos Corps-Francs où elle fit l'admiration de tous par son courage et son inlassable dévouement. J'ai toujours pensé que, transcendant ses convictions personnelles, elle défendait ainsi de toutes ses forces la mémoire du défunt. D'ailleurs, elle continua la lutte après la Libération en s'engageant comme A.F.A.T. (aujourd'hui, on dit P.F.A.T.) dans la 1ère Armée de DE LATTRE DE TASSIGNY. 
Il me fut donné à deux reprises de la rencontrer sous l'uniforme : une fois à MARSEILLE où elle obtint de son Lieutenant l'autorisation exceptionnelle de me faire visiter - en souvenir du martyre de nos chefs - les sinistres locaux, Rue Paradis, de la non moins sinistre Gestapo… une autre fois à PARIS où je lui servis un peu de guide dans quelques Ministères, avant que la vie ne nous sépare. 
C'était une remarquable jeune fille dont je crains que l'Armée, empêtrée comme elle l'était encore dans ses règlements, coutumes, usages et autres balivernes hérités des guerres de 14 et de 39, n'ait pas su apprécier à sa juste valeur la foi et l'ardeur qui l'animaient et ne lui ait pas offert les possibilités de carrière qu'elle méritait. 
Quelle belle combattante elle eut été sur les théâtres lointains d'opérations, si la hiérarchie militaire avait su assimiler à temps tout ce qu'elle pouvait obtenir des anciennes et des anciens du Maquis lorsqu'il fallait défendre l'Honneur de la FRANCE ! 
 
 
.c.FORCALQUIER : GASTINEL; 
 
Andrée (Dédée) GASTINEL; était la charmante jeune fille d'un instituteur à la retraite reconverti en amateur dans l'apiculture. Elle était agente de notre Corps-Franc " PHENIX " de St MAIME-FORCALQUIER. 
Entre autres missions - elle en accomplit sa part, largement ! - nous l'avions chargé de la garde de notre viatique ultime : quelques sacs de pain recuit qui nous serait indispensable en cas d'obligation de marche de plusieurs jours hors ou dans le District, les deux hypothèses ayant été très sérieusement étudiées. 
Les sacs étaient suspendus dans le sous-sol de la maison de ses parents à l'abri de l'humidité comme d'un excès de sécheresse et Dédée vérifiait fréquemment le bon état du pain, après y avoir ajouté, de son propre chef quelques pots de miel prélevés sur la petite réserve paternelle. 
Un petit matin de Juillet 1944 - décidément, on se levait tôt chez les Germains ! - un groupe de S.S. investit la maison de l'instituteur retraité, réveille tout le monde à grands coups de gueule et commence une fouille en règle. 
Dédée, habillée en un instant - c'est vite passé une jupette et un chemisier ! - commence à parler avec l'Officier nazi commandant le groupe et l'accompagne sans le lâcher d'un pas. 
Ai-je dit qu'elle était douée d'une volubilité ahurissante ? Nous-même, qui la connaissions bien et l'aimions mieux encore, avions grand mal, certains jours, à supporter son verbiage interminable que rien ni personne ne pouvait interrompre. Elle fit tant et si bien, racontant mille et une balivernes au S.S. interloqué, se plantant comme un rempart devant la petite porte de l'entresol, bavardant encore et toujours plus, que le boche, lassé, abasourdi, ne fit pas fouiller ce réduit, donc ne découvrit pas notre pain dont la quantité anormale - et la qualité ! C'était de la farine GIRARD de MANE, pur blé! - auraient justifié les pires représailles pour Dédée et sa famille : " stocks pour terroristes ". Avec toujours le même déluge verbal, elle raccompagna, en parfaite fille de la maîtresse de maison, les nazis jusqu'au seuil, les gratifiant d'un ultime flot de son plus qu'étonnant baratin. 
Notre pain était sauvé. 
Mais après la Libération, il devait arriver à Dédée un incident qui, pour une fois, la laissa muette : l'autorité militaire, sur confusion de son prénom André(e), la convoquait au Conseil de Révision à DIGNE ! 
Il n'y a qu'à elle que pouvait arriver pareille mésaventure. 
 
 
.c.SIGONCE : DU BOUDIN; 
 
Maquis EMBLARD - Juin 1944. C'est mon tour de veille avec BIELAK Alfred car pour éviter toute perte d'attention, on prenait la garde à deux mais jamais avec le même copain en tandem. 
Nuit noire : pas une étoile, pas de lune, brume nocturne. Pas chaud, en plus ! On s'installe à plat ventre, derrière le F.M., au tiède de l'herbe foulée par les deux gars qu'on a relevé. Alfred (alias MARIUS) a les chargeurs, moi le fusil-mitrailleur : deux heures à passer ainsi, l'oreille tendue, l'oeil scrutateur, sans parler, sauf à se murmurer une alarme le cas échéant. Les copains roupillent dans la ferme, confiants dans notre vigilance, mais la STEN chargée à leur chevet de lit de paille. 
De temps en temps, on sursaute : une pierre a roulé… une branche craque… puis le silence revient. Pas de vent cette nuit, donc pas de sifflements dans la pinède, comme certains soirs. Pas de ululement de nocturnes non plus : la brume, sans doute, les tient au repos. 
Tout est calme, trop calme : ça finit par inquiéter, ce silence ouaté. Bah ! D'un autre côté, si les boches devaient attaquer, on entendrait mieux leur venue que par grand mistral. On se rassure comme on peut ! Tout à coup, chuchotement de MARIUS : 
- T'as entendu ? 
- Oui ! 
Au loin, un grincement irrégulier ressemblant à un couinement. On tend l'oreille… Ça s'approche lentement, avec comme un martèlement du sol presqu'en cadence : grouic, grouic, tap, tap, tap, tap… et ça recommence ! Bon Dieu, qu'est-ce que ça peut bien être ? Les miliciens ? Les nazis ? bien trop bruyant pour des malins comme eux ! Mais alors, quoi ? Je murmure à MARIUS : 
- Laisse-moi les chargeurs ! Va donner l'alarme ! Mais qu'on arrive ici sans bruit. Compris ? 
- Sûr !… et il file à quatre pattes vers la ferme. 
Ça se rapproche toujours, là, en contrebas, dans le chemin d'accès, les grouic et les tap, tap. Mais qu'est-ce que ça peut bien être ? Ah ! Pas trop tôt ! Voilà les copains emmenés par Maurice BENIACAR. Il écoute, puis décide à voix basse : 
- Sur deux files, sans bruit, en avant ! Toi, me dit-il, couvre-nous avec le F.M. et MARIUS en pourvoyeur ! 
Nous les laissons prendre vingt mètres d'avance puis MARIUS, moi et le F.M. nous les suivons en couverture. 
Là, le bruit est tout proche, maintenant. On distingue dans le grand chemin où s'embranche notre petit chemin d'accès, deux masses sombres : c'est la première qui fait tap, tap… la deuxième, grouic ! Mais… mais c'est un cheval qui tire une charrette… en pleine nuit ! et en rase campagne ! 
Les copains ont encerclé la chose. Les bruits ont cessé, sauf une voix rude de paysan qui gueule : 
- Tirez pas, les gars ! Tirez pas ! 
On respire. Puis discussion, mais à voix moins forte, le paysan ayant compris qu'il avait affaire au Maquis. Le brave homme allait tout simplement chez un fermier voisin abattre son cochon, ce qui était formellement interdit par la loi de VICHY : abattage clandestin. On le lui rappelle. Avec son bon sens bien alpin, il nous rétorque : 
- Mais VICHY, c'est pas vous ! Alors, vous n'allez pas me faire des histoires pour un malheureux cochon ? 
Ledit animal, affolé par toutes ces silhouettes qui l'entourent, se met à hurler comme si, déjà, on l'égorgeait ! C'en est trop ! Pour une veille silencieuse, on est servi ! 
Le paysan calme l'animal à coups de badine sur la queue, puis nous promet : 
- Demain, vous aurez de la saucisse… et du boudin ! 
Il tint parole… deux jours plus tard… mais en ajoutant un beau morceau de gras. 
Et l'on se régala sans même une pensée émue pour la pauvre bête sacrifiée. Ventre affamé n'a guère compassion ! 
 
 
.c.FORCALQUIER : GAUTHIER; 
 
Monsieur GAUTHIER tenait, dans l'ancienne capitale du comté, l' " Auberge Provençale " à proximité de la statue du félibre que l'on ne peut éviter de remarquer dans sa niche murale lorsqu'on arrive de MANE. 
Cet homme sympathique et chaleureux (je ne parle pas du félibre mais de l'aubergiste) offrit spontanément le repas chaud du midi à plusieurs de nos Maquisards lors du soulèvement du 8 Juin 1944. 
Ce fut, pour certains, leur dernier repas. 
Il m'accueillit aussi généreusement à plusieurs reprises dans son restaurant et, après la Libération, m'apprit qu'il avait été témoin, par le petit interstice qu'il avait ménagé sous son rideau de fer tiré, du gerbage que j'avais subi sur " son " boulevard, du tir d'une mitrailleuse jumelée allemande battant cette voie d'accès. 
Lorsqu'il avait vu - " de mes yeux vu " affirmait-il avec conviction - mon demi-tour à moto sous le crépitement des balles ennemies, il m'avait cru mort, fauché par les rafales. 
Ce brave homme me donnait du " Capitaine" gros comme le bras, alors que je n'étais encore qu'un tout petit Sous-Lieutenant à titre F.F.I. et pas officiellement homologué ! Pensait-il que, dans l'armée régulière, c'est un Capitaine qui aurait dû commander le soulèvement ? 
Où diantre la considération va-t-elle se nicher ? Peut-être au plus intime de l'amitié née brusquement au sein du danger commun. 
 
 
.c.FORCALQUIER : PAGES & DELASSUS; 
 
Il y avait une autre auberge, " La Louette ", plus bas vers la plaine, où certains Marseillais avaient coutume de venir faire bombance, lors de week-end plutôt hard ou hot comme on dirait aujourd'hui. 
Parmi eux s'y mêlaient parfois, nous avait-on signalé, quelques miliciens qu'il serait intéressant de neutraliser. 
Nos informateurs nous avaient indiqué comme particulièrement excessifs dans la fiesta, les industriels PAGES et DELASSUS, dont on disait qu'en pleine période de pénurie alimentaire aiguë, ils allaient jusqu'à saouler leur chien au cognac et au champagne ! 
Bref, une des opérations punitives auxquelles les événements nous ont contraint fut organisée, avec en outre l'espoir de mettre la main sur deux ou trois miliciens. 
COLOMB et moi, en civil, bien coiffés, rasés de frais, mais le revolver sous l'aisselle, entrons un Dimanche de Juillet 1944, vers midi moins dix, dans ladite auberge et commandons chacun un pastis au bar d'où l'on avait une vue rayonnante sur la salle de restaurant. 
Aux alentours immédiats, derrière des buissons, une dizaine de nos gars en armes attendaient, invisibles, que midi sonne, toutes les montres ayant été réglées sur la mienne au préalable. 
Nous dégustons lentement nos anis. Je regarde ma montre : midi moins trois. Pour vérifier, je dis à Pierre COLOMB : 
- Tiens ? On approche de midi. 
- Oui ! Dans moins de trois minutes, me répond-il après avoir à son tour consulté son chrono. 
Tout est donc O.K. et nous achevons lentement nos apéritifs. Midi ! Du même geste, nos deux revolvers jaillissent de nos vestons : 
- Haut les mains, tous ! Que personne ne bouge ! Et vous, le patron, dans la salle, avec vos clients ! 
Un silence épais s'installe, vite rompu par le claquement des fenêtres repoussées de l'extérieur : c'est l'irruption de CRICELLI et de nos Maquisards, sauf deux d'entre eux laissés en garde dehors. Très rapide fouille au corps des clients et du patron : aucune arme. 
- Alfred, dis-je à CRICELLI, prends quatre gars et fouille les chambres, les cuisines et les toilettes. Quant à vous, Mesdames, Messieurs, vous pouvez baisser les bras : nous procédons à une simple vérification d'identité. 
On m'installe une table près de l'escalier qui mène aux chambres et Pierre COLOMB revolver au poing en ange gardien derrière moi, je procède à l'examen des papiers d'identité que chacun m'apporte, escorté d'un Maquisard dont la STEN braquée spécifie qu'il ne s'agit pas d'une plaisanterie. 
Aucun de ces fêtards n'appartient apparemment à la milice, ce que nous déplorons fortement. Ils ne sont que de joyeux ribouldingueurs! Ce qui n'est pas un crime, mais au moins un abus lorsque tant de citoyens crèvent de faim. 
Ils regagnent un à un leurs tables : le repas aura du retard ce Dimanche : ce sera leur punition ! 
Enfin ! Voilà PAGES et DELASSUS, les inséparables. Avec eux, je suis plus sec : 
- Vous êtes industriels. Vous êtes riches. Votre réussite, vous la devez à l'Occupant. D'accord ? 
Ils sont gênés, cherchent à argumenter, à chicaner. Je les coupe : 
- Une amende de dix mille francs (de nos jours, cela correspondrait à peu près à mille francs), ça va ? Ce n'est pas cher pour toutes les heures de ribaude passées ici ! Vous savez pourtant que la population claque du bec, non ? Vous ne trouvez pas que vous y allez un peu trop fort ? 
C'est PAGES qui me répond : 
- Dix sacs, c'est peu ! Vous n'êtes pas gourmands ! A MARSEILLE " ils " nous auraient taxé de cinquante sacs. Alors, les voilà vos dix mille balles ! 
Et il me remet la somme comptant. DELASSUS aussi, heureux tous deux de s'en tirer à bon compte… croient-ils ! 
Je donne l'argent à Pierre qui l'empoche sans mot dire : il sait bien que cela sera réparti dès demain par les soins de CANDELIER-RENAUD sur les Maquis les plus démunis. 
Je regarde PAGES droit dans les yeux : 
- En outre, il me faut votre Juvaquatre. Je vous la réquisitionne : voilà le bon signé. 
Là, ça ne va plus… je sens que je me heurte à un mur. 
- Non ! Pas aujourd'hui ! J'en ai un besoin absolu pendant trois jours. Mais Mercredi, je vous la ramène ici, parole d'homme ! 
J'hésite une fraction de seconde, puis je décide de lui faire confiance : ce jouisseur avait, nonobstant ses bringues effrénées, un aspect sympathique : 
- O.K. ! Je la prendrai ici Mercredi prochain 15 heures ! 
Là-dessus, l'inévitable incident comique : c'est CRICELLI qu'on entend dévaler l'escalier à l'instant où une voix féminine me dit, avant que j'ai aperçu celle qui parlait : 
- Excusez-moi ! Je n'ai pas mes papiers sur moi ! 
Je lève les yeux. C'est une très belle jeune femme en slip-culotte et en soutien-gorge ! Ça, alors, si je m'attendais à ce spectacle ! et CRICELLI qui la rejoint, la STEN braquée ! 
PAGES s'interpose : 
- Une amie. Disons que c'est comme Madame PAGES ! 
Je n'insiste pas. Je me surprend à dire très poliment, encore ému par cette vision inhabituelle au Maquis : 
- Vous pouvez aller vous habiller, Madame! … et à CRICELLI : … Pas d'armes dans l'hôtel ? 
- Non ! Aucune, et j'ai bien cherché ! m'affirme-t-il. 
Je savais qu'on pouvait le croire : on aurait dû le surnommer " Oeil-de-Lynx " ! 
Un à un, nos gars quittent l'auberge, COLOMB et moi les derniers, raccompagnés par un PAGES souriant qui me confirme : 
- A Mercredi, 15 heures, ici ! 
 
Le Mercredi venu, il me fallait bien aller la chercher cette sacrée Juva ! 
Et si PAGES m'avait piégé ? Et si un bon petit comité d'accueil nazi, facho ou même malfrat - c'était l'époque du règne de SABIANI-LE-BORGNE sur la pègre marseillaise - m'attendait à l'auberge ? Et si ? Et si ? Au diable tous les " si " ! J'y vais… armé quand même, mais j'y vais ! Seul. 
La Juva m'attendait. PAGES également. Il refuse le bon de réquisition : 
- Considérez cela comme ma participation à la Résistance ! me lance-t-il, mi-figue, mi-raisin, tandis que j'embraye et démarre après un merci rapide. 
Quel diable d'homme ! Quel jeu réel jouait-il? ? Je ne l'ai jamais su, mais c'était un type de parole. 
Sa JUVA nous a servi plus que tous les autres véhicules que nous avions eu auparavant, avant de finir sa carrière dans la 1ère Armée Française. Elle aussi était de parole : on pouvait compter sur elle et elle nous l'a prouvé. 
 
 
.c.SAINT-MAIME : GEO GOIN; 
 
Juillet-Août 1944, les deux mois les plus dramatiques après la saignée des 6-9 Juin, pour l'Armée Secrète Bas-Alpine décapitée de tous ses chefs départementaux… les mois de doute et parfois de désespérance… les mois où il fallut tout innover, tout réinventer, pour survivre, continuer à combattre et finir par vaincre. 
Depuis le début Juillet, je m'étais décidé à quitter SIGONCE et le Maquis EMBLARD pour créer, avec l'accord de MARTIN-BRET et de Marcel ANDRE, le Corps-Franc SAINT-MAIME, à passer ainsi d'une cité minière dans une autre, car se priver du réservoir de valeureux combattants potentiels que représentaient les mineurs de charbon eut été un suicide. 
En outre, en nous rapprochant de VOLX, donc du Corps-Franc CANDELIER, nous resserrions notre dispositif, limitant les durées des liaisons et accroissant nos possibilités de regroupement rapide, au coup par coup. La stratégie de mobilité extrême ayant été arrêtée en commun avec RENAUD je la perfectionnai sur place - les conditions locales s'y prêtant bien par sa complémentarité : la dilution. Au lieu de conserver autour de moi la totalité des effectifs du Corps-Franc, j'en disséminai le maximum chez l'habitant, à FORCALQUIER, MANE, VILLENEUVE, ce qui avait pour corollaire de diminuer nos soucis de ravitaillement. 
Je ne conservai autour de moi qu'un nucléus indispensable : CRICELLI, COLOMB, MISIAZECK, GROBOZ, KLIMEK, BERNIER, CONSTANT, SICARD fils et, par périodes, MANDINI, BIELAK fils, GERARDINI, qui formèrent " ma Garde ". Même ceux-là, après un court séjour type "Maquis-volant " dans la colline au Nord de SAINT-MAIME, je m'efforçai de les répartir chez l'habitant, dans la Cité minière ou aux alentours immédiats : nous étions parfaitement dilués dès la mi-Juillet. 
Si ce système fut rendu possible, c'est d'abord et avant tout à GEO GOIN que nous le devons : cette jolie jeune fille, toujours souriante, efficace, infatigable, persuasive, sut si bien circonvenir parents et amis et regrouper bon nombre de ses camarades de jeunesse, qu'elle installa autour des éléments disséminés du Corps-Franc un véritable " cordon sanitaire" de liaisons, ravitaillement, accueil, renseignements, transports d'armes, etc… 
Les hôteliers Mireille LAURENT et son mari tenaient pour nous table mise et chambre prête : leur établissement devint le P.C. de notre formation, l'un des nôtres ou du Groupe GEO y séjournant en permanence. 
Le fenil d'un oncle de GEO GOIN abritait tantôt les uns, tantôt les autres pour une ou plusieurs nuits et le réveil du petit jour était embelli par l'arrivée de notre chère GEO portant un seau de lait frais et du pain pour le petit déjeuner. 
Car, au fil des jours, j'améliorai le système en y ajoutant la rotation, ce qui nous rendait encore plus insaisissables : si je couchais une nuit chez SICARD père, la nuit suivante c'était au fenil, l'autre nuit chez LAURENT, l'autre encore chez GIRARD à MANE ou dans les familles BIELAK ou RASPAIL à FORCALQUIER. Chacun de nous en faisait autant. C'est dire les difficultés qu'eut à surmonter le Groupe GEO pour tenir en contact permanent tous ces éléments dispersés. 
Mais la survie était à ce prix. Grâce à GEO et à ses camarades, nous avons tous survécu. 
Quant au combat, la tactique embuscade-repli mise au point ne nécessitait généralement qu'un effectif d'une quinzaine d'hommes. " Ma Garde " en fournissait une dizaine, moi compris. Il nous suffisait de rameuter cinq ou six des " disséminés " les plus proches du point d'attaque pour nous trouver au complet pour l'action. 
Restait la routine ! Patrouilles, arrestations, veilles nocturnes à certains moments névralgiques. Là, encore, la Garde, toujours la Garde ! avec, si nécessaire, le renfort alerté par liaison ou téléphone, d'où la mise en oeuvre permanente du Groupe GEO comme du Service MARITHE. 
Enfin, il y avait l'imprévu. L'imprévisible ne se programmant pas, on improvisait si les moyens locaux ne suffisaient pas, en appelant à l'aide le Corps-Franc VOLX, le Maquis OLKIEWICZ de MANE ou EDELBAULT de VILLENEUVE, voire en sollicitant l'aide réciproque des F.T.P. de DAUPHIN à charge de revanche : c'est d'ailleurs plus souvent eux que nous qui en appelèrent à l'appui réciproque. 
Et de l'imprévu, il en est survenu ! 
Je ne rappellerai que deux événements simultanés qui faillirent nous coûter fort cher. 
 
C'était près de la fin Juillet. Un commando de nazis investit SAINT-MAIME le jour même où, en civil et sans armes, mais doté de très bons faux papiers, j'enquêtais en solitaire et une fois de plus pour le compte et sur demande des autorités légales de FORCALQUIER, Gendarmerie et Sous-Préfecture. Impossible de s'échapper, une mitrailleuse ennemie se tenant en position sur le carreau de la mine et des soldats patrouillant dans les rues. Il ne me restait plus qu'à subir la fouille et l'interrogatoire. Confiant dans mes fausses pièces d'identité, je répondis sobrement aux questions d'un Waffen-S.S. qui me retournait sur le gril. Etait-il plus hargneux que d'autres nazis qui, au vu de mes documents m'avaient jusqu'alors laissé filer ? Avait-il besoin de faire le plein de prisonniers ? Toujours est-il qu'il me dit suavement:  
- Tu t'expliqueras à la Gestapo de DIGNE ! et qu'un des soudards me pousse, le fusil dans les reins, jusqu'à un camion où déjà sept ou huit autres jeunes gens - tous inconnus, d'ailleurs - attendaient. J'étais la dernière prise et c'est dans le dernier camion que je me hissais. 
Ça s'annonçait mal ! Le convoi démarre : en tête, un petit véhicule blindé puis, à distance réglementaire, quatre camions de la Wehrmacht. C'est fou ce que le cinéma intérieur peut dérouler d'images dans ces cas-là… et à quelle vitesse ! Je pense : " Et GROBOZ qui doit amener à moto Bertin BERNIER à VOLX chez RENAUD ! Pourvu qu'ils n'aient pas été pris, eux aussi !… Si je m'en tire vivant, je ne couche jamais plus chez SICARD : déjà, l'autre jour - le même jour que Léon ROUX - Pierre et moi on a bien failli être arrêtés ou exécutés ! juste en sortant d'une nuit chez lui… Ce type porte la scoumoune ! ". 
Ça défile dans mon crâne pendant que le convoi trace sa route vers l'embranchement DIGNE-MARSEILLE, au pied de VOLX et de NOTRE-DAME-DES-ANGES. Ah ! les anges, j'aurais bien besoin qu'ils me viennent en aide ! 
Voyons, qui nous garde ? Un vieux soldat qui a dû subir 14-18. Il n'a pas l'air féroce. Essayons de faire ami-ami : je lui souris et lui dis : 
- Tabak ? Nicht verboten, en sortant mon éternel étui à cigarettes que je lui tends ouvert, tout en m'asseyant sur la ridelle arrière où il a déjà le cul. Le vétéran prend deux cigarettes, puis pose son fusil contre sa cuisse pour en allumer une. J'en fais autant, mais moi je n'ai pas de fusil à poser. Il me souffle la première bouffée en pleine gueule : 
- Ach ! Pon tabak ! 
Tiens, ça me rappelle VENELLES et mon fouilleur boche en 42 ! Je rétorque : 
- Ya ! Tabak das Frankreich ! 
Décidément, je progresse en jargon germanique : encore quelques arrestations et je finirai par borborygmer dignement la langue de Goethe ! 
Ça continue à défiler dans ma tête : on a dépassé le carrefour et le pont. J'ai VOLX dans mon dos, on va attaquer la dure côte avant VILLENEUVE. Je réfléchis : on roule à peu près à 45 km/h, mais en côte ça va rétrograder… Sacré nom ! J'y pense : juste en haut et sur plusieurs centaines de mètres, il y a un immense champ de tournesols qui descend jusqu'à la plaine de la DURANCE. Merci, les anges ! et merci, le paysan, d'avoir voulu faire de l'huile ! C'est ça, la solution : profiter du champ de tournesols… mais, avant, neutraliser notre gardien. J'ai fini ma cibiche, lui aussi : au diable l'avarice, je rouvre l'étui et il m'en pique encore deux ! Ça doit être la mode Outre-Rhin ! Le convoi a sérieusement ralenti : à peine 15 à l'heure ! Mais c'est encore trop pour ce que je veux faire… ça grimpe… on ralentit encore, à peine plus vite qu'un homme qui court ! Décidément, leur mécanique n'a plus la vigueur qu'elle avait en Mai 40, heureusement ! On frôle le 5 à l'heure… attention, au premier tournesol, je fonce ! Là, ça y est… et juste au moment où ils commencent à accélérer ! Plus le temps de réfléchir : un coup d'épaule sur l'épaule du boche, de toute ma force, à enfoncer une porte ! Il titube et s'affale au milieu des jeunes interloqués qui s'empêtrent pour l'aider à se relever, le gênant encore plus ! 
A moi les souvenirs de gardien de but : plongeon arrière… bien se recevoir, en roulé-boulé, appui sur la main droite. Ouf ! Ça y est, sauf cette cochonnerie de gravier des bas-côtés qui m'écorche la main. Pas le temps d'y penser : revenir vers le début du champ, virage à 90 degrés et là, record de FRANCE du sprint, en position pré-chute… je cours, je cours, à m'en faire péter les poumons ! Par chance, la pente est forte et le paysan a ménagé un petit lé de passage tout au long du champ.Là-haut, les camions ont stoppé et ça gueule! ça gueule ! puis, soudain, ça tire : pan ! pan, pan, pan ! c'est au fusil. L'auto blindée n'a pas eu le loisir de se positionner, sinon ce serait à la mitrailleuse. En plus, c'est au jugé, puisque je n'entends pas siffler les balles : c'est vrai qu'avec le bon petit vent qui souffle, tous les tournesols s'agitent à qui mieux mieux. Alors, ils tirent sur ce qu'ils voient bouger, mes nazillons ! Ils me croient dans le champ alors que je fonce en lisière. Là, calmons-nous, c'est le bout du champ : un talus raide qui se casse sur la plaine, plein de chiendent… chouette ! sur les fesses, séance de bobsleigh, jusqu'au chemin creux. Prendre à droite, vite et chercher un écran. A quelque vingt mètres, des genêts bien touffus ! Je me tapis et regarde vers le haut: je ne vois que le véhicule blindé, immobile, la pente et les tournesols me cachant les camions et l'agitation des soldats. Est-ce que ces salauds vont prendre ma piste ? Ils n'ont pas de chien avec eux, par bonheur. De toute façon, je ne peux plus courir, il me faut souffler un peu : j'ai le coeur qui joue la SIDI-BRAHIM au pas relevé et ces deux cigarettes, coup sur coup, n'ont pas amélioré mon inspir ! Je cherche l'air, comme un mérou à l'asphyxie, sans perdre de vue le talus, les tournesols, l'auto blindée. Ça tiraillotte encore un peu, mais sans conviction, semble-t-il ! Puis, plus rien… que le vent qui drosse mes braves tournesols dans tous les azimuts. 
Tiens ? La blindée redémarre… aussi le premier camion ! Comptons-les bien : si j'en vois quatre, je suis sauvé ! deux… trois… quatre ! J'ai les jambes en bandes molletières. Mais c'est si bon, la liberté ! Un grand bol d'air, et maintenant, il faut regagner VOLX puis SAINT-MAIME, parce que je les connais, GEO, CRICELLI et les autres : ça doit être le branle-bas de combat avec alerte chez RENAUD. D'ici à ce qu'ils aient rameuté PIERRE et GINO qui sont aujourd'hui chez GIRARD à MANE ! Ça doit cogiter dur pour me tirer des griffes des boches, mort ou vif, comme ils doivent dire. Je suis vif, c'est déjà ça. 
A travers les terres gastes (je ne tiens plus à remonter le long du champ !) je rejoins la route et j'émerge : pas un chat, pas un camion ni à babord, ni à tribord. Alors, un sprint pépère, sans forcer : me voilà au croisement. Encore un sprint moderato pour ne pas être trop en vue de VOLX et gagner la petite route qui y conduit. Ça va bien, presque trop bien. Mais j'ai NOTRE-DAME-DES-ANGES à ma dextre et c'est rassurant : c'est dingue ce qu'on peut s'accrocher aux croyances de l'enfance, dans le danger ! 
Quoi ? Un bruit de moto ? Mais… mais c'est GROBOZ qui descend de VOLX, justement ! La joie me rejoue la SIDI-BRAHIM au palpitant: je bats des bras en ailes de moulin… et mon Edmond, tout sourire, qui s'exclame : 
- Ah ! Te voilà ! On t'a cru bien fichu, tu sais ? 
- Pas d'histoires ! Mène-moi à VOLX : il faut empêcher RENAUD de monter une opération… 
- Non ! RENAUD n'est pas là pour le moment. Je te ramène d'abord à SAINT-MAIME, parce que, tu comprends, Alfred, Adam et les autres, ils ont déjà sorti la JUVA et ils vont foncer pour rattraper ton convoi : ils ont téléphoné à VOLX pour demander du renfort… 
- Bon ! Alors, grouille-toi, vieux ! 
Et jamais ce brave GROBOZ n'a conduit si vite notre moto. 
SAINT-MAIME en vue. Cent mètres avant, sur le bord de la route, GEO. Ça fait un sacré plaisir de la revoir ! Elle s'avance et je lui dis qu'on fonce pour empêcher les copains de… 
- Pas la peine : je vous ai vu de loin. J'étais avec MARTHE. Elle est retournée pour stopper l'opération et tout le monde doit vous attendre chez LAURENT ! 
- Pas question ! On retourne à VOLX, parce que dès que RENAUD va rentrer, il va… 
- Inutile ! J'ai dit à MARTHE de téléphoner au café de VOLX. Tu sais que RENAUD s'y arrête chaque fois, pour les liaisons. Alors ils lui diront que tu es bien revenu de ton voyage. 
Ça, c'était GEO : elle pensait à tout, agissait vite et plus que bien ! On la prend en sandwich sur la moto, entre Edmond et moi : direction LAURENT. 
Retrouvailles au bar, accolades, grandes tapes dans le dos, brouhaha, chocs des verres de pastis, chaude ambiance ! 
C'est alors que GROBOZ laisse tomber négligemment : 
- Tu sais, BERTIN et moi on a bien failli y passer, nous aussi ! 
- Comment ça ? 
- Ben… j'avais loupé la petite route avant VOLX. Alors, pour pas faire demi-tour, j'ai continué jusqu'au carrefour… et là, on est tombé en plein travers d'un convoi boche ! 
- Mais, vieille tête de mule, je t'avais bien spécifié : la petite route avant l'embranchement!  
- Oui, mais je l'avais dépassé ! Plus le choix, tu vois ? Je nous infiltre entre deux camions et je gueule un " Heil HITLER " en tendant le bras ! Les Boches, dans le camion de devant, ils ouvrent des yeux comme des soucoupes : tu comprends, avec nos STEN en bandoulière, ils se demandent si c'est du lard ou du cochon ! Mais ils font aussi " Heil HITLER ", le bras tendu ! Tu sais, je parle bien l'allemand, le silésien plutôt et je brame à un Feldwebel qui me zieutait d'un sale oeil au milieu de ses troupiers : " Chasse aux terroristes ! Vous aussi ? " - Non, qu'il me répond, nous on rentre à la caserne. Et vous, où allez-vous ? - " Nous, tout près, là, au premier bourg ! On va essayer d'en débusquer quelques-uns de ces salauds ! " - " Bonne chasse ! " qu'il me répond en rigolant. Et nous on vire à droite, en plein dans VOLX pendant qu'ils continuent sur MANOSQUE. 
- Vous avez eu un sacré pot ! Suppose que tu n'aies pas parlé boche ? 
- Ben ! Ils nous tiraient comme des lapins ! Le BERTIN, je sentais ses genoux qui jouaient des castagnettes ! Parce que lui, il ne comprend pas un mot d'allemand… alors, du silésien, tu parles… 
Tout le monde s'esclaffe. Sacré GROBOZ, pas si empoté qu'il en a l'air ! Là-dessus, bruit de moto devant l'hôtel. Qu'est-ce encore ? Les STEN et les revolvers jaillissent : si c'est un milicien, il va avoir sa fête ! 
- Salut ! Où est Marcel ? 
C'est RENAUD… et en uniforme de milicien ! Il avait piqué je ne sais où une carte authentique de chef de trentaine de la milice de SISTERON et s'en servait lors des coups de main sur MANOSQUE, entre autres, en tenue ad hoc. 
- Salut, RENAUD ! Je suis là. Alors, tu arrives de MANOSQUE ? 
- Comment le sais-tu ? Dis donc, tu peux te vanter de nous avoir flanqué une sacrée émotion… et l'autre aussi, là ! dit-il en désignant GROBOZ qui en minaude presque, tout heureux d'avoir les honneurs de l'ordre du jour!  
- Je parie qu'avec ZOFF vous aviez déjà monté un dispositif… 
- Oui ! pour te tirer de leurs pattes… 
- Mort ou vif, bien sûr ! 
- Vif de préférence. Mais pour t'éviter la torture… 
- Merci ! Tu manges avec nous, tout à l'heure, d'ac ? 
- Pas de refus. 
Quel repas, mes aïeux ! Mireille LAURENT s'était surpassée et on a fait honneur à sa cuisine, croyez-le ! C'est que les émotions, ça creuse ! 
Au beau milieu du festin, j'éclate de rire et, devant l'air ébahi de tout un chacun, j'explique:  
- Imaginez la gueule des nazis, s'ils arrivaient : toute une tablée de forbans à moitié saouls, présidée par un milicien en uniforme, là, au P.C. des terroristes ! 
Et chacun de faire chorus dans la rigolade. 
 
C'était tout cela, l'imprévu. Egalement, un pneu qui crève au mauvais moment, un rendez-vous manqué, une liaison qui " foire ", un parachutage remis ou qui se transforme en mitraillage et bombardement, un incident mineur qui détraque une opération bien " huilée ", un quidam inattendu qu'il faut prendre en charge, et mille autres grains de sable ! 
Pour parer à cet imprévu, que nous restait-il? D'abord, la chance, la baraka. Ensuite le cran et l'astuce pour saisir l'occasion aux cheveux et s'y cramponner. Enfin, le Service MARITHE-Téléphone et le Groupe GEO-Action, pour étayer, canaliser, valoriser l'ardeur des combattants. 
C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner de voir autant de noms féminins figurer aux effectifs d'un Corps-Franc, qu'on imaginerait plus volontiers formé exclusivement de durs à cuire du sexe fort. Mais je crois toujours très fermement que l'élément féminin a joué un rôle primordial dans la Résistance. 
Déjà, en 1914-18, lorsque trois millions de poilus tenaient au front, les femmes commencèrent à conquérir leur liberté, à marcher vers l'égalité, aux usines comme aux champs. 
Or, en 1944, les filles de la génération des Géo GOIN, des MARITHE et Nizou LAURENT, des Malou GROULIER, des Marie-Ange BASSET, des Andrée GASTINEL, sentaient confusément qu'elles étaient aptes à devenir libres et égales, donc à combattre aux côtés des hommes. Alors, pourquoi pas aux côtés des meilleurs, ceux des Corps-Francs ? 
Elles s'en montrèrent dignes, au-delà des éloges, je m'en porte garant. La preuve en est dans la confiance sans bornes que leur prodiguèrent les plus acharnés de nos gars, les CRICELLI, COLOMB, MISIASZEK, KLIMEK, GERARDINI, GROBOZ… Si ceux-là croyaient à l'égalité des femmes et des hommes des Corps-Francs, c'est que cette égalité était réelle. Elle l'était d'ailleurs dans les risques courus : mort avec ou sans tortures, avant, pendant ou après déportation ! 
Cela seul suffirait à justifier leur présence à nos côtés. 
 
 
.c.APT : TOUTOU DAKAR; 
 
22 Août 1944 - Avant la prime naissance de l'aube, nous cheminions sur deux colonnes à la queue leu leu vers la ville d'APT. Nous, c'était les Corps-Francs de VOLX-MANE et St MAIME-FORCALQUIER. Tout alentour de la cité de l'ocre et des fruits confits, des groupes de Maquis des environs convergeaient aussi. 
La veille au soir, à CERESTE, le Major écossais BINGS, commandant l'opération, nous avait breefé dans une salle d'école et je revois encore, au tableau noir, l'objectif - APT cerné de petites flèches - les Maquis et Corps-Francs - et traversé d'une grosse flèche rouge : les blindés américains. Puis, dans la nuit, des camions nous avaient bringuebalé jusqu'à 5 ou 6 km de la Sous-Préfecture comtadine. 
Donc, mon Corps-Franc cheminait en silence : en tête, un éclaireur… ensuite DAKAR la chienne-louve de RENAUD-CANDELIER qui m'avait pris en affection et me précédait… puis tous les combattants de notre Corps-Franc, sur les bas-côtés d'une petite route. 
Sur l'autre bas-côté, c'était le Corps-Franc de ZOFF-AUHAN, sur lequel nous avions quelques dizaines de mètres d'avance, leur terrain étant plus accidenté que le nôtre. 
L'ensemble était commandé par RENAUD-CANDELIER, bien entendu. Nous n'allions pas trop vite les uns et les autres, car nous savions que l'attaque ne se déclencherait qu'au début du jour, au signal du premier coup de canon tiré par un char américain. Mais, piano-piano, nous avancions. 
Brusquement, une silhouette sort de l'ombre: un homme en civil mais avec une certaine raideur militaire dans l'allure, qui m'interpelle à voix basse : 
- Vous êtes Officier français ? 
- Oui ! et ma main glisse d'instinct jusqu'à la crosse de mon COLT. 
- Avez-vous vu où vous allez ? 
- Bien sûr ! Pourquoi ? 
- Regardez en contrebas, sur votre droite… 
Nom d'un sacré Maquisard ! Juste en-dessous, dans une clairière, à moins de cent mètres, plusieurs chars allemands avec leurs équipages qui cassent la croûte, se rasent, fument ou rêvent ! et nous qui y allions droit dessus ! D'un geste, je fais signe à notre éclaireur de se coucher… J'en fais autant, après avoir donné l'ordre à mon suivant : 
- Tous couchés, immédiatement, sauf le dernier pour avertir RENAUD : plusieurs chars boches, devant, à droite, en contrebas ! 
Le civil rentre dans l'ombre avec un léger sourire et mon merci murmuré : il est vrai que peu de jours auparavant la Résistance locale s'était heurtée aux nazis et avait éprouvé de lourdes pertes. 
La colonne ZOFF a vu notre manège : tout le monde aussi, de ce côté-là, se couche. En rampant, nous gagnons un abri : pour nous un champ de vignes providentiel tout à côté, pour eux un boqueteau voisin. Puis, d'homme en homme, RENAUD nous fait passer le fusil-mitrailleur et ses six chargeurs : c'était toute notre artillerie lourde ! 
J'avais bien tenté, la veille au soir lors du breefing, d'obtenir qu'on nous dote de notre mitrailleuse BROWNING. Ça n'entrait pas dans les plans de l'Etat-Major : " Un F.M. par colonne, ça suffit pour nettoyer la ville ! ". J'avais alors essayé d'obtenir cinq ou six fusils à onze coups pour nos tireurs d'élite. Réponse : 
- Ce sera un combat de chars. Vous n'êtes qu'en appui des blindés alliés. Vos STEN feront l'affaire ! 
J'avais alors fermé ma gueule : il était si péremptoire, le Capitaine qui avait daigné perdre quinze secondes dans son uniforme rutilant frais sorti de la naphtaline, pour répliquer au minable petit Sous-Lieutenant mal fringué que j'étais ! Et puis, quoi, à l'Etat-Major, on connaît le métier, non ? Le Major BINGS, lui, m'avait jeté un petit coup d'oeil où luisait comme un soupçon d'intérêt amusé… mais avec les Britanniques, allez donc savoir où commence l'intérêt et où finit l'humour ? 
Bref, à l'instant où RENAUD nous envoyait le F.M., je regrettais amèrement notre bonne mitrailleuse qui nous aurait permis, bien à l'aise, de balayer tout le paquet de nazis groupés dans la clairière en même temps que nos tireurs d'élite auraient abattu ceux des Allemands isolés se tenant près de leurs engins. On se serait retrouvés avec cinq ou six chars pris sans peine et sans dégâts pour nous… mais cela n'entrait pas " dans les plans de l'Etat-Major " où des Officiers si pimpants dans leurs tenues rénovées connaissent si bien le métier ! Le rêve passe… Alors, restons couchés sous nos vignes. Je caressai DAKAR allongée à mes côtés pour qu'elle se tienne tranquille. Et l'attente du coup de canon du premier char américain continue. 
Avec l'aurore, puis la montée du soleil d'Août, la faim commence à nous tirailler l'estomac : nous étions à jeun depuis la veille à midi. Que voulez-vous ? L'Intendance qui, elle aussi, connaît si bien le métier, n'avait pas suivi!  
Pas question, bien sûr, de fumer : nous nous serions fait repérer illico. A voix basse, je fais passer l'ordre : 
- Rabattez vos manches de chemise sur vos montres et gardez vos STEN à terre : pas d'éclats de soleil sous les vignes ! 
DAKAR trouve le temps long et remue de plus en plus, même quand je lui caresse le ventre, ce qu'elle adore d'habitude ! 
Et l'attente qui s'éternise ! Mais qu'est-ce qu'ils foutent donc, les Ricains ? Le soleil continue à monter, plein ciel. 
Tiens ? Les boches se rapprochent de leurs chars, sans hâte… bruits de moteurs… les voilà qui embarquent ! Où vont-ils se diriger ? Si c'est vers nous, prions que les feuilles de vigne nous cachent mieux qu'elles le firent pour ADAM et EVE… parce que des STEN et un F.M. contre l'artillerie des blindés, c'est gagné… pour eux ! 
On ne perd pas de vue les mouvements des chars nazis : ça manoeuvre, ça vire, ça s'aligne, toujours sous l'abri des arbres… ça tourne… ouf ! direction APT ! Ils s'éloignent lentement. On a eu chaud. 
Mais DAKAR ? Où est DAKAR ? profitant du bruit et de l'agitation de nos ennemis, la farceuse a pris le large. Cela m'ennuie fort : j'ai peur qu'elle se fasse flinguer ou écraser. Je râle in petto, mais pas question de la siffler, les engins adverses sont encore trop près. 
A ce moment, ordre de RENAUD : 
- Décrochez sans bruit ! Retour à la base départ ! 
Merde ! Il va falloir se refarcir tout le chemin parcouru dès potron-minet et dans ce sens-là, en plus, ça monte ! Y'a d'la joie ! Saint TRENET, priez pour nous ! On repart donc, à l'envers, d'abord en rampant, puis courbés, puis debout ! Je me retrouve avant-dernier avec mon éclaireur en serre-file portant le F.M., moi les chargeurs. Je ravale quelques jurons bien sentis contre les Amerloks, les Officiers d'Etat-Major si mignons qui… etc… mais je suis la file ! Soufflant, suant, ronchonnant, nous voilà tous regroupés en haut de la côte, sous des arbres, autour de RENAUD. Là, au moins, on peut fumer ! Chacun suppute si l'opération est remise ou retardée, si les camions vont revenir nous récupérer, si on va essayer de trouver à bouffer dans le coin, si… si… le temps s'écoule. Bientôt midi ! Il nous devient insupportable d'attendre pour rien et le ventre vide depuis vingt-quatre heures ! Boum ! Ça y est ! Le fameux coup de canon-signal ! 
Branle-bas de combat : on dévale le chemin du matin au pas de course, les deux colonnes mêlées. Enfin, on va pouvoir se battre et libérer la ville ! Mais six kilomètres, même au pas de charge, car la fatigue a ralenti notre allure, cela prend du temps ! 
Une rue… des maisons, et au loin dans le centre-ville, quelques rafales, quelques coups de feu isolés. Rasant les façades, nous progressons sur deux files maintenant, les STEN braquées. Nous avançons… encore… encore… Tiens ? des civils, quelques uniformes mêlés à des Maquisards. La foule commence à arriver. Nous aussi ! et là, au milieu de la place, un char, le char américain ! avec autour le Major BINGS en kilt et ses Officiers, quelques jeeps et la foule qui s'épaissit, les tonneaux de vin qui surgissent sur les trottoirs avec des fûts métalliques de confiture… mais pas de pain ! Et, fière d'elle, gambadant en remuant la queue, notre DAKAR saine et sauve qui n'avait pas eu notre patience. Elle avait appliqué pour son compte la devise du Général PATTON : " Droit devant ! Et en vitesse ! ". 
Je ne jurerais pas qu'il n'y avait, dans son bon regard d'animal, un peu d'ironie, semblant nous dire : " Alors, mes lambins ? On a fini par le trouver, ce chemin de la ville ? ". 
Tout en bâfrant à pleines louches les confitures offertes par l'habitant et en buvant son vin jusqu'à plus soif, nous apprenons que les chars américains, à court de carburant, n'ont pu en déléguer - et avec quel retard ! - qu'un seul… mais qu'à son coup de canon, les blindés nazis ont décroché. Il n'y a donc pas eu de combat, sauf un side-car allemand mitraillé au F.M. avec ses trois occupants, mais un coup de bluff ou de chance… qui a réussi. 
Ainsi fut libérée, par DAKAR en premier, la ville d'APT. 
 
 
.c.FORCALQUIER : COMMANDANT X…; 
 
Août 1944. Nos Corps-Francs, en état d'alerte " rouge ", appréhendent un individu de passage qu'ils interrogent. Il se prétend Commandant et exhibe, en le tirant de son stylo, un mini rouleau de papier tenant lieu - dit-il - d'Ordre de Mission signé DE GAULLE. Cela paraît plus que suspect à mon Adjoint CRICELLI, qui m'alerte. Je procède à un contre-interrogatoire de l'interpellé qui, peu à peu, finit par me convaincre de sa bonne foi : les noms des Résistants qu'il m'énonce, les faits précis qu'il cite, tout plaide en sa faveur, d'autant qu'il enrage visiblement du retard que nous lui causons de gagner LARAGNE et le P.C. de la Résistance où il est attendu. 
On discute encore un peu, puis je lui propose un marché : notre Juva va le conduire fissa-fissa à LARAGNE sous deux conditions : la première, qu'il fasse procéder à un plein d'essence à ras-bord du véhicule pour son retour, la deuxième, puisqu'il prétend avoir un contact-radio par LARAGNE avec l'Etat-Major, que ce dernier obtienne des Américains qu'ils arrêtent les bombardements inutiles et sanglants du viaduc de FORCALQUIER, splendide oeuvre d'art en courbe qui ouvre la route de BANON et que nous maîtrisions sans mal nous-mêmes. 
Le Commandant X… tint parole : la Juva conduite par CONSTANT alias GRAND-PERE revint avec réservoir plein et deux bidons d'essence supplémentaires… les bombardements du viaduc de FORCALQUIER cessèrent. 
 
Bien plus tard, lors d'une évocation à bâtons rompus de ces événements dans mon service, j'eus la surprise de voir une demoiselle d'un certain âge, Miss STOCKLET, se lever, les larmes aux yeux, me serrer la main et me dire : 
- Merci ! Je suis la petite fille de l'ingénieur qui a construit ce viaduc de FORCALQUIER ! 
La vie réserve parfois des rencontres surprenantes, que l'on dirait manigancées par quelque romancier trop imaginatif. Celle-là était la preuve que la Résistance n'a pas seulement détruit, mais qu'elle a su également protéger et préserver. 
 
 
.c.DIE : COLOMB ET MEJEAN; 
 
Depuis plus de deux ans Pierre COLOMB était sans nouvelles de sa grand-mère qui l'avait élevé et qu'il avait laissée à DIE, leur ville natale, pour servir aux Chantiers de Jeunesse puis au Maquis. 
Le mois d'Août 1944 allait se terminer et Pierre bouillait du désir de revoir cette chère vieille dame avant d'être intégré au Bataillon "BLEONE 20 " de la 1ère Brigade Bas-Alpine, donc de monter au front des Alpes à JAUSIERS-BARCELONNETTE. 
Qu'à cela ne tienne : j'en parle à CANDELIER-RENAUD qui nous accorde trois jours de permission, délais de route inclus. 
Nous voilà quittant SAINT-MAIME de bon matin, pour DIE, sur une vieille moto de 350 centimètres cubes, MONNET-GOYON me semble-t-il, qui avait la particularité d'être dotée d'un guidon souple (mais oui !) fait de câbles d'acier tressé, d'amortisseurs de transmission intégrés au pignon arrière et d'un graissage d'huile à barbotage ! Le dernier cri de la technique ! 
Nous traversons DIGNE, puis SISTERON, mêlés aux convois américains que nous dépassons allègrement avec force " Hello ! " joyeux. C'est moi qui conduis, Pierre en tandsad, la STEN en bandoulière. 
Peu à peu les convois alliés s'espacent. Après LARAGNE, nous doublons le dernier d'entre eux, leur avant-garde. Surprise ! Nous reconnaissons sur le bras de leurs battle-dress l'emblème du Tigre, le même que celui de nos libérateurs de FORCALQUIER, le blason des troupes de choc des blindés. Bigre ! C'est donc que devant, il n'y a plus d'Américains. Pierre prend alors sa STEN à pleines mains, car nous risquons de venir buter sur quelque arrière-garde nazie : quoique en déroute, ces gars-là ne nous feraient aucun cadeau. 
Col de CABRE. Avant d'attaquer ce morceau de bravoure routière montagnarde, halte au bistrot du coin où un café brûlant (ou ce qui en tient lieu) sera le bienvenu, car il ne fait pas chaud en altitude. D'autre part, on pourra s'y renseigner sur la présence éventuelle des boches. 
Il fallait voir la tête des braves cafetiers pendant que nous leur exposions notre projet ! 
- Vous êtes fous ! Il y a moins d'une heure que les Allemands sont passés ici devant… un gros convoi, et armé fallait voir comme ! Attendez les Américains, puisqu'ils vous suivent, mais n'allez pas à deux, vous mesurer à toute cette armada ! 
Et patati, et patata ! Il en aurait fallu plus pour nous décourager. Je demande à Pierre : 
- Tu as bien pris quatre chargeurs ? 
- Bien sûr ! On ne part pas les mains vides ! 
Alors, avec les six coups de mon vieux COLT modèle 95 modifié je ne sais plus quand, on est paré. 
Pas question de régler nos cafés : ces braves gens refusent et même - c'est malin l'Alpin, savez-vous ? - nous offrent une deuxième tournée, des fois que les Ricains arriveraient avant notre départ ! On boit sur le pouce. On remercie. On repart. 
Cette montée du Col de CABRE, quel calvaire ! la route bouleversée par des impacts de bombes aériennes et les chenilles des blindés, un slalom incessant, des passages à pied en poussant la moto, Pierre aux aguets, cherchant à l'orée de la forêt toute proche la présence suspecte d'un tireur isolé… deçà, delà, un camion calciné, un cadavre d'Allemand ! Brrr… ça fait froid dans le dos. 
En plus, la moto consomme sacrément en montagne et quand je toque du doigt sur le réservoir, ça sonne un peu le vide ! On avance plutôt lentement, l'heure tourne et cette montée en lacets serrés qui n'en finit pas ! 
Tout à coup, là, sur le bas-côté, une ZUNDAP allemande demi-couchée, les pneus éclatés et son conducteur mort dans le fossé ! Je sors le pipe-vin (un tuyau de caoutchouc d'un bon mètre et demi de long) et nous voilà transvasant l'essence de la moto boche dans le réservoir de la nôtre. Pouah ! Leur gazoline n'a pas meilleur goût que la benzine des Amerloks ! On crache. On en " grille une " en vitesse pour se nettoyer la bouche et de nouveau, en route ! Slaloms, poussettes à pied, redémarrages en première, on avance. Enfin, le sommet, la maison forestière, la pente qui s'amorce. Je coupe le contact et ferme le robinet d'essence : on descendra en roue libre, au moins ce sera économique et silencieux ! et on pourra se parler. 
Je fais remarquer à Pierre : 
- Tu as vu, tous ces macchabées nazis ? Aucun n'a son arme avec lui. Sûrement qu'ils récupèrent les armes mais qu'ils laissent les cadavres là où ils sont ! 
- Sûrement ! répond Pierre, toujours aussi loquace lorsqu'il y a un danger qui rôde ! Bah ! S'il ne veut pas parler, c'est qu'il surveille les bas-côtés… il se rattrapera plus tard ! Il a raison, pas le moment d'être distrait. D'autant que notre roue arrière, pourtant bien gonflée fait un curieux bruit saccadé, côté pignon me semble-t-il. Continuons, on verra bien. 
A BEAURIERES, au pied du col, on se renseigne : un paysan complaisant nous confirme qu'il y a un peu plus d'une heure qu'un convoi boche fortement armé est passé par là. Tiens ? On a pris un peu de retard sur eux… au fond, c'est rassurant : s'ils vont si vite, c'est qu'ils ne prennent pas la peine de laisser des tireurs isolés derrière eux. 
Nous repartons, pleins gaz. La route est presque belle jusqu'à DIE, par LUC EN DIOIS, RECOUBEAU et PONT-DE-QUART (la banlieue, quoi !), qu'on traverse en trombe sans rencontrer grand monde. A notre dextre, le GLANDASSE monte la garde du haut de ses plus de deux mille mètres. Pierre hume l'air du pays et s'agite à l'arrière… à moins que ce soit cette satanée saleté de roue qui se trémousse de plus en plus ! Tiendra-t-elle jusqu'à DIE ? 
Enfin, DIE ! Quelle foule ! Des Maquisards, des militaires, des drapeaux, des cris, des rires, des embrassades : nous arrivons juste après les derniers coups de feu, à l'instant précis où la Libération est consommée, à laquelle, à une demi-heure près, nous aurions tant aimé participer ! Surtout Pierre, l'enfant du pays, qui s'en excuse auprès de son oncle, le très valeureux Capitaine MEJEAN, Chef de l'Armée Secrète Dioise. Ce dernier nous console : 
- Vous êtes quand même arrivés avant les Américains ! et réquisitionne pour nous un garagiste qui examine notre moto et diagnostique : 
- Les amortisseurs de transmission sont morts ! Il faut les remplacer par des rondelles de cuir…, d'où : réquisition d'un cordonnier pour nous fabriquer sur place, en partant d'un ceinturon militaire, les rondelles en question que le garagiste accepte de replacer immédiatement. Notre bécane est remise en état : nous pouvons aller embrasser la bonne grand-mère. 
Décrire la fiesta qui suivit ? A quoi bon, toutes les Libérations se ressemblaient : la grand-mère pleurait de joie et mettait à sac ses petites réserves pour nous nourrir… les copains retrouvés de Pierre ouvraient bouteille sur bouteille de clairette… l'allégresse jaillissait tout autour de nous… et le temps passa si vite que l'heure du départ avait sonné alors que nous avions l'impression d'être à peine arrivés ! J'ai serré tant de mains inconnues, embrassé tant de filles qui m'ont paru chacune plus belles que l'autre, salué tant de monde, qu'au retour, la route m'a semblé facile, les amortisseurs jouant bien leur rôle et Pierre COLOMB, redevenu bavard, m'expliquant avec force détails qui était qui, par rapport à qui, et pourquoi et comment ! 
Je garde une pensée reconnaissante à son oncle, le Capitaine Paul MEJEAN qui nous avait si efficacement fait dépanner. J'ai su qu'il avait occupé par la suite un poste éminent de Secrétaire (ou Inspecteur) Général du Ministère de l'Education Nationale, avant que la mort ne vienne interrompre prématurément sa retraite : c'était une fière figure de la Résistance du DIOIS, la garde Sud du VERCORS. 
 
 
.c.DISTRICT D.3 : FIFIS; 
 
Fin Août 1944. Une grange transformée en bal populaire quelque part dans notre district, après la Libération. 
Il fait nuit. On nous signale que dans cette grange que nous connaissons bien pour nous y être abrités certaines nuits, un bal avec " tonte de cheveux " est en cours. J'avise CRICELLI : 
- Alfred, prends ta STEN et quatre chargeurs : on va aller calmer des Fifis tondeurs ! 
Il obtempère joyeusement. Je mets la moto en marche, il saute en tandsad et, à fond, direction la grange. 
A quelque trente mètres, je coupe les gaz et nous arrivons en silence, sur l'élan, au seuil du boui-boui. 
Saut en voltige. On fait irruption, Alfred la STEN braquée et son oeil des mauvais jours, moi la main sur la crosse de mon COLT. 
Silence immédiat ! Le zinzin stoppe sa musique, les danseurs leur slow. Tous les visages sont tournés vers nous. Moi, je ne vois que les " punies " : trois femmes, sur l'estrade, mains liées derrière le dos, hagardes, déjà à moitié dépoitraillées, mais pas encore tondues ! 
Lentement, très lentement, je sors mon COLT de son étui et je m'entends dire d'une voix tranchante : 
- Détachez ces femmes ! Vite ! 
Il y a un léger flottement dans l'assistance, personne ne se décidant à monter sur l'estrade. D'un geste sec, je couche en arrière le chien de mon COLT et du même geste CRICELLI arme le percuteur de sa STEN : ça fait clic ! clac ! dans le silence… alors, un des gars de l'orchestre, le guitariste - je crois - se met à chevroter : 
- Tirez pas ! Je les détache. 
Il s'escrime un moment sur les ficelles. Les filles ont les mains libres et toutes trois le même réflexe ! se frictionner les poignets. Je les appelle : 
- Venez par ici ! 
Elles trottinent jusqu'à nous sur leurs semelles de bois. CRICELLI leur dit à voix basse : 
- Foutez le camp ! mais pas chez vous, chez des amis pour la nuit ! 
Pas besoin de leur répéter le conseil. Elles détalent dans l'obscurité. Nous, on est toujours là, avec la STEN et le COLT… et tous ces andouilles immobiles, même ceux qui ne dansaient pas et font tapisserie avec leur brassard tricolore et leur flingue entre les jambes ! D'où sortent-ils ces zygotos, c'est étrange, je n'en connais aucun ! 
Il nous faut gagner un peu de temps pour laisser aux trois femmes le loisir de bien s'éloigner. Je lève le bras gauche et, d'un ton qu'aurait aimé Salvador DALI, j'ordonne : 
- Musique ! Maestro ! 
Le zinzin reprend son slow, les danseurs aussi. Les Fifis en tapisserie font une gueule de bouledogue à qui on a pris son os ! Nous, nous bloquons toujours la seule issue. 
Après le slow, l'orchestre enchaîne sur un tango. Je murmure à CRICELLI : 
- Alfred ! Tiens-les toujours en respect ! Je mets la moto en route. 
Quik, vraoum, ça démarre : je vire pour positionner l'arrière de la moto à une enjambée d'Alfred : il saute et on fonce, pleins gaz, avant qu'aucun Fifi ait même l'idée de se servir de son fusil. 
Les trois femmes sont loin. Nous aussi. Que les autres dansent ! 
 
Cette scène, nous l'avons vécu deux ou trois fois, à quelques nuances près. De même, je dus avec CRICELLI arracher des griffes du Comité d'Epuration de FORCALQUIER, les armes à la main, le père et le fils BIELAK emprisonnés… le père " parce qu'on l'avait vu parler avec des Allemands " (parbleu ! Qui nous aurait tenu au courant des intentions de nos ennemis si nous n'avions pas eu quelques agents entendant leur langue ou les faisant parler ?)… et le fils " parce qu'il était le fils de son père " ! ! ! 
Ces anecdotes me remettent en mémoire la meilleure des répliques de l'actrice ARLETY qu'un juge accusait d'avoir eu un amant nazi : 
- Si mon coeur est français, mon cul est international ! 
La forme est un peu crue, mais sur le fond, elle avait raison. 
Car lorsqu'une épuration s'avère nécessaire, elle ne peut porter que sur deux délits criminels:  
- l'intelligence avec l'ennemi (ou la trahison) ayant provoqué ou tenté sciemment de provoquer la mort ou la déportation d'un patriote et là, une seule peine possible : l'exécution immédiate 
- l'enrichissement outrancier par collaboration avec l'ennemi : il suffit alors de prononcer la confiscation des biens et bénéfices illicites ou le paiement d'une amende proportionnelle au taux de l'enrichissement. 
Pour tous les autres cas, l'acquittement s'impose qui démontre que l'arrestation était superflue, donc nuisible. 
Les jurés populaires en ont bien souvent autrement décidé, surtout lorsqu'ils n'avaient pas, braqués sur eux, le canon froid et noir d'une STEN ou d'un COLT tenus par d'authentiques Maquisards réputés pour bien savoir s'en servir et ne pas hésiter à le faire pour défendre un innocent. 
 
Mais cette ombre sale de l'Epuration, qui fut à la Résistance - toutes proportions gardées - ce que la Terreur fut à la Révolution de 1789, m'a toujours laissé un dégoût amer. 
Il est dur, après avoir défendu, au risque de mort quotidienne, un Idéal de LIBERTE, d'EQUITE et de FRATERNITE, de voir cet idéal souillé par des individus qui, pour le plus grand nombre, avaient fait partie de la masse larvaire des attentistes, avant de se métamorphoser, tous dangers disparus, en impitoyables justiciers quand ce n'était pas en féroces bourreaux. 
 
L'Honneur reconquis de la FRANCE n'avait nul besoin de leur souillure ! 
 
 
 
POUR .c.CONCLURE 
 
Il n'y aura pas de suite aux " COMBATTANTS DE L'OMBRE ". 
L'essentiel est écrit. Vouloir y rajouter quelques anecdotes inédites ne serait que radotage de vieil homme en vaine quête de sa jeunesse morte… une déchéance, en quelque sorte ! 
Pour conclure, après les récits des événements et les hommages rendus à toutes celles et à tous ceux de mes camarades de combat dont je suis témoin qu'ils ont servi, il me faut signaler à l'usage du Chercheur et de l'Historien de demain, certains obstacles qui risquent de perturber leur quête de VERITE. 
Le premier réside dans l'utilisation abusive par quelques Partis politiques, sectes religieuses ou éthnies raciales, des faits d'armes de la Résistance authentique. Je n'ai connu, pour ma part, aucun Parti, aucune secte, aucune éthnie composée exclusivement de Résistants. Il y eut, dans chacune des formations politiques, religieuses, philosophiques ou raciales de cette époque, du meilleur (parfois jusqu'au sublime), du médiocre et du pire (souvent jusqu'au méprisable)… du patriote, du je-m'en-foutiste et du collaborateur. Il y a des Juifs qui, pour survivre ou prospérer, ont livré ou laissé livrer d'autres Juifs à l'Occupant… des Gitans qui ont fait de même avec leurs frères de race… des chrétiens, des athées, des francs-maçons, des libres-penseurs, des royalistes, des républicains, des radicaux, des socialistes, des démocrates-chrétiens, des communistes, qui en ont fait tout autant avec leurs amis ou camarades… et cela non seulement dans la Résistance, mais aussi - ce qui est plus atroce encore - dans l'enfer des camps de la mort lente ! 
Il y eut la grande masse des non-engagés, préférant une existence même honteuse au choix d'un camp, quel qu'il fut ! Entre l'Honneur de servir la FRANCE et le déshonneur de servir l'ennemi, ceux-là se sont englués et avilis dans l'asservissement à leurs petits besoins, lorsqu'ils ne se réfugiaient pas à l'étranger, loin des risques, pour y mendier quelques gloriole de propagande. 
Le deuxième obstacle, plus difficile à discerner, consiste dans l'enflure des effectifs de la Résistance. Combien de Groupements ont eu tendance, après la Libération, à accueillir dans leur sein des éléments jusqu'alors non-engagés, neutres ou parfois même hostiles, ceci pour apparaître comme plus importants que les Mouvements rivaux ou, plus vilement encore, pour renflouer leur trésorerie ! 
Or, l'expérience m'a prouvé qu'en attribuant environ à 10 % de la population des actions plus ou moins valables dans la Résistance, 10 % servant avec plus ou moins d'ardeur l'ennemi et 80 % se tenant hors du combat, on est très proche de la vérité, à quelques décimales près. Encore sera-t-il sage de moduler ces proportions en fonction des conditions locales, d'où l'importance du terroir sur laquelle on n'insistera jamais assez : la BEAUCE n'est pas le VERCORS ! 
Le troisième obstacle réside dans le rôle réel des chefs, leur charisme, l'attractivité de leur personnalité : un seul LECLERC pour toute l'AFRIQUE Française ! Un DE GAULLE si longtemps opposé à GIRAUD pour les Français Libres ! C'est assez dire que " l'effet boule de neige " attribué à tel ou tel autre chef doit être soigneusement évalué. Qui se souvient encore qu'au summum du rayonnement du Maréchal PETAIN sur la FRANCE occupée, il existait un autre Maréchal du même âge et non moins auréolé de victoires, dont nul ne parlait : FRANCHET d'ESPEREY ? que sur toutes les Armées Françaises de Libération, trois noms de chefs seulement émergèrent dans la Gloire : JUIN, DE LATTRE, LECLERC ? 
Petites remarques sur des grands hommes ? Peut-être ! Mais surtout signal d'alarme pour l'Historien ou le Chercheur : ne pas se laisser impressionner par le nom, le titre, la fonction, la légende, mais tenter de dégager l'action réelle du personnage au seul énoncé des faits replacés dans le contexte de leur ambiance du moment, après recoupement des témoignages. 
Le dernier obstacle, enfin, c'est la différence des honneurs prodigués aux héros de la Résistance authentique : si Georges BIDAULT parvint aux plus hautes fonctions et fut plusieurs Ministre, si FRENAY devint Ministre un temps très bref, jamais ni DEJUSSIEU-PONTCARRAL ni MALACRIDA, pour ne citer que deux de nos chefs de niveau national, ne fut appelé même à un Sous-Secrétariat d'Etat… alors que tant de Résistants (?) dont les faits d'armes n'étaient pas éblouissants, se trouvèrent propulsés Ministres, voire Chef du Gouvernement ! Pourquoi ? Je laisse au lecteur le soin d'en trouver la raison profonde et peut-être occulte. 
 
Il n'est pas de conclusion sans quelque mélancolie, puisqu'on confie au hasard des recherches futures un peu de sa vie personnelle dans cette phase cruciale du destin de la FRANCE. 
Près d'un demi siècle s'est déjà écoulé, tellement riche en événements mondiaux de tous ordres, qu'il risque fort de ne rester de notre Saga des Années Noires qu'un souvenir si flou, si vague, si imprécis et de plus si déformé par la multiplicité contradictoire des intérêts partisans, que la Résistance apparaîtra bientôt, peut-être, aussi mythique que l'Elan donné par Jeanne d'ARC à la Libération de la FRANCE occupée en son temps. 
Nous, les Témoins, ne serons plus là pour tenter de rétablir la VERITE. 
Alors, c'est à l'Historien, c'est au Chercheur, c'est à l'Etudiant anonymes que les Témoins passent le flambeau, pour qu'ils oeuvrent de tout leur coeur et de tout leur talent afin que perdure le Souvenir du SANG versé, de l'HONNEUR reconquis, de la FRANCE libérée par les meilleurs de ses enfants - fussent-ils adoptifs ! - dont la seule fierté, l'unique récompense est d'avoir Bien Servi dans l'ARMEE de l'OMBRE. 
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Lederangeur


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MessagePosté le: Lun Mar 30 2009, 21:17    Sujet du message: Un témoignage Répondre en citant

Bonjour Bonanza,


Merci pour ce complément très intéréssant.

Amicalement...........
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 09:40    Sujet du message: Un témoignage

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